Affaire de faux médicaments au domicile du député Atao à Cotonou: Des tonnes de produits saisis, des badauds interpellés

Par Claude Urbain PLAGBETO,

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Plusieurs dizaines de cartons de produits pharmaceutiques d’origine douteuse ont été saisis, vendredi 8 décembre dernier, par la police au domicile de la conjointe du député Mohamed Atao Hinnouho à Akpakpa (Cotonou). Au cours de cette opération qui fait suite à une perquisition manquée la veille, les agents ont dû faire usage de force et procéder à l’arrestation de plusieurs personnes.

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La police est retournée, vendredi dernier, au domicile de dame Akinocho Karim Salamatou, conjointe du député Mohamed Hinnouho Atao à Akpakpa (Cotonou), après « l’obstruction orchestrée » contre la perquisition, la veille, par des badauds et des hommes politiques. Peu avant 17 h, des véhicules de la police ont fait irruption au quartier Hlakomè pour encercler le bâtiment soupçonné de contenir des médicaments d’origine douteuse. Deux véhicules de maintien d’ordre de la Compagnie républicaine de sécurité (Crs) ont été positionnés de part et d’autre de la ruelle menant à l’entrepôt. Après avoir défoncé le portail et les portes, sur exploit d’huissier, la police découvre effectivement plusieurs tonnes de produits pharmaceutiques emballés dans des cartons. Sur les lieux, il n’y avait âme qui vive. Des indiscrétions font état de ce que les occupants (le député, sa campagne et sa famille) ont vidé les lieux un peu plus tôt dans la journée.
Ces médicaments retrouvés sont convoyés à la direction centrale de la Police judiciaire à Agblangandan, sous le regard curieux des populations. En réaction à l’opération de la police, des badauds, comme la veille, ont brûlé des pneus, notamment sur la voie publique et au carrefour non loin de l’école primaire publique d’Adogléta. N’eût été la vigilance des forces de l’ordre, un véhicule de la police allait être consumé. Les hommes en uniforme ont dû faire usage de grenades lacrymogènes pour contenir la foule des manifestants visiblement déterminés à semer le chaos par le feu et une cascade de jets de pierres à l’endroit des policiers. A quelle fin ? L’on ne saurait le dire. Toujours est-il que plusieurs personnes sont mises aux arrêts et conduites au commissariat pour les besoins de l’enquête.
Jeudi dernier, le pare-brise d’un véhicule de police avait été brisé par les manifestants lors de la première tentative de perquisition des lieux, selon le commissaire de la Sous-direction des affaires économiques et financières (Sdaef), Brice Allowanou qui dénonce une « obstruction orchestrée ». A l’en croire, le député a « ameuté les populations et certains acteurs politiques contre les policiers pour faire obstruction à la procédure de perquisition ».
Aussi, le député de la quinzième circonscription électorale, se prévalant de son immunité parlementaire, avait exigé la présentation d’un mandat. Ce qu’a réfuté Brice Allowanou, indiquant que le mandat n’est pas une exigence prescrite en l’espèce par notre droit positif et que l’immunité du député est attachée à sa personne et surtout à sa fonction et n’interdit pas l’accomplissement des actes de police ne nécessitant pas l’autorisation de l’Assemblée nationale.

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« Une procédure viciée », selon les avocats d’Atao

La perquisition du domicile de la conjointe du député s’inscrit dans le cadre d’une enquête entamée après la découverte, lundi 4 décembre dernier, de 40 kg de faux médicaments avec le nommé Sourou Rock Toviessi, dans une voiture appartenant au sieur
Codjo Houndégnon, et en partance pour un cabinet de soins privé à Ita Kpaco, commune d’Ifangni. Le livreur interpellé a conduit les policiers au domicile de dame Akinocho Karim Salamatou, conjointe du député Mohamed Atao Hinnouho qui a fait son apparition sur les lieux et s’est opposé à l’action de la police de perquisitionner ledit domicile. Un collectif d’avocats du député est monté au créneau dans la soirée du jeudi, peu après la perquisition avortée, pour dénoncer « une procédure viciée », après les députés de la minorité parlementaire tels que Valentin Djènontin, Simplice Codjo, Idrissou Bako, l’ancien ministre Candide Azannaï, l’ancien président Nicéphore Soglo et autres personnalités de l’opposition vus en compagnie du député.
Le collectif dit avoir constaté, au moment où un fort contingent de la police nationale a fait irruption au domicile du député, qu’un autre a pris d’assaut le siège du parti politique Réseau Atao fondé par l’élu. Les policiers auraient « tenté d’enlever l’intéressé et n’en ont été empêchés que par la vigilance des riverains », allègue Me Alfred Bocovo au nom de ses pairs. Les avocats parlent d’une « tentative d’intimidation », en faisant un rapprochement des événements de la session budgétaire en cours au Parlement. Ils évoquent des « violations graves et intolérables de la Constitution du 11 décembre 1990, de la Charte africaine des droits de l’Homme et des Peuples, du Code de procédure pénale en vigueur au Bénin ». Pour les avocats du député, la Police nationale est « instrumentalisée » à des fins politiques.
Selon des indiscrétions, le député serait détenteur de certificats de mise en consommation des produits pharmaceutiques dûment délivrés par des structures habilitées.