1970-2020: Johnny Ahossi, déjà 50 ans da carrière musicale !

Par Josué F. MEHOUENOU,

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Johnny Ahossi est incontestablement l’une des plus belles voix de la musique traditionnelle béninoise. 50 ans déjà que le géniteur du groupe Ayessi sinsanmè a découvert sa passion pour la musique et s’y est donné à cœur joie. Malgré le poids de l’âge, il n’est pas prêt à abandonner la scène. Pour ses noces d’or, il promet le meilleur et veut à nouveau faire vibrer les cœurs.

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La réputation de « Doyen » qui lui colle à la peau depuis des lustres, Johnny Ahossi l’a forgée sur son long parcours musical. Son parcours et sa carrière impressionnent plus d’un et il est cité à maintes occasions, comme une école que devraient fréquenter les jeunes musiciens. L’humilité à fleur de peau, beaucoup lui vouent une certaine admiration. Originaire d’Assanté dans la commune de Glazoué, Johnny Ahossi a vu le jour vers 1954 à Paouignan, son village maternel. Il est imprimeur de formation et a servi de 1975 à 1991 à l’ex-Office national d’édition, de presse, de publicité et d’imprimerie (Onepi) en tant que conducteur des presses typo.
Mais ce métier n’a pas pu révéler au grand public le jeune Johnny Ahossi. S’il est devenu très célèbre, c’est bien grâce à la musique. Et rien ne le prédestinait à une telle issue. L’homme ne cache pas qu’il a toujours été passionné de musique. Mais son domaine de prédilection, c’était la musique moderne. Il y a même excellé, faisant le tour de plusieurs orchestres entre Cotonou et Ouidah. Le groupe musical « Super Star »
de Ouidah, l’orchestre « Discafrie Band » de Gbégamey, rebaptisé par la suite « les Perles Noires du Bénin » ont eu pendant longtemps pour lead, cet homme à la voix singulière. « Sa manière d’entonner les chansons reste si impressionnante. Le voir sur scène était un vrai plaisir », confesse un de ses admirateurs qui prenait du plaisir à le suivre entre 1972 et 1986. Cette période était bien celle des débuts du jeune musicien qui n’a pas mis beaucoup de temps à s’imposer et à se révéler comme un artiste d’avenir. Johnny Ahossi va se révéler davantage avec les chansons révolutionnaires pour accompagner l’ordre politique marxiste-léniniste. Il en a composé plusieurs à la gloire du grand camarade de lutte d’abord, et des masses populaires ensuite.
« Il est parmi les jeunes griots qui ont fait la gloire de la révolution populaire du Bénin à travers plusieurs chansons révolutionnaires », témoigne-t-on à son sujet.

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Du moderne au tradi

Entre-temps, l’envie de s’essayer à la musique traditionnelle lui prend et ceci, sur recommandation de plusieurs personnes. Mais Johnny n’aura pas gain de cause auprès des groupes de musique traditionnelle qui lui réservent plutôt un accueil glacial. Il ne va pour autant pas se décourager, et décide de monter son propre groupe. Il aura pour nom
« Ayessi Sinsanmin ». La sortie officielle du groupe, le 26 octobre 1977, se révèle un vrai succès. Succès surtout parce que le groupe, sinon son géniteur innove avec son propre rythme, le « Toba solè », jusque-là inconnu du public. Plus rien ne pouvait donc arrêter l’ascension fulgurante du jeune artiste qui vole de succès en succès. En 1975, son premier disque 45 tours sort, suivi en 1979 de son premier 33 tours avec des titres comme Kouhééloué kouyakamè, Ganmènou … En 1984, Johnny fait encore parler de lui avec la sortie de son deuxième 33 tours qui l’a propulsé avec notamment les titres Yao agbokpozi, Létowédié…
Près de 50 ans après un tel succès, Johnny Ahossi n’a presque rien perdu de sa superbe voix. Certes, le poids de l’âge et la faiblesse du corps se font déjà sentir à son niveau, mais sa voix est demeurée presque intacte. Pour ses cinquante ans de scène, il ne compte d’ailleurs pas faire les choses à moitié. Une série de manifestations est prévue dans ce cadre. Il est projeté, entre autres, un géant concert à Cotonou. Concert qui verra prester plusieurs artistes de sa génération. Pour ses noces d’or, Johnny Ahossi prévoit aussi la réalisation d’une nouvelle œuvre de huit titres puis d’un disque vidéo de plusieurs de ses morceaux à succès. L’artiste mûrit ces projets, en comptant sur ses fans et les bonnes volontés. « Si je n’ai pas de soutien, je ne pourrais pas réaliser ces projets auxquels je tiens beaucoup parce qu’il s’agit de mes 50 ans de carrière », plaide-t-il. C’est le moment sans doute pour tous ceux qui ont eu le loisir de scander « Ayessi sinsanmin, odjé sinsanmin » de prêter main forte à leur chouchou d’antan, mais surtout de le célébrer pendant qu’il est encore temps.

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Modestie et succès

Unanimement, Johnny Ahossi est reconnu pour son humilité et sa simplicité. « La vie ici-bas a besoin de modestie », soutient l’artiste.
« Je ne suis pas riche, mais je me suis fait un nom avec la musique », enchaine-t-il. L’un de ses plus beaux souvenirs reste sans doute sa participation au Festival international de danses et de folklores à Nanning en République populaire de Chine en 1999. Il était non seulement le seul représentant du Bénin, mais aussi et surtout le seul Noir présent, et a réussi à faire danser des milliers de Chinois en chantant dans la langue chinoise. L’homme est membre fondateur de l’Union nationale des compositeurs chanteurs traditionnels du Bénin. Il milite aussi au sein de l’Association nationale des compositeurs chanteurs traditionnels du Bénin,
de la Fédération des associations d’artistes du Bénin. Il est le président fondateur du Conseil national des vedettes Mahi de la chanson et membre fondateur de l’Association rossignol de la tradition.
Johnny Ahossi a participé à plusieurs festivals et manifestations culturelles au Bénin et à l’étranger. Il a obtenu plusieurs prix. En 1999, il s’est adjugé le deuxième prix du concours de la meilleure chanson sur « Problèmes liés à la croissance rapide de la population » organisé par le ministère du Plan, à l’occasion de la 13e Journée mondiale de la population. La même année, il a obtenu le premier prix, Bénin Golden Awards pour la meilleure chanson masculine de musique traditionnelle. En 2002, il s’est vu décerner le premier prix, pour la meilleure chanson au concours Fnuap sur la mortalité maternelle. Un an plus tard, il a reçu le premier prix pour la meilleure chanson de musique moderne «pour un environnement sain »
organisé par le Groupement des artistes pour la sauvegarde de l’environnement. 2007, il remporte le 2e prix de la musique traditionnelle au concours Journée de l’éco-citoyenneté.
Il est aussi, depuis 2008, Chevalier de l’Ordre du mérite social du Bénin. A l’actif de l’homme qui soufflera d’ici là, ses 50 bougies de carrière, de nombreux autres distinctions, trophées et prix et surtout, un treizième album à sortir bientôt.