15e journée du procès Icc-Services: L’accusé Clément Sohounou à la barre

Par Thibaud C. NAGNONHOU, A/R Ouémé-Plateau,

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Menuisier de profession, recruté suite à un coup de chance comme agent de liaison à Icc-Services, puis bombardé chef d’agence Lalo de cette même structure de collecte et de placement de fonds, Clément Sohounou était à la barre de la Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme (Criet), vendredi 11 janvier, dans le cadre du procès de l’affaire Icc-Services qui était à sa 15e journée.

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Clément Sohounou est le cinquième accusé écouté, vendredi 11 janvier, sur les sept présents dans l’affaire des structures illégales de collecte et de placement de fonds dite Icc-Services. L’ex-chef agence Icc-Services à Lalo a livré sa part de vérité à la Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme (Criet) en charge du jugement du dossier. Il a d’abord dit comment il a été recruté à Icc services. Clément Sohounou confie qu’il est un menuisier de profession. Mais il a décidé de rester auprès de l’un de ses oncles chez qui il a appris la pâtisserie pendant deux ans. Il était là quand un autre oncle vendeur de postes téléviseurs et autres appareils électroménagers l’a invité à lui porter un coup de main dans sa boutique. Il serait payé à 12 mille francs Cfa. Dans cette boutique, il a fait la connaissance des responsables d’Icc-Services, Guy Akplogan et Pamphile Dohou venus acheter un jour des postes téléviseurs pour leurs différentes agences. Ils auraient été séduits, à en croire Clément Sohounou, par sa franchise. En effet, il a donné le prix normal des postes-téléviseurs alors que son patron absent avait communiqué à ces derniers des coûts plus élevés, mais sans l’informer. Les responsables d’Icc-Services seraient tombés encore sur lui à leur second passage où ils devraient acheter des appareils. Ce franc-parler de Clément Sohounou aurait sidéré Guy Akplogan et Pamphile Dossou qui lui ont fait la promesse de le recruter pour travailler au siège de la Fédération d’Icc-Services à Abomey-Calavi. C’est ainsi qu’il va partir de la boutique de vente de postes téléviseurs pour être recruté comme agent de liaison à Icc-Services où il gagnait 30 mille F Cfa comme salaire. Il en était là quand, un jour, ses responsables, après une rencontre à la présidence de la République, ont décidé d’ouvrir une agence Icc-Services à Lalo. Ils ont jeté leur dévolu sur Clément Sohounou, natif de la région, pour faire la prospection du marché devant conduire à l’ouverture de cette agence. Les démarches ont abouti. Coup de chance encore, il sera bombardé chef agence de Lalo en 2008. La mayonnaise n’a pas tardé à prendre au niveau de son agence qui faisait de la tontine, de l’épargne et du placement. Après quelques semaines de flottements, Clément Sohounou a fini par gagner la confiance des clients qui ne se font pas prier pour placer leur argent contre un taux d’intérêt de 160% au bout de trois mois. Les fonds collectés sont envoyés au siège à Abomey-Calavi. Il va retirer ensuite les intérêts après trois mois. L’essor de l’activité dans la zone l’a conduit à chercher à étendre ses tentacules à Agbangnizoun, surtout pour satisfaire certaines doléances de ses clients qui se plaignent de l’état d’impraticabilité de la voie menant de leur commune vers l’agence à Lalo. Il a tenté d’ouvrir l’agence d’Agbangnizoun afin de rapprocher ses services de ses clients. Clément Sohounou dit avoir même rencontré le maire d’alors, en vue de l’implantation de l’agence Icc-Services
d’Agbangnizoun.

Enrichissement illicite ?

