Affaire « cocaïne 18 kg »: La stratégie discutable de la défense de Sébastien Ajavon

Par Alexis METON  A/R Atacora-Donga,

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L’homme d’affaires et politique, Sébastien Ajavon, comparaît ce jour à la Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme (Criet). Quels en sont les motifs et quels sont les tenants de la bataille juridique en perspective ?

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« Quelqu’un a démontré que la Cour est incompétente et que cette affaire était réglée. D’autres ont dit que cette affaire est classée, elle a donné lieu à une décision de non-lieu », a décrypté mardi dernier le ministre de la Justice qui a tenu, à l’occasion d’un point de presse, à situer les faits, notamment les prérogatives de la Criet et ce pourquoi Sébastien Ajavon y est convoqué. Et ce faisant, il bat en brèche les allégations contenues dans un communiqué du parti Union sociale libérale (Usl) qui soutient que « Cette affaire déjà jugée au tribunal de première instance de première classe de Cotonou en flagrant délit, s’est soldée par une décision de justice ordonnant la relaxe de tous les prévenus ». Et, à en croire le même communiqué, la décision intervenue le 4 novembre 2016 n’aurait été suivie d’aucun appel. C’est du reste la position que défend le collège des avocats constitués par Sébastien Ajavon.

Eclairage du garde des Sceaux

Eclairant, le ministre de la Justice, mardi dernier, a indiqué que la Criet a compétence en matière de corruption et d’actes d’enrichissement illicite, de blanchiment de capitaux et de trafic de drogue. A propos de l’affaire dite « 18 kg de cocaïne », Me Sévérin Quenum fait savoir que « Si vous dites que la cocaïne, c’est de la drogue, ça relève de plein droit de la compétence et des attributions de cette juridiction ». Aussi, affirme le ministre de la Justice, l’affaire de cocaïne étant en jugement, la loi qui a institué la Criet dispose que toutes les affaires en cours, c’est-à-dire celles qui n’ont pas encore force de chose jugée, peuvent lui être déférées.
Selon les explications du garde des Sceaux, la Criet ayant compétence en matière de trafic de drogue, et l’affaire dite « 18 kg de cocaïne » entrant dans ses prérogatives, il est normal, quoi qu’il en soit, d’y revenir, fait valoir Me Sévérin Quenum. Rebondissement donc de cette affaire, impliquant le roi du poulet congelé comme certains appellent de façon affectueuse Sébastien Ajavon. Ainsi, Sébastien Ajavon et consorts ont-ils été convoqués pour être entendus, ce jeudi 4 octobre, à la Criet.

Le poids des arguments

Bataille juridique en perspective. Car, d’ores et déjà, avant même l’ouverture des débats, le collège des avocats de l’homme d’affaires a montré les couleurs, à travers un communiqué qui fait de leur client « l’opposant politique majeur » au pouvoir actuel qui chercherait à éliminer un adversaire politique en instrumentalisant la justice. « Il y a lieu de craindre que cette procédure participe d’une persécution politique ayant pour but de le contraindre à renoncer à participer au processus démocratique, d’abord législatif, puis au-delà, visant à élire le président de la République du Bénin », attaquent les avocats alléguant de « démarches effectuées » ne leur ayant pas permis « de déterminer avec précision ni l’objet de cette convocation, ni les éléments à charge justifiant cette comparution. »
Il est heureux cependant qu’ils aient tout de même choisi de répondre « à la convocation ». Est-ce à dire que leur client ne comparaîtra-t-il pas ? Le doute est permis. Auquel cas, ce dernier ne sera-t-il pas jugé par défaut, en l’absence d’excuse valable présentée par sa défense ?
Quoi qu’il en soit, il est regrettable que la stratégie de ces derniers soit de jeter du doute sur le système judiciaire béninois, cette même justice, en l’occurrence le Tribunal de Première instance de Cotonou, qui a pourtant relaxé Sébastien Ajavon le 4 novembre 2016, preuve de son indépendance. D’où provient cette présomption « d’instrumentalisation » dont Me Dupond-Morreti et consorts se prévalent-ils ? Il est aussi notable qu’ils ont choisi délibérément de porter l’affaire sur le terrain politique, en faisant de l’Union sociale libérale (Usl), selon un critère subjectif propre à eux et d’évidence discutable, le principal parti d’opposition du Bénin. Quid des Forces cauris pour un Bénin émergent (Fcbe) ? Il est notoire que ce sont les Fcbe qui ont porté la candidature du candidat Lionel Zinsou arrivé deuxième à la présidentielle de 2016, que cette formation politique compte moult d’élus que ne peut revendiquer l’USL structurellement moins solide que les Fcbe. Stratégie discutable, d’autant qu’elle repose sur des prémonitions contraires au fait que Sébastien Ajavon ait été relaxé, à en croire ses propres avocats, par une juridiction bien béninoise. D’où ne peuvent plus se justifier donc leurs velléités à politiser cette affaire et de « solliciter des différentes organisations internationales la mise en place d’une surveillance particulièrement attentive de cette situation de nature à inquiéter »… A quelle finalité ? Au-delà des effets de manche, des stratégies y compris le dilatoire bien propres aux avocats, reste que jeter ainsi le doute sur l’appareil judiciaire béninois est inacceptable n

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