Africains de l’échiquier international: Léopold-Ismaël Samba,Doyen du groupe des ambassadeurs africains à Genève

Par Catherine Fiankan-Bokonga,

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Vous êtes le représentant permanent de la République centrafricaine (Rca) auprès de l’office européen des Nations Unies et des autres organisations internationales à Genève et à Vienne, et aussi Ambassadeur auprès de la Confédération helvétique. Comment décririez-vous les relations qu’entretient votre pays avec la Suisse?

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La Rca entretient d’excellentes relations avec la Suisse. Le Conseil fédéral a reconnu l’indépendance de mon pays, le 13 août 1960, et établi des relations diplomatiques dès 1964. Des accords ont été signés et nous coopérons dans le domaine de l’éducation et de la culture.

Quel est votre rôle en tant que Doyen du groupe des ambassadeurs africains de Genève ?

Je « parraine » les nouveaux arrivants, j’arbitre les dissenssions avec des tiers et je facilite les relations avec le pays-hôte. En tant qu’ancien haut-magistrat, je veille aussi à ce que la Convention de Vienne soit respectée en matière d’immunités et de privilèges tout en arrondissant les angles, en cas de problèmes. Lorsque l’Afrique soumet la candidature d’un de ses ressortissants à un poste de direction d’une organisation internationale (comme cela a été le cas pour l’Oms et l’Omc), je coordonne certaines actions à Genève et je mobilise mes collègues Ambassadeurs.

Vous êtes l’un des vice-présidents du groupe des ambassadeurs francophones de Genève. Quel est votre sentiment sur l’utilisation quasi systématique de l’anglais à l’Onu ?

Cette situation handicape de nombreux Etats, et en particulier les francophones. Il est regrettable que les Nations Unies ne soient pas à même de diminuer le fossé entre les deux langues officielles de travail du Secrétariat que sont l’anglais et le français, sous prétexte de manque de fonds. Le cadre législatif mis en place par l’Assemblée générale en faveur du multilinguisme est, dans la pratique, peu respecté. Une solution devrait aussi être identifiée pour éviter les coupures budgétaires dans le domaine de l’interprétariat et de la traduction des documents. Ces services sont cruciaux pour les travaux de l’organisation.

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Vous êtes actuellement le coordonnateur du groupe africain auprès de l’Organisation mondiale de la Santé (Oms). En quoi consiste votre rôle ?

Je porte la voix de l’Afrique au sein de l’Oms. La pandémie de la Covid-19 a mis en évidence la fragilité du système multilatéral pour résoudre la crise sanitaire à laquelle nous faisons face actuellement. Dans ce contexte, je partage les préoccupations des représentants des Etats africains. Plus de 3,5 milliards de vaccins contre la Covid-19 ont été distribués dans le monde, mais plus de 75 % sont allés dans 10 pays. Il faut accroître l’approvisionnement en vaccins des pays à revenu faible ou intermédiaire. A l’heure actuelle, seulement 1,39 % du 1,3 milliard d’Africains sont complètement vaccinés. Le déséquilibre qui subsiste dans la distribution des vaccins est choquant. Comme l’a déclaré le chef de l’Oms, « nous vivons un apartheid vaccinal».

En 2018, vous avez eu l’idée de créer un Examen périodique universel (Epu) pour la santé. La proposition avait été soumise à l’Oms au nom du groupe des ambassadeurs africains. Pouvez-vous nous en dire plus ?

Effectivement, j’avais été inspiré par le processus des droits de l’homme. Sous les auspices du Conseil des droits de l’homme, l’Epu consiste à passer en revue les réalisations de l’ensemble des 194 Etats membres de l’Onu dans ce domaine. J’ai imaginé un mécanisme similaire pour la santé. Le Directeur général de l’Oms, le Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus a évoqué ce projet dans ses allocutions d’ouverture de la 73e Assemblée mondiale de la Santé
(mai & novembre 2020).

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Quel est le but de ce mécanisme? Où en êtes-vous actuellement?

Cet « Examen universel de l’état de santé et de préparation » a pour but d’instaurer la confiance et la responsabilité mutuelles en matière d’action sanitaire. Les nations doivent être rassemblées autour du principe d’approche faisant intervenir l’ensemble des pouvoirs publics pour renforcer les capacités nationales de préparation aux pandémies, instaurer la couverture sanitaire universelle et améliorer l’état de santé de toutes les populations. Je collabore en ce moment étroitement avec l’Oms sur une proposition détaillée qui sera présentée aux États membres. L’Allemagne, le Cameroun, la France et mon pays ont convenu de collaborer avec le Secrétariat durant la phase initiale pour mettre au point et tester le dispositif.
Un dernier mot sur le rôle de la Genève Internationale?
Plus que jamais, c’est le lieu où bat le pouls du monde

Les Missions permanentes à Genève (Suisse)

Les missions permanentes ont été instituées dans le cadre de la Convention de Vienne de 1961 sur les relations diplomatiques. La Convention stipule que les missions contribuent à favoriser les relations d’amitié entre les pays, quelle que soit la diversité de leurs régimes constitutionnels et sociaux. L’Organisation des Nations Unies compte actuellement 193 États membres, dont 181 sont dotés d’une Mission permanente accréditée auprès de l’Office des Nations Unies à Genève. Une quarantaine représente les pays africains.
Sur le plan opérationnel, les missions permanentes organisent et coordonnent la participation des États membres aux travaux de l’Organisation. L’Office des Nations Unies à Genève assure des fonctions de représentation et de liaison avec les missions permanentes et bureaux d’observation accrédités, aux fins de faciliter et d’appuyer leur participation.
Le personnel diplomatique travaillant pour ces missions permanentes ou bureaux d’observation bénéficie de certains droits, privilèges et immunités énoncés dans l’Accord sur les privilèges et immunités de l’Organisation des Nations Unies.

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Immunités et privilèges

Chaque membre de la communauté internationale jouit de privilèges et immunités dont l’étendue dépend de la fonction occupée au sein de la mission permanente ou de l’organisation internationale.
Le régime des privilèges et immunités repose sur une structure juridique formée, notamment, par :
 la Convention de Vienne sur les relations diplomatiques du 18 avril 1961, appliquée par analogie aux missions permanentes,
 les accords en matière de privilèges, immunités et facilités conclus avec les organisations internationales,
 la loi sur l’Etat hôte et son ordonnance d’application,
 la pratique des autorités suisses.

Les principales immunités et les principaux privilèges et autres facilités :
 l’immunité de juridiction et d’exécution qui peut être limitée aux actes de fonction,
 l’inviolabilité (personnelle et demeure) pour certaines catégories de personnes,
 les privilèges douaniers, dont l’accès au Magasin hors taxes pour les diplomates et hauts fonctionnaires,
 les privilèges fiscaux,
 l’exemption des assurances sociales et obligatoires suisses,
 l’accès au marché suisse du travail pour les membres de famille,
 l’admission facilitée des véhicules privés à la circulation routière et l’immatriculation en plaques diplomatiques pour les diplomates et hauts fonctionnaires,
 la dispense d’échanger le permis de conduire étranger contre un permis de conduire suisse.