« J’avoue qu’on n’a pas fait de publicité. Au début, c’est une dame qui a fait placement de 150 000 F Cfa et était venue récupérer ses intérêts et le nominal trois mois après. C’est elle qui est allée parler à beaucoup de personnes et c’est comme cela que notre base de clientèle a augmenté », clarifie l’accusé au président de la cour de céans, Edouard Cyriaque Dossa. Celui-ci, au regard des éléments du dossier, demande à Clément Sohounou pourquoi il a acheté une moto Dream à un parent à lui pour qu’il fasse de l’appel au public en vue de lui trouver beaucoup de clients. Clément Sohounou dit avoir vraiment cru en l’activité d’Icc-Services parce qu’il avait l’assurance de la main invisible des pouvoirs publics d’alors. Et au président Edouard Cyriaque Dossa de lui rappeler le point de ses biens meubles et immeubles recensés par la commission d’enquête. Clément Sohounou serait propriétaire de trois véhicules bâchés, de sept voitures dont trois haut de gamme qui étaient en location ; d’un hôtel à Lalo ; d’un corbillard ; de trois boutiques ; de deux pressings à Lalo et à Klouékanmè ; de deux maisons à Lalo, de deux parcelles vides et de buvettes. Il a reconnu tous ses biens énumérés dans le rapport de la commission d’enquête sauf la buvette dont il dit avoir souscrit à un bail pour l’exploitation de l’immeuble.
Combien gagne-t-il pour faire de telles réalisations en moins de deux ans ?, demande le président de céans. A cette question, l’accusé répond qu’il était à 150 mille Francs Cfa comme salaire en tant que chef d’agence. Mais il avait aussi une commission sur chaque client qui venait déposer. Indépendamment de tout cela, Clément Sohounou dit mener à côté d’Icc-Services d’autres activités telles que la vente d’essence frelatée communément appelée « Kpayo ».Ce commerce rapporte beaucoup, informe l’accusé. Il a démarré cette activité avec 22 millions F Cfa et a reçu un jour une marchandise de 58 millions F Cfa. Me Agathe Affougnon, avocat des victimes d’Icc-Services, donc partie civile, a voulu savoir l’origine des 22 millions Fcfa ayant servi comme fonds de démarrage du commerce d’essence frelatée. Clément Sohounou a été évasif sur la réponse avant d’être coincé par l’avocate qui l’a criblé de questions. Il a fini par cracher le morceau en avouant qu’il a puisé les 22 millions F Cfa en question dans les fonds collectés auprès des clients. L’avocate a demandé que cette réponse de l’accusé soit bien consignée par le greffe à toutes fins utiles en son temps.

Encore des dons

Comme ses patrons Guy Akplogan et Emile Tégbénou, l’ex-chef d’agence Icc-Services Lalo, a fait aussi beaucoup de libéralités. Il a fait don d’un véhicule pick-up d’un montant de 9,5 millions F Cfa à l’ex-Brigade de gendarmerie nationale de Klouékanmey. Il dit avoir donné ce véhicule en 2009 en présence du ministre chargé de la Défense nationale d’alors, Issifou Koguy N’Douro et du général Cocou Lègba Sèmègan, alors directeur général de la Gendarmerie nationale. Par la suite, il aurait reçu une lettre de remerciements de la présidence de la République. Mais Clément Sohounou n’est pas en mesure de dire exactement où se trouve ce document. Car, tous ses bureaux ont été mis sens dessus dessous lors des perquisitions. Selon lui, les officiers de police judiciaire enquêteurs détruisent systématiquement tout ce qui pourrait compromettre les hautes autorités du régime d’alors. L’accusé rappelle que par exemple le jour de son arrestation à la présidence de la République, il avait sur lui la somme de 48 millions F Cfa destinée à payer les clients. Mais les fonds lui ont été arrachés sans aucun reçu en contrepartie. A ce niveau précis, la cour a fait appel au contrôleur général Mohamed Saké qui faisait partie de la commission d’enquête pour clarifier la situation au sujet de cette somme d’argent. « Je ne sais même pas de quoi il parle en ce qui concerne les 48 millions F Cfa. Je ne suis jamais allé à la présidence de la République pendant la gestion de cette crise. S’il a effectivement déposé 48 millions Fcfa, cela devrait figurer dans les rapports », indique Mohamed Saké.
Sur interrogatoire-réponse de Gilbert Ulrich Togbonon, procureur spécial de la Criet, l’accusé révèle avoir entendu auprès de ses responsables qu’ils ont contribué à un moment donné au payement des salaires des fonctionnaires de l’Etat. Mais il ne connaît pas le montant exact. Il sera aidé par Ulrich Gilbert Togbonon qui révèle que cette contribution est de trois milliards Fcfa. Seulement, cette information lâchée par l’avocat général reste à clarifier. Le président de la cour de céans a invité Gilbert Ulrich Togbonon à partager avec toutes les parties au procès les éléments qu’il détient par rapport à cette information. Me Agathe Affougnon, avocat des victimes, s’est voulue plus insistante. Selon elle, cette information qu’une partie des fonds d’Icc-Services a servi à payer les agents de l’Etat devra être tirée au clair pour permettre à la cour de bien situer les responsabilités. Cela permettra à la cour de bien répartir en son temps la réparation des dommages causés aux victimes en vue de leur remboursement.

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