19 février 1990 – 19 février 2017: Mathieu Kérékou : le grand artisan

Par Claude Urbain PLAGBETO,

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Militaire putschiste puis révolutionnaire convaincu, l’on était à mille lieues d’imaginer Mathieu Kérékou devenir un démocrate libéral. Pourtant, c’est ce qui se passera à la faveur de la Conférence des Forces vives de la nation de février 1990. Non seulement, il a accepté de reconnaître ses erreurs et remettre en cause l’idéologie du marxisme-léninisme, guide de sa gouvernance, mais aussi et surtout a-t-il initié le rassemblement des fils et filles jadis divisés et dont les cadres émérites se retrouvaient pour bon nombre en exil.

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Acteurs politiques et membres de la Société civile saluent aujourd’hui la grandeur d’esprit dont a fait preuve le général Mathieu Kérékou en mettant tout égo de côté pour initier et favoriser la tenue de cette rencontre qui constitue le limon de cette démocratie apaisée dont jouit le Bénin, vingt-sept ans après. 

Certes, le succès de la conférence nationale tient dans la sensibilisation des militants du Parti de la Révolution populaire du Bénin (PRPB) afin qu’ils ne répondent pas aux provocations, insultes et diversions, l’organisation des assises proprement dites, la planification et la gestion diplomatique des débats par feu Mgr Isidore de Souza. Mais la réussite des assises est tributaire en grande partie de la détermination d’un homme convaincu que c’est le peuple, le vrai, qui a son mot à dire dans son avenir. Mathieu Kérékou s’est élevé au plus haut point en faisant preuve d’humilité profonde en demandant même pardon aux délégués à la conférence nationale.
Mieux, il a fait preuve de courage, de sagesse et de patriotisme en acceptant les conclusions des assises, toutes valeurs qui font de lui un grand homme d’Etat. «…Au nom de l’intérêt supérieur de la nation et du peuple béninois tout entier, nous disons que les décisions prises par la conférence seront appliquées dans l’ordre et la discipline librement, consenties », a-t-il lâché dans son discours de clôture très attendu, alors que la peur avait gagné les rangs et l’anxiété, la crainte se lisaient sur les visages. La décrispation totale marquée par l’explosion de joie, la clameur générale et l’exécution de l’hymne national, témoignent du soulagement et de la délivrance de tout le peuple qui n’attendait que son mot pour être « guéri ». Et l’homme, prenant à témoin le peuple béninois tout entier, s’empresse de justifier son « engagement à faire mettre en œuvre de manière réaliste toutes les décisions issues des travaux » : « Ce n’est pas du défaitisme, ce n’est pas la capitulation, c’est une question de responsabilité nationale ». « J’ai refusé l’aventurisme aveugle et rejeté tout risque de bain de sang, parce que je considère que le pouvoir n’est pas ma seule raison d’être… », dira Mathieu Kérékou, témoignant ainsi de son amour profond pour le peuple et la patrie. Quelle grandeur d’esprit !
Grand et responsable, Mathieu Kérékou le sera jusqu’au bout. Car, avec son sens de l’honneur et de la parole donnée, il ne s’est pas arrêté en si bon chemin. Après avoir accepté les conclusions de la Conférence nationale, il les a appliquées à la lettre pendant toute la période de transition jusqu’à la mise en place d’une nouvelle Constitution adoptée le 11 décembre 1990 et à l’élection présidentielle de février 1991 qu’il a perdue pour aller se retirer tranquillement dans sa résidence « Les filaos ».
Savoir admettre son échec et chercher des solutions, même avec ses « ennemis », c’est la leçon qu’a laissée « le grand camarade de lutte ». Les mauvaises langues avaient même prédit à tort ou à raison qu’il avait fait venir ses opposants d’hier pour les embastiller et en finir une fois pour toutes avec eux afin de continuer à régner et jouir en toute liberté des privilèges de sa fonction de chef d’Etat. Mais le ‘’Kaméléon’’ surprendra plus d’un, pour le grand bonheur du peuple dont le génie est salué à travers le monde, comme laboratoire de la démocratie en Afrique. Si certains croient que le président Mathieu Kérékou a abdiqué, de guerre lasse, du fait que le contexte sociopolitique et l’économie exsangue ne lui étaient pas favorables, force est de souligner qu’en politique, la lucidité n’est pas toujours la chose la mieux partagée. Surtout chez ceux qui parviennent aux affaires par ‘’effraction’’. Ce n’est pas un hasard chez Mathieu Kérékou qui a cru au renouveau démocratique. Déjà en juillet 1989, il avait commencé à évoquer le vocable « Renouveau démocratique », vu la détermination du peuple qui ne ratait plus aucune occasion pour crier son ras-le-bol après dix-sept ans de régime socialiste et révolutionnaire marqué par des dérapages de tout genre et soldé finalement par une impasse généralisée.

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Claude Urbain PLAGBETO