Affaire Dangnivo: Le dossier renvoyé pour complément d’informations

Par Didier Pascal DOGUE,

  Rubrique(s): Société |   Commentaires: Commentaires fermés sur Affaire Dangnivo: Le dossier renvoyé pour complément d’informations


Contre toute attente, le procès relatif à la disparition d’Urbain Pierre Dangnivo a été renvoyé, ce jeudi 23 août, à une session ultérieure pour complément d’informations. Une nouvelle suspension, après le renvoi sollicité début 2016 pour mesures d’instructions complémentaires.

LIRE AUSSI:  Visite des chantiers de routes par le ministre des Infrastructures: Une satisfaction globale en dépit de quelques difficultés

Les débats relatifs à l’affaire disparition en août 2010 d’Urbain Pierre Dangnivo, cadre du ministère de l’Economie et des Finances, devraient se poursuivre ce jeudi, vu la volonté des acteurs de la justice de concourir à la manifestation de la vérité. Mais le ministère public a fait des observations à la suite d’une lettre du ministre de tutelle, le Garde des Sceaux, Séverin Quenum. Ladite correspondance dévoile en objet instructions. En effet, la hiérarchie ordonnait au Parquet général de requérir un supplément d’informations, car de façon constante, l’accusé principal a fait des déclarations mettant en cause certaines personnalités. Ce que le Parquet général a fait sur la base, relève-t-il, des dispositions de l’article 34 du Code de procédure pénale et en vertu du principe de subordination hiérarchique. Cet article prévoit que le ministre de la Justice peut dénoncer au Procureur général des infractions dont il a connaissance. 

Il a alors requis de suspendre les débats en cours et de les renvoyer à une autre session aux fins desdites instructions.
Le ministère public n’a pas souhaité prendre des réquisitions suite aux réactions de certaines parties au procès relatives aux instructions.
Me Théodore Zinflou de la défense a ensuite dénoncé ce qu’il a appelé subornation de partie à procès. Selon lui, l’accusé Codjo Kossi Alofa a reçu un appel mercredi dernier à son retour en prison après les débats de cette journée. Etant seul dans l’économie du contenu dudit appel téléphonique qu’il a suggéré au président de dévoiler, il a relevé qu’aucune autorité, fût-elle politique, religieuse ou même judiciaire, n’avait le droit de s’entretenir avec son client sans son avis.
Par rapport aux instructions, Me Théodore Zinflou déclare son opposition à la subordination hiérarchique du ministère public. Il a relevé que « la plume est serve mais la parole est libre ». Ensuite, il a insisté pour dire que les accusés n’ont pas commis les faits qui leur sont reprochés. « Ceux qui sont devant vous n’ont pas tué Dangnivo », a martelé la défense qui demande la libération sous caution des accusés. Car, pour lui, la détention est l’exception et la liberté la règle.
Le ministère public s’est opposé à cette demande de libération des accusés en appelant la cour à la vigilance. Il fonde sa position sur la base de l’article 147 du Code de procédure pénale qui ne permettrait pas la libération de celui qui aurait commis un crime de sang. Il requiert de rejeter ladite demande et de renvoyer le dossier aux fins de l’accomplissement des mesures d’instructions.
La défense objecte en citant les trois derniers paragraphes du même article qui l’autorisaient à faire une pareille demande. Il a ensuite dénoncé les grossièretés du dossier et promis d’apporter des éléments contraires pour confondre l’accusation. Pour lui, le corps présenté n’était pas celui d’Urbain Pierre Dangnivo.

LIRE AUSSI:  Partenariat Uba-Uac: Pour des solutions digitales en faveur de la communauté universitaire

La partie civile s’associe aux instructions

En ce qui concerne la partie civile, elle s’est associée aux mesures d’instructions ordonnées. Me Nicolin Assogba s’est réjoui que la lucidité soit enfin revenue. « La vérité, souligne-t-il, c’est ce que nous cherchons et poursuivons. » Pour lui, le combat pour la vérité a révélé qu’en 2015 de graves lacunes de l’instruction ont été constatées. Il a rappelé à ce sujet, entre autres, que l’arrêt de renvoi du 27 janvier avait ordonné la comparaison du cadavre présumé de Dangnivo avec l’Adn de ses frères et fils et l’accomplissement de tous autres actes nécessaires à la charge du président de la chambre d’accusation. Pour lui, depuis cette date, il n’y a pas eu un seul acte du président de cette chambre.
Il relève par ailleurs qu’il a vu un accusé constant dans ses déclarations, rappelant les faits avec force détails. L’accusé, rappelle-t-il encore, a cité plus de 65 fois le nom de Lucien Dègbo dit Dhl, mais également un certain nombre de fois ceux de Prince Alédji et de Séverin Koumasségbo. Il pense que ces personnes dont les noms ont été cités devraient changer de statut pour être retenus par l’accusation dans les liens de la prévention. Ce sont, selon lui, des personnes contre qui pèseraient de graves charges. Il demande que le complément d’informations s’étende à ces personnes.
Me Olga Anassidé et Me Spéro Quenum, également de la partie civile, se sont associées aux mêmes observations et ont martelé que le complément d’informations s’imposait.
La cour se retire et, sans le concours des jurés, a rejeté la demande de liberté au motif que les accusés ne présentaient de suffisantes garanties de représentations et a ordonné le complément d’informations.