13e édition du Festival international de théâtre du Bénin: Une grand’messe entre réussite et regrets

Par Josué F. MEHOUENOU,

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La messe du théâtre est terminée. La 13e édition du Festival international de théâtre du Bénin (Fitheb) sera bientôt un lointain souvenir dont chaque acteur du sixième art aura gardé le meilleur ou peut-être encore le pire. Mais de l’appréciation générale, cette édition dégagerait une forte note de satisfaction.

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Vendredi 1er avril, deux heures du matin. Au troisième niveau de l’hôtel Koffi sis au quartier Vèdoko, l’ambiance est à la fête. Sur des sonorités musicales béninoises, une palette d’acteurs culturels dégustaient, bavardaient et dansaient. Un peu plus retranché, des décideurs de la chose culturelle avec à leur tête le ministre en charge du secteur ont établi leur quartier général. Liqueurs, diverses boissons, bouffe à gogo… tout y était pour une belle célébration. En somme, le temps était à la fête. Peut-être aussi à la satisfaction pour avoir tenu le pari d’un Festival international de théâtre du Bénin (Fitheb) malgré les appréhensions du départ. Car dans l’histoire de ce festival (souvent sujet à polémique), c’est bien la première fois que les acteurs applaudissent une édition organisée en un délai de moins de trois mois. «Une prouesse à l’actif du directeur» Erick Hector Hounkpè, a clamé plus d’un. Même à l’occasion de son mot de clôture, le ministre en charge de la Culture, Paul Hounkpè a reconnu la dextérité de ce collaborateur dont l’entêtement, le goût du risque et la détermination ont permis de tenir un festival «donné pour fiasco».

L’excellence du théâtre

Du 23 au 31 mars dernier ce que le ministre Paul Hounkpè a qualité de «l’excellence du théâtre» s’est déployé dans les localités de Cotonou, Porto-Novo, Parakou, Abomey et Lobogo à travers une série de créations et de représentations. A cela s’ajoute le pré-Fitheb et les à-côté du Fitheb qui ont donné au festival un goût d’inhabituel plutôt bien apprécié. Emile Abossolo Nbo, Delphine Yoboué, Zié Coulibaly, Hamadou Mandé… pour ne citer que ceux-là ont eu maintes occasions de clamer que la présente édition de l’épiphanie théâtrale de la sous-région a été une réussite.
Les points de réussite, le directeur du Fitheb les situe à maints niveaux. Au plan de la logistique par exemple, Erick Hector Hounkpè estime avoir frappé un grand coup qui a eu pour impact, les bonnes prestations des artistes sur scène. Selon lui, «Chacun s’est battu, le temps étant cours pour que nous ayons ce résultat reconnu de qualité», d’où sa satisfaction qui lui fait d’ailleurs dire qu’il a «Le sentiment du devoir accompli». Sur ce plan, il faudra évoquer aussi la série de tables-rondes qui s’est voulue des instants d’échanges, de partage et de réflexion autour du théâtre de demain, du prochain quart de siècle du festival, de ses futurs acteurs et spectateurs… sans oublier la célébration de la Journée mondiale de théâtre logée au cœur du théâtre avec à la clé la distinction de certains comédiens. Pour ce qui est de la qualité des créations, elle serait aussi de bonnes factures, ont témoigné la plupart des acteurs interrogés. Et avec eux, on peut évoquer la richesse et la diversité des spectacles.

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Des couacs malgré tout !

Tout n’aura pas été beau autour de cette édition du Fitheb. En dépit de la réussite dont on l’affuble, il y a eu par endroits des grains de sable qui ont rendu indigeste la saveur. La première tient à la programmation du festival. Alors que Erick Hector Hounkpè admet simplement qu’il y a eu des « fluctuations » du fait de certains attentats qui ont eu raison des vols aériens et donc de la présence des comédiens sur le sol béninois, d’aucuns y voient un élément qui a porté de grands coups au festival «Programmation, déprogrammation et reprogrammation à nouveau», ont déploré certains. Cette tare, le directeur du Fitheb dit «l’assumer». Mais cela est mineur comparativement à la réussite, estime-t-il. Selon lui, «Avant même de m’avoir vu à l’œuvre, on m’a jugé» et c’est justement aux auteurs de ce genre de chose que Erick Hector Hounkpè sert le succès du Fitheb 2013 comme élément contradictoire. Mais si réussite il y a eu, c’est fondamentalement parce que les nouveaux responsables se sont ouverts et sont allés vers les autres, «ce qui a souvent manqué», observe Alougbine Dine, metteur en scène et ancien directeur dudit festival.
Les autres couacs du festival portent notamment sur le faible engouement du public. José Pliya regrette aussi la communication insuffisante autour du festival. Pour sa part, le directeur artistique du Marché des arts et spectacles africains (Masa) qui se tient à Abidjan estime qu’il y a eu quelques problèmes avec la disparité des lieux. «Je regrette cette année qu’il n’y ait pas aussi de spectacles de théâtre au stade de l’Amitié comme il y en a eu au Fitheb 2002. Ça faisait du stade un espace vital, central. Cette année, c’est secondaire. On va là-bas pour manger ou pour le village. Donc je pense que pour avoir un Fitheb plus grand, il faut commencer à investir cet espace qui est génial», a laissé entendre Zié Coulibaly. «Je n’aime pas trop quand on alimente les festivals de théâtre avec la musique», regrette-t-il par ailleurs, évoquant l’animation populaire au niveau du village du festival. Ces suggestions, il dit les faire pour aider à soigner la qualité du Fitheb car, poursuit-il, « cette année, comme vous l’avez vu, pas moins d’une dizaine de directeurs de festivals sont présents. Si le Fitheb n’était pas aussi si important pour nous on ne se serait pas déplacé». Pour ce qui est du nouveau directeur du festival, Zié Coulibaly trouve qu’il «a des idées. Et s’il a le temps de les développer, ça va donner un grand Fitheb».