11 avril 2021: La particularité et le sens d’un scrutin

Par LANATION,

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scrutin 2021

Les électeurs béninois ont été convoqués et ont répondu à plus de 50% ce 11 avril 2021 pour accomplir leur devoir citoyen de désignation du président de la République pour les cinq prochaines années. Ce scrutin a déjà fait date.

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Une lecture décapante de ce qu’on peut appeler événement du 11 avril 2021, nous permet d’aller plus loin que le brouhaha ambiant des critiques, des condamnations ou par ailleurs l’enthousiasme des célébrations d’une victoire annoncée, planifiée et obtenue. En effet, nous pouvons noter qu’avec ce vote, il s’est produit dans une certaine mesure ce que d’aucuns ont appelé dans l’appréciation de l’évolution des phénomènes anthropologiques, comme un bond qualitatif, dans le phénomène de l’expression du vote populaire au Bénin.
Lorsque nous observons le vote du 11 avril, nous retenons d’abord ce qui apparaît comme un « Grand oral » auquel s’est adonné chaque candidat ou duo de candidats, devant le peuple souverain dans un rôle de
« Grand jury ». Donc il y avait le message à passer mais aussi l’aspect scénique pour enjoliver le message et convaincre l’auditoire. En direct sur le terrain, ou sur les réseaux sociaux ou dans les médias traditionnels, le grand marketing politique pour une fois au Bénin a pris le pas sur la solution facile indécente et avilissante de distribution d’argent pour acheter les consciences.
Et nous l’avons vu, à l’épreuve de cet exercice de « Grand oral national », il fallait un contenu mais aussi un contenant pour tenir en haleine le jury. Ce fut l’occasion de constater qu’un colistier a même dû jouer le 1er rôle avec visiblement la défaillance communicationnelle du candidat principal. On peut donc dire que pour une première fois s’est organisé à l’occasion du choix du président de la République, ne serait-ce qu’un début de « marché libre des idées politiques ». De façon toute simple c’est là une manifestation de la démocratie

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Marché

Ce qu’a révélé aussi cette épreuve de « grand oral » devant le « jury du peuple », à la différence de ce que le Bénin a connu en 1991, 1996, 2001, 2006, en 2011 et en 2016, c’est le débat d’idées, c’est le focus sur les programmes sur les visons de société. Le scrutin ne s’est pas réduit à un jeu banal de chaises, comme on s’y est livré pendant 30 ans de fourvoiement et qui a consisté à « chasser quelqu’un du fauteuil présidentiel et à le remplacer par n’importe lequel des quidams qui se pointait ».
Mais l’instant d’après tout le monde s’interrogeait sur ce qu’on fait justement d’un « quidam » dans les fonctions présidentielles. Ce jeu grossier auquel s’est livré l’électeur béninois, manipulé par une classe politique vicieuse depuis 1991, le scrutin du 11 avril 2021 l’a banni. On peut dire que c’est une avancée.
La critique peut toujours soutenir que le marché des idées n’était pas assez ouvert à l’occasion de ce scrutin, ou même que la libre concurrence qui est une règle cardinale du marché n’était pas à la hauteur des attentes dans le cas de ce scrutin du 11 avril 2021. Il est vrai que les réformes politiques du président Talon ne prendront tout leur sens que dans la mesure où plusieurs alternances pourront s’exprimer à l’occasion d’une même élection et offrir une gamme plus étendue de propositions aux électeurs.
Il ne fait aucun doute qu’il va falloir en arriver là puisque pour extrapoler un peu en restant collé à cette image de marché, le marché de produits de consommation de Tokpa à Cotonou, bien connu des populations, tel qu’il s’anime aujourd’hui en 2021, est une forme bien plus évoluée par rapport à ce qu’il était il y a 40 ans. Donc il serait un peu prétentieux de vouloir obtenir des résultats plus parfaits des réformes politiques maintenant et tout de suite. Toujours est-il que toute la classe politique à la sortie du scrutin présidentiel de 2016 a appelé de tous ses vœux ces réformes, tellement la crise était latente et l’implosion inévitable.
On peut affirmer que le président Talon a amorcé une réforme politique majeure avec l’organisation réussie de ce scrutin du 11 avril 2021. D’aucuns n’y verront que la tension sociale et politique et l’onde de choc économique provoquées par les changements depuis cinq ans. Mais peut-être bien que ce qui aura marqué des esprits pendant cette période électorale, ce sont ces instants de communion du chef de l’Etat, avec les populations, ces scènes de liesse populaire ou d’expression d’une espérance, d’une attente que l’on a observées sur le passage du président-candidat à sa propre succession.

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Quinquennat

Le président Talon a sans doute retenu que le scrutin du 11 avril a mobilisé plus de 50% (!) des électeurs dans un contexte sociopolitique assez tendu, non pas parce que les Béninois sont en extase devant les réalisations de son 1er quinquennat. Il doit avoir compris que l’ayant vu à l’œuvre, ayant vu le travail titanesque réalisé en si peu de temps, c’est maintenant qu’il a gagné la confiance des populations. C’est aujourd’hui qu’il porte l’espoir d’un peuple malmené, malade, « mal éduqué », et qui depuis des lustres meure de faim devant un festin divin. Il semble bien que c’est sur ce terrain de la capacité à répondre à cet espoir, à ce désir simple mais réel de vivre chez les populations, que l’histoire du Bénin va juger le président Talon et non au tribunal de la critique facile. Il ne doit pas être très banal de diriger, encore moins de construire un pays et tout ancien président de la République le sait. Ne laissons donc pas la haine et les ressentiments, comme une tempête dévastatrice, souffler l’esprit humain et ne laisser que ruine et amertume.

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