25 ans de lutte pour la bonne gouvernance et contre la corruption au Bénin: « Les choses vont nettement mieux aujourd’hui », confie Martin Assogba

Par Anselme Pascal AGUEHOUNDE,

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Partie de l’urgence d’éradiquer les germes régionaliste et népotiste, l’Association de lutte contre le racisme, l’ethnocentrisme et le régionalisme (Alcrer) va étendre ses domaines d’intervention aux droits de l’homme, à la bonne gouvernance, à la lutte contre la corruption et au civisme. D’hier à aujourd’hui, la situation du Bénin a-t-elle évolué? Le directeur exécutif de l’Ong Alcrer, Martin Vihoutou
Assogba, partage ici les progrès du Bénin après 25 ans de veille citoyenne.

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Alcrer, il y a un quart de siècle, est sans doute la réponse à un certain nombre de constats, de dérives et même de risques. Qu’est-ce qui motive cette détermination dans la lutte contre le régionalisme et l’ethnocentrisme ?

Martin Assogba: Tout est parti d’une histoire vécue, lors de mon exil économique dans un pays voisin. C’était la période des conférences nationales. Dans la maison où j’habitais, j’avais deux collègues colocataires, l’un du Septentrion et l’autre du Sud. Pour le premier, au terme de la Conférence nationale, le pouvoir devait rester au nord mais le sudiste soutenait que le président en exercice devrait laisser le pouvoir à un sudiste. Cette discussion banale a dégénéré et conduit à une rancune entre les deux hommes, à telle enseigne qu’ils ont interdit à leurs enfants de s’amuser ensemble et même de se saluer. Voilà une dispute de grandes personnes sur des questions de régionalisme, qui a rejailli sur leurs enfants au point de les diviser.
Face à cette situation, je me suis dit qu’à mon retour au bercail, je mettrai en place une association de lutte contre le régionalisme et l’ethnocentrisme pour que les filles et fils du Bénin restent uns et indivisibles. C’est ce que je fis et le 23 décembre 1994, l’Association de lutte contre le racisme, l’ethnocentrisme et le régionalisme (Alcrer) a vu le jour. Chemin faisant, sous l’inspiration divine, nous avons ajouté d’autres dimensions comme les droits de l’homme, la bonne gouvernance, la lutte contre la corruption et la promotion de l’éducation civique.

L’état des lieux aujourd’hui en matière de régionalisme et d’ethnocentrisme permet-il d’être optimiste ?

Je puis vous le dire, il y a aujourd’hui moins de régionalisme et d’ethnocentrisme au Bénin. Vous savez, la plupart du temps, ce sont les politiciens qui aiguisent ce genre de fléau. Je pense qu’aujourd’hui, les choses commencent à aller. Même les réformes politiques aujourd’hui tiennent compte de la nécessité d’en finir avec le régionalisme. Certains n’aiment pas qu’on en parle mais je donnerai pour preuve la réforme du système partisan. Lorsqu’on dit aujourd’hui qu’il faut que les partis politiques soient des partis nationaux pour être pris en compte ; que les partis ne portent plus le nom d’un individu et que dans les partis, tous les citoyens de toutes les communes soient représentés…, c’est bien une façon de lutter contre le régionalisme et l’ethnocentrisme. Voilà un exemple simple et concret. Autrefois, vous allez dans certaines sociétés d’Etat et ce sont des gens de la même région qui sont nommés. L’ethnocentrisme fait le lit des nominations fantaisistes et de la corruption. A l’époque, de hauts cadres m’avaient même dit que cette affaire de lutte contre le régionalisme et la corruption ne peut pas prospérer, mais aujourd’hui les choses vont nettement mieux.
Comme j’ai l’habitude de le dire: Quand le cœur désire, l’esprit oriente et le mental agit. Dans nos sociétés aujourd’hui, de mieux en mieux, les gens sont tolérants et savent qu’il faut se mettre ensemble pour être plus forts et qu’on n’a pas besoin de cultiver le régionalisme. Toutefois, on peut cultiver la régionalisation qui consite, pour les fils d’une même région, à se mettre ensemble pour penser le développement de leur région. Mais cela ne doit pas les amener à se renfermer sur eux, au point de rejeter toute personne étrangère à leur région mais qui épouse leurs idées et s’intéresse à leurs actions.

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La bonne gouvernance, la démocratie et la lutte contre la corruption au Bénin, comment peut-on les apprécier aujourd’hui?

Je ne vais pas vous mentir. Sous certains régimes défunts, nous avons vu comment l’argent public a été dépensé; nous avons vu ce qu’on faisait du bien public. Il y avait des riches spontanés. Mais aujourd’hui, plus rien n’est comme avant. Bien sûr, il y a certains qui sont toujours dans les manœuvres et qui bénéficient des largesses. Mais ce n’est pas criant que ce que nous avons vécu les années passées, il y a dix ou quinze ans. Aujourd’hui, la question de la bonne gouvernance dans tous les compartiments de la vie publique est de mise. Aujourd’hui, la lutte contre la corruption est une réalité. La dématérialisation où il n’est plus question dans toutes les administrations de faire le corps-à-corps avec l’agent public pour solliciter une prestation, c’est déjà un moyen de lutter contre la corruption! Regardez dans nos rues, avez-vous la police qui se positionne un peu partout pour rançonner? Je donne toujours l’exemple de la route de Porto-Novo, après le péage, il y avait des routiers qui se positionnaient et rançonnaient tous les autobus sans opérer de contrôle. Aujourd’hui, cela n’existe plus. Car ils n’ont plus à gaspiller leur argent pour ces actes. C’est cela la lutte contre la corruption. Ce que chacun de nous fait, nous devons le faire avec conscience, car elle est notre seul maître. Lors de l’exercice du pouvoir par les régimes passés, nous avons crié et sensibilisé pour la bonne gouvernance et pour la lutte contre la corruption et les éléphants blancs. Aujourd’hui, il y a des efforts concrets qui se font. Plus de gaspillage, les travaux sont bien suivis, les fraudeurs sont aussitôt punis, il y a même une Cour qui a été créée pour s’occuper spécifiquement de ces infractions. Mais c’est ce qu’on voulait qui progressivement se fait ! Il faut reconnaître les efforts qui se font ! Il ne faut pas se maudire en disant tout le temps que ça va mal.

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Quid de l’éducation civique qui est aussi au cœur des actions de l’Ong Alcrer ?

Nous avons ajouté cette composante dans un contexte où, dans nos établissements, il n’y avait plus les cours d’éthique et de civisme. C’est ainsi qu’avec le concours d’experts, de pédagogues chevronnés, nous avons élaboré des manuels sur l’éducation civique. Des efforts sont faits mais aujourd’hui, il reste encore à faire pour faire épouser à nos enfants les valeurs morales et patriotiques. Nous ne serons pas fatigués de continuer le plaidoyer pour ce faire. Les grandes civilisations ne se sont pas construites en un jour. C’est pourquoi, nous devons poursuivre l’oeuvre. Regardez la déperdition aujourd’hui, au niveau de la jeunesse ! Des jeunes qui injurient leurs géniteurs, leurs enseignants ! Des jeunes filles qui veulent battre leurs mères ! Des jeunes qui s’habillent n’importe comment et ne s’intéressent même pas à la patrie ! Des gens qui polluent l’environnement comme bon leur semble ! Il faut que cela change ! Il y a beaucoup de jeunes qui ont des diplômes mais qui ont des difficultés parce qu’ils ne sont pas respectueux des lois de la nature. Il faut que cela change ! Nous voulons avoir des jeunes plus responsables !.

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