Aires marines protégées de Cotonou et Grand-Popo : deux fleurons en gestation (Pêcheurs et écologistes satisfaits)

Par Fulbert Adjimehossou,

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Historique. Le Bénin fait un grand pas en décidant de la création de deux aires marines protégées, à Donaten et à la Bouche du Roy. Les acteurs y voient de beaux jours pour l’écotourisme et la pêche durable.

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Longtemps attendues sur la côte, le Bénin va enfin disposer des aires marines protégées. Le gouvernement a décidé d’en créer à Akpakpa Donaten à Cotonou et à la bouche du Roy à Grand-Popo. « Ces aires marines permettront de sécuriser la mangrove et les ressources halieutiques disponibles dans ces écosystèmes qui regorgent d’une riche diversité biologique menacée ou en voie d’extinction, à savoir : tortues marines, lamantins d’Afrique, baleines et dauphins, diverses espèces de poissons, etc. », renseigne le compte rendu du Conseil des ministres du 5 janvier 2022. Déjà plus de deux décennies que les actions sont engagées dans le sens de la création des aires marines protégées au Bénin, un pays qui accroche par une façade maritime de 125 km avec un plateau continental de 3 100 km2 et une Zone économique exclusive de près de 27 750 km².
En réalité, l’écosystème marin subit d’énormes pressions. Les menaces proviennent de la surpêche et de l’exploitation des mangroves pour les besoins économiques auxquelles s’ajoutent les impacts des changements climatiques. Pour freiner cette destruction continue des écosystèmes marins et côtiers béninois, l’Etat a adopté une politique de gestion durable de son espace marin et côtier en application des conventions internationales et régionales telles que : la Convention sur la diversité biologique (Cdb) et la Convention d’Abidjan. Grâce à ces instruments, le Bénin a, entre autres, créé deux zones humides d’importance internationale au Sud-Bénin que sont les sites Ramsar 1017 et 1018. Deux zones marines d’importance écologique et/ou biologique (Zieb) ont été aussi identifiées.
Aujourd’hui, avec ces deux aires marines protégées décidées par le Conseil des ministres, des mesures sont attendues pour la viabilisation et la sécurisation. « Elles feront l’objet, chacune, d’un plan d’aménagement et de gestion. Celui-ci définira les conditions d’accès, d’exploitation sur une base temporelle, de zonage sous la supervision des services techniques compétents ainsi que sur la base de l’application des principes de participation et de cogestion avec les populations riveraines », précise le Conseil des ministres.

Ecotourisme et pêche durable

Les rapports de caractérisation des zones marines d’Importance écologique ou biologique (Zieb) au Sud-Bénin l’ont beaucoup recommandé. C’est le cas d’une étude menée et dont les résultats ont été publiés en juillet 2021 sous l’égide de l’Institut de recherches halieutique et océanologique du Bénin (Irhob). « La création d’une aire protégée servirait à coup sûr à sauvegarder les ressources biologiques et génétiques de la faune et de la flore maritime de cette partie du Bénin et de la sous-région », recommande le rapport. Ces travaux conduits par des océanographes, biologistes, cartographes, chimistes, agronomes forestiers, et ornithologues ont révélé d’énormes potentialités.
Ainsi, 31 espèces d’oiseaux réparties en 20 familles y ont été dénombrées dont 27 espèces sont résidentes. Six sont des espèces migratrices interafricaines et cinq espèces sont migratrices. L’évaluation des stocks de poissons a permis de dénombrer 257 espèces de poissons, plus de 214 téléostéens pour 80 familles, 10 espèces de crustacés et quatre espèces de céphalopodes. Malheureusement, à l’étape actuelle de l’évaluation du degré de menace, on note 25 espèces appartenant à différentes catégories de menaces de l’Iucn tant au niveau national qu’international. « C’est une zone de forte migration et de ponte de plusieurs espèces de tortues marines qui sont toutes menacées au niveau national et international », renseigne le rapport.
Cette même richesse a été notée au niveau de la Bouche du Roy, très en vue pour le développement de l’écotourisme. « C’est une bonne nouvelle. C’est aussi une décision noble de vouloir valoriser, remettre sur la plateforme cette valeur que nous avons », se réjouit Jocelyn Ahyi, maire de Grand-Popo, joint au téléphone. Les regards sont désormais tournés vers les actes pour l’aménagement des sites et leur gestion.

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Quelques impressions

Dr Zacharie Sohou, océanographe : « Ce serait bien de les baliser »

C’est une bonne nouvelle. Il est très important de créer les aires marines protégées afin de pouvoir sauvegarder la biodiversité et gérer le stock de poissons, le stock de ressources marines vivantes que nous avons. Ça fait partie des mesures les plus efficaces de gestion. Maintenant que c’est fait, c’est une bonne chose. Au plan international, ça fait un bon écho pour le Bénin parce qu’avec ces aires, on est sûr que le Bénin a le souci de la préservation des ressources marines qui sont des ressources partagées. Les poissons n’ont pas de frontières. Il reste à mettre en œuvre les plans de gestion qu’il faut élaborer, créer le comité de gestion pour ces aires marines protégées. Ce serait bien de les baliser, même si on ne peut pas faire pour tout le contour. Ainsi, les gens sauront qu’il ne faut pas pêcher n’importe comment. Il faut aussi renforcer le contrôle à l’intérieur pour qu’on ne puisse pas utiliser n’importe quel engin de pêche.

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Augustin Amoussougbo, acteur de pêche : « C’est pour nous un événement majeur »

C’est un acte noble. Ça fait près de 20 ans que nous militons pour la création des aires marines protégées au Bénin. C’est le moment de remercier le gouvernement pour cet acte assez noble pour la préservation des ressources halieutiques et la protection de l’environnement marin au Bénin. Les pêcheurs marins ont compris depuis toujours l’importance des aires marines protégées. Parce que nous n’avons pas suffisamment d’embouchure pour que les échanges entre les eaux douces et saumâtres puissent faciliter des conditions de reproduction favorables. Nous ne pouvons que créer des zones de frayère en mer et les protéger. Ce qui est fait maintenant. C’est pourquoi nous remercions le gouvernement qui ne cesse de poser des actes pour la pérennisation des activités de pêche. En 2021, nous avons assisté à la mise en place de la brigade de surveillance des pêches et des plans d’eau. Et ce début d’année, nous avons eu ce privilège de bénéficier de la création de deux aires marines protégées. C’est pour nous un événement majeur. Nous souhaitons que les conditions soient mises en place. Parce qu’il ne s’agit pas seulement de prendre des décrets. Il faut mettre les balises et les comités de gestion, sans oublier les mesures d’aménagement.

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Gauthier Amoussou, coordonnateur de Eco Bénin : « Ces aires vont permettre d’avoir des espaces marins sécurisés »

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Le Bénin a 20 % de son territoire en mer. Mais il n’y avait pas jusque-là un acte fort qui marque la protection ferme d’un échantillon de cet espace marin. Cette décision vient marquer la volonté du Bénin dans ce sens. Aujourd’hui, il est très important de créer des aires marines protégées en raison des pressions sur les écosystèmes marins. Il le faut pour la reconstitution de la faune halieutique. Ces aires vont permettre que nous ayons des espaces sécurisés où l’on limite les impacts de la pêche pour permettre à ces écosystèmes de se reconstituer. Cela permet aussi d’améliorer la surveillance de ces ressources et de contrôler la pêche. C’est aussi une opportunité pour le tourisme quand les espèces comme les baleines, les dauphins vont se retrouver mieux en sécurité. Ça va attirer des touristes. Il faudrait que les communautés