Acte V des Rencontres mensuelles de la culture: Dénonciations, propositions et suggestions pour un meilleur fonctionnement du Fac

Par Josué F. MEHOUENOU,

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L’acte V des Rencontres mensuelles de la culture (Rmc) s’est invitée dans l’actualité au niveau du Fonds d’aide à la culture (Fac). Non pas pour en rajouter à la polémique encore béante, mais plutôt pour des propositions concrètes. Trois panélistes ont planché à l’occasion, sous la modération de l’expert culturel Eric Totah.

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Les élections des administrateurs (artistes) du Fonds d’aide à la culture (Fac) ont été mises en veilleuse il y a quelques jours par le ministre en charge de la Culture, Ange N’koué. Celui-ci voulait freiner la polémique, sinon la guerre froide entre acteurs pro et anti élections. Tout sujet y relatif par ces temps qui courent était donc d’intérêt et c’est la raison pour laquelle le Forum culturel du Bénin, structure organisatrice des Rencontres mensuelles de la culture (Rmc) a décidé d’en faire un thème de discussion, samedi 23 avril dernier au Centre culturel Arttistik Africa d’Agla. Pour en discuter, Espéra Donouvossi, manager culturel, représentant de la plate-forme Wanilo, Gaston Eguédji, administrateur au Fonds d’aide à la culture et Claude Balogoun, représentant des artistes au Conseil économique et social ont été invités sous la modération de Eric Totah, expert culturel et ancien secrétaire général du ministère en charge de la Culture.

C’est Gaston Eguédji qui, le premier, se jettera à l’eau. Selon lui, ceux qui pensent que les milliards culturels n’ont pas un impact ont tort. Il y a bel et bien impact sur le secteur, rectifie l’invité des Rmc qui identifie la source de la brouille actuelle au niveau du nouveau décret pris pour organiser les élections des administrateurs. Après avoir donné les détails de l’augmentation du budget du Fonds et rappelé le rôle qu’il y a joué, Claude Balogoun évoquera des difficultés d’ordre structurel et conjoncturel pour résumer la situation actuelle du Fac. «Chacun court pour le financement de ses projets à temps et à contretemps », fait observer ce dernier. Et même s’il pense que le montant du Fonds ne constitue pas en soi le problème, il admettra tout de même que l’augmentation de la cagnotte allouée au secteur culturel, au fil des années, a fini par faire naître des difficultés entre les acteurs. Et à cela s’ajoute, insiste-t-il, l’absence de certains outils de gestion au niveau du Fac. Comme pour appuyer son prédécesseur, Claude Balogoun estime que l’augmentation du budget du Fonds a eu un impact sur le secteur. « Il y a une large différence entre ce qui existait et ce que nous observons aujourd’hui », illustre-t-il. Non sans indiquer qu’il faut réorienter le Fac pour plus d’efficience.

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Des réformes pour la transparence et la crédibilité

Plus amer que les autres panélistes, le représentant de la plate-forme Wanilo s’est d’abord livré à une comparaison entre le budget alloué au Fac et plusieurs autres institutions à caractère multinational, finançant des activités culturelles, pour montrer combien il y a gâchis au Bénin. «C’est très grave qu’on dise aujourd’hui que des acteurs culturels se portent mieux, pour illustrer l’impact d’un Fonds sur le secteur », s’offusque Espéra Donouvossi. Il déplore par ailleurs l’alourdissement du mode de fonctionnement de l’institution. Il dit aussi ne pas comprendre le fait que 75% de ceux qui créent réellement au Bénin ne bénéficient d’aucun soutien de la part du Fac et déplore les actions des « fédérations électoralistes » qui germent à chaque veille de scrutin. « Ce fonds s’écarte de ses objectifs donc, il faut marquer une pause et régler les problèmes qui se posent », propose ce panéliste. Les problèmes trouvent entre autres, selon lui, leur source dans le fait que le Fonds d’aide à la culture soit le seul parmi ceux que comptent le Bénin à fonctionner tel quel. Les textes qui le régissent ont aussi des manquements qui permettent les contournements, commente-t-il, tout en suggérant son audit (pour savoir ce qui marche et ce qui ne l’est pas).
De l’avis du panéliste Espéra Donouvossi, les difficultés du Fac seraient moindres si les gens n’avaient pas peur de parler. Evoquant les conditions de la mise sur pied de la plate-forme Wanilo, il expliquera combien certains ont préféré évoquer les difficultés du Fonds en silence, par peur de représailles ou par peur d’être écartés. « Si tu témoignes, on va te noyer », rapporte désespérément le panéliste pour qui, «le Fonds est devenu un moyen de censure» autour duquel s’est constitué « une mafia » qui l’aurait même «pris en otage». Dans ces conditions, il soutient que la seule voie possible pour conjurer les maux, c’est d’aller à des réformes urgentes pour assurer la crédibilité de l’institution ainsi que la transparence en son sein. « Le nouveau décret est la preuve qu’il existe une mafia», argumente-t-il.

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Propositions

Au-delà des réformes pour la crédibilité et la transparence, il faut aussi agir sur de nombreux leviers, feront observer des participants à la rencontre. Dénis Avimadjessi va enfoncer le clou souhaitant que ceux qui se font appeler « sommité » dans le milieu culturel soit écarté et qu’on évite d’envoyer l’argent du Fonds dans des structures publiques pour quelque financement. Et pour ce qui est des élections : «Si nous ne trouvons pas des gens responsables, les difficultés vont continuer», lance-t-il, exhortant à l’application pure et simple du statut de l’artiste. Jude Zounmènou regrette lui, que dans la sous-région, le secteur culturel béninois qui s’illustre par les pires rendements ait le plus important financement. L’érection de la Maison de l’artiste et l’application du statut de l’artiste constituent ses deux revendications fortes. «Si le nid de la corruption s’est installé, c’est du fait des acteurs eux-mêmes… Nous percevons le Fonds comme une marmite dans laquelle chacun doit puiser et se servir », souligne Pascal Wanou. A sa suite Hervé Wégbomè demandera qu’on redéfinisse le rôle des experts culturels qui opèrent au niveau du Fac. Méchac Adjaho, caricaturera la situation en indiquant que ce ne sont plus les acteurs qui vont vers le Fonds pour le dépôt des projets, mais qu’ils sont plutôt sollicités par d’autres sources qui leur proposent des projets déjà rédigés à soumettre avec des récépissés d’association tout fait. Lesquels projets, ironise-t-il, sont toujours acceptés et reçoivent les financements sollicités. Une fois cela fait, «un service financier» se mettrait gracieusement aux trousses du pseudo-bénéficiaire pour les formalités au trésor avant de lui indiquer au finish, quelle gestion faire des sous. Giovanni Houansou rejette le nouveau décret, vu par certains comme solution salvatrice. Il comporte des insuffisances graves, regrette-t-il. Il serait même suicidaire de son point de vue. Les experts du Fonds devraient être supprimés selon ses observations. De même, ceux qui ont entretenu et bercé le décret en question doivent être mis de côté, pense ce jeune acteur culturel qui n’oublie pas les misères faites à ceux qui combattent à visage découvert. Pour Samson Adjaho, le Fac ne respecte aucunement les exigences suivant lesquelles les fonds du genre fonctionnent, ce qui l’isole de toute règle d’orthodoxie. Il plaide alors pour un renforcement du suivi-évaluation et la suppression du nouveau décret régissant les élections.

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Qui est coupable ?

La réponse à cette question, c’est un autre jeune acteur culturel en la personne de Serge Zossou qui va la donner. Et sans y aller du dos de la cuillère il affirmera sans ambages que tous les acteurs ont une part de responsabilité. Certains par leur silence, et d’autres encore pour y participer activement. Une fois encore, le décret sera identifié comme l’arme et les artistes, les victimes. Ammar Kessab, expert en politique de management culturel indexe aussi le décret comme source de difficultés pour le secteur. Selon cet acteur connu sur le continent comme une personne ressource majeure dans le domaine culturel et actuellement en séjour au Bénin, il faut revoir le fonctionnement du Fac. Lequel serait actuellement calqué sur un mode de fonctionnement qui permette de résoudre des problèmes sociaux. L’expert pense par ailleurs que le nouveau décret est monté de manière à calmer la contestation sociale. « Si vous voulez aller de l’avant, il faut revoir ce mode de fonctionnement », propose-t-il. « L’absence d’un manuel de procédure est une manière de voler l’argent », condamne l’expert qui suggère au Bénin d’imaginer un mode de financement semi-public du Fonds d’aide à la culture.
Cette avalanche de questions et de préoccupations va relancer les débats au niveau du panel. Chacun des trois invités du Forum culturel du Bénin va alors plancher à nouveau et exposer non seulement sa vision, mais aussi ses propositions. Lesquelles propositions, aux dires des organisateurs, seront versées à l’administration publique, notamment au ministère en charge de la Culture, afin qu’il en soit tenu grand compte pour redessiner la carte culturelle du Bénin, notamment en ce qui concerne le financement. Au mois de mai prochain, pour ce qui est de l’acte VI, il sera question de théâtre, ont prévu les initiateurs des Rmc?