2e Gouvernement du président Patrice Talon: Une équipe plus technocrate que politique

Par Thibaud C. NAGNONHOU, A/R Ouémé-Plateau,

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Le chef de l’Etat est resté fidèle à sa vision d’avoir autour de lui des ministres technocrates capables de l’accompagner à accélérer la réalisation de son Programme d’action du Gouvernement (Pag). C’est du moins la lecture qu’on pourrait faire de la composition de son nouveau Gouvernement qui est très loin d’être politique et engagé pour les joutes législatives de 2019, même si des députés ont influencé dans l’ombre la nomination de certains ministres.

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La liste du nouveau Gouvernement rendu public par le chef de l’Etat, dans la soirée du vendredi 27 octobre dernier, indique l’entrée de neuf nouveaux ministres. Ils se sont vus pour la plupart confier des portefeuilles ayant rapport à leurs domaines de compétences. A titre illustratif, l’on peut citer, les cas de l’ingénieur agronome, Gaston Cossi Dossouhoui qui retourne désormais au ministère de l’Agriculture, de l’Elevage et de la Pêche (Maep) et du professeur d’Université Mahugnon Kakpo, actuel directeur des Examens et Concours du ministère des Enseignements secondaires, techniques et de la Formation professionnelle qui prend désormais la tête de ce département ministériel. Le ministère de l’Economie numérique et de la Communication échoue dorénavant dans les mains de l’ingénieure des Télécommunications, Aurelie Adam Soulé Zoumarou. Le profil des six autres ministres n’est pas aussi loin de leur portefeuille de compétence. Le seul cas qui tranche avec ce critère de technocratie est le ministère délégué auprès du président de la République chargé de la Défense nationale. Il tombe dans les mains de l’ancien maire d’Abomey, Alain Fortunet Nouatin, chirurgien de profession.
En dehors de ce seul cas, force est de noter que le chef de l’Etat a donné priorité à la technocratie. Ce qui témoigne une fois encore de sa détermination et de son souci de travailler pour l’amélioration des conditions de vie de sa population. Il n’est pas là pour la politique politicienne. Une volonté qu’il a réaffirmée en septembre dernier à travers le limogeage du ministre des Infrastructures et des Transports, Hervé Hêhomey qui a préféré organiser la finale d’un tournoi de football dans sa localité en région Agonlin avant de déférer à ses instructions pour aller s’enquérir de l’affaissement d’un pont dans la localité de Gogounou. Il a payé cash cette insubordination, fût-il un très proche à lui. Le chef de l’Etat vient de prouver que sa conviction n’a pas changé d’un iota avec la composition de son nouveau Gouvernement. Il laisse transparaître clairement qu’il est élu d’abord pour soulager la souffrance des populations et non pour faire de la politique. Il y a un temps pour chaque chose, puisque l’on est encore à plus d’un an des législatives de mars 2019. Un signal fort qu’il donne à ses ministres qui veulent faire de la politique politicienne.
Des indiscrétions renseignent que c’est pour cela que le chef de l’Etat n’a mis dans la nouvelle équipe aucun député à l’Assemblée nationale. Il est souvent rare pour ne pas dire que c’est une première, qu’un parlementaire ne soit appelé au Gouvernement lors d’un remaniement ministériel. Que de noms de députés n’ont été cités sur les réseaux sociaux et dans les médias pour faire partie du nouveau Gouvernement ! Jusqu’au vendredi 27 octobre dernier, certains étaient plus que sûrs de leur affaire. Et d’autres auraient même déjà procédé verbalement aux nominations de leurs premiers collaborateurs.

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Des députés dans l’ombre

Mais avec ce remaniement ministériel, c’est la grande désillusion dans les rangs de ces députés membres du Bloc de la majorité parlementaire (Bmp) qui n’avaient plus pratiquement leurs têtes au Parlement et n’attendaient que l’officialisation de la liste pour aller poser leurs valises au Gouvernement. « Chaque député du Bmp apprécie, à son niveau, depuis la publication du nouveau Gouvernement sa collaboration avec le chef de l’Etat », informe un parlementaire membre de la majorité présidentielle qui n’exclut pas une escalade des foyers de frustrations. Même si ça se murmure de sources concordantes que la plupart des ministres nommés ont été portés par des Groupes parlementaires membres du Bmp. Bintou Chabi Adam Taro, ministre des Affaires sociales et de la Microfinance et première vice-présidente du Parti social-démocrate (Psd) de l’aile Bruno Amoussou, aurait été soutenue par le Groupe parlementaire « Union fait la Nation » présidé par Antoine Kolawolé Idji. Quant au nouveau ministre de l’Eau et des Mines, Samou Séidou Adambi, il devrait sa nomination au groupe parlementaire « Agir pour la République » de Barthélemy Kassa dont est membre Rachidi Gbadamassi. Les mêmes indiscrétions renseignent que la proposition à nomination de Cyr Koty comme ministre des Infrastructures et des Transports émane du groupe parlementaire « Agir pour le Bénin » présidé par André Okounlola ; celle du ministre Mahugnon Kakpo, par le groupe parlementaire « Unité-Paix et Démocratie » de Mathurin Nago. Les groupes parlementaires Prd d’Augustin Ahouanvoèbla dont est membre le président de l’Assemblée nationale, Me Adrien Houngbédji, aurait envoyé Serge Ahissou, nommé ministre de l’Industrie et du Commerce. Les députés de la Renaissance du Bénin aile Abraham Zinzindohoué jusque-là non-inscrits auraient proposé l’ancien maire d’Abomey, Alain Fortunet Nouatin qui hérite désormais du portefeuille du ministre délégué auprès du président de la République chargé de la Défense nationale. Ainsi, selon nos sources, seul le groupe parlementaire « Bénin uni et solidaire » présidé par Bonaventure Aké Natondé, membre du Bmp, aurait été laissé sur le carreau. Le groupe aurait proposé pour nomination deux noms de députés au lieu de faire comme leurs autres collègues en envoyant des noms de cadres. Plusieurs députés du Bmp espèrent que le chef de l’Etat fera un autre remaniement ministériel cette fois-ci politique avant les prochaines législatives pour permettre à la mouvance présidentielle de bien quadriller le terrain et de ratisser large.

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Origine des neuf nouveaux ministres

1-Aurelie Adam Soulé : Nikki (Borgou)
2-Bintou Chabi Adam Taro : Bassila (Donga)
3-Fortunet Alain Nouatin : Abomey (Zou)
4-Gaston Dossouhoui : (Paouignan) Dassa-Zoumè (Collines)
5-Serge Ahissou : Dangbo (Ouémé)
6-Mahugnon Kakpo : Bopa (Mono)
7-Modeste Kérékou : (Kouarfa) Touncoutouna, (Atacora)
8-Cyr Koty : Ouinhi (Zou)
9-Samou Séidou Adambi : Parakou (Borgou)