Impacts du Covid-19 sur la sécurité alimentaire: Le Réseau de prévention des crises évoque les défis

Par Maryse ASSOGBADJO,

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Alors que la pandémie du Covid-19 perturbe fortement le cours normal de la vie à travers le monde, le Réseau de prévention des crises alimentaires (Rpca) a organisé une vidéoconférence, le 4 avril, afin de partager les informations essentielles sur la situation alimentaire et nutritionnelle en Afrique.

Le coronavirus menace la sécurité alimentaire en Afrique. En réunion virtuelle, le Réseau de prévention des crises alimentaires (Rpca) a fait le point sur l’impact de la pandémie relativement à la sécurité nutritionnelle de la région. Les membres du réseau appellent l’ensemble des parties prenantes à agir dès maintenant pour venir en aide aux dix-sept millions de personnes en crise alimentaire et nutritionnelle et aux cinquante millions de personnes actuellement sous pression et qui risquent de basculer en phase de crise d’ici juin-août 2020. « Il est urgent de mobiliser les énergies pour soutenir les pays dans la mise en œuvre de leurs plans nationaux de réponse », lancent-ils.
Dédiée également à la sécurité alimentaire, la réunion virtuelle du Rpca a permis d’évaluer la campagne agropastorale en cette période de crise sanitaire mondiale. « La situation pastorale est tendue en raison d’importants déficits fourragers au Sénégal, en Mauritanie et par endroits au Mali et au Niger, des mesures de restriction de la transhumance transfrontalière, mais aussi de l’inaccessibilité des troupeaux aux pâturages du fait de la crise sanitaire. Celle-ci sera davantage aggravée par les entraves à la mobilité liées au Covid-19 », avertit le Rpca.
Les mesures destinées à freiner la propagation du virus (fermeture des commerces non essentiels, restriction des marchés et limitation de la mobilité) sont porteuses d’importantes perturbations dans l’approvisionnement des marchés, de pertes de revenus et de fortes dégradations des moyens d’existence des populations les plus vulnérables, analyse-t-il.
Par contre, les données en ce qui concerne les produits vivriers sont appréciables. « Les marchés vivriers sont normalement approvisionnés, même si une tendance haussière des prix est observée depuis le début de l’année. Cette hausse pourrait d’ailleurs s’accélérer si les entraves à la mobilité liées au Covid-19 persistent et si les populations décident de constituer des stocks », apprécie le réseau.
S’agissant de la situation alimentaire et nutritionnelle, il urge de mettre en place des plans de secours: « plus de onze millions de personnes sont en besoin d’assistance immédiate (phases 3-5) en mars-mai 2020 dans les treize pays de la région du Sahel et de l’Afrique de l’Ouest pris en compte par l’analyse.

Situation d’urgence

Les projections ne sont pas non plus reluisantes. « En juin-août 2020, dix-sept millions de personnes (6.2 %) risquent d’être en situation de crise ou pire, dont 1.2 million en situation d’urgence (phase 4), si les mesures nécessaires ne sont pas prises à court terme. Soit plus du double du nombre de personnes touchées en année moyenne », relève-t-il.
Cette aggravation est essentiellement due à la situation sanitaire: «Les crises sanitaire et sécuritaire pourraient faire basculer plus de cinquante millions de personnes supplémentaires (actuellement sous-pression) dans une situation de crise alimentaire ».
L’autre phénomène qui persiste dans la région est la malnutrition aiguë. « Elle affecte près de 2.5 millions d’enfants de moins de 5 ans dans le Sahel. Les mauvaises pratiques nutritionnelles et l’insuffisance de réponses préventives, la fermeture des centres de santé et l’arrêt des activités courantes de gestion de la malnutrition aiguë en sont les principales causes », déduit le réseau.
Les risques liés à la pandémie du Covid-19 ne sont pas négligeables. Le Rpca met l’accent sur trois principaux. Le premier est lié à « l’effondrement de la production agricole vivrière pendant la présente campagne agropastorale du fait de difficultés d’accès aux facteurs de production (intrants, crédit et conseil agricoles) et du dysfonctionnement des chaînes de collecte, transformation et distribution ».
Le second concerne « la dépendance accrue de la région des importations extra-africaines en cas d’effondrement durable des systèmes alimentaires locaux et d’une flambée des prix des denrées alimentaires importées en cas de fortes perturbations du marché international à l’instar de la crise de 2008 ».
Le Rcpa analyse le troisième risque en termes d’aggravation du chômage, des pertes de revenus et de pouvoir d’achat des ménages, notamment ceux de l’économie informelle durement touchés par la limitation de la mobilité et la fermeture des marchés.

Des stratégies

Il convient d’anticiper et de concevoir, dès à présent, des stratégies de relance et de dynamisation des systèmes agroalimentaires, y compris les segments non agricoles (transformation, collecte, distribution), en milieux rural et urbain. Pour nourrir ces efforts, les membres du Réseau de prévention des crises alimentaires « demandent que soient engagées au plus vite des actions de renforcement de la résilience des systèmes alimentaires face aux chocs (environnementaux, sécuritaires et sanitaires), ainsi que l’optimisation de leur contribution à la croissance économique et à la création d’emplois ».
En termes de plan de réponse, le Rpca a décidé de mettre en place un dispositif de veille et d’évaluation et préconise quatre pistes aux Etats afin d’anticiper sur la crise alimentaire qui plane.
Primo, il s’agira de « prioriser et d’accélérer la mise en œuvre coordonnée des réponses en faveur des populations en situation de crise et d’urgence, y compris la prévention de la malnutrition aiguë des enfants de moins de cinq ans ». Secundo, le réseau recommande de mettre à jour les plans de réponse 2020, en y intégrant les conséquences de la pandémie de coronavirus. Tertio, il préconise la mise en place des mesures anticipatives et de contingence face au risque acridien. Quarto, il insiste sur les mesures anticipatives de veille et d’assistance à prendre au profit des cinquante millions de personnes sous pression alimentaire risquant de basculer dans la crise des suites des effets cumulés des crises sécuritaire et sanitaire.
Il attire l’attention des États, des organisations intergouvernementales (Oig) sur l’urgence de mesures spécifiques pour contrer les chocs économiques dans certains pays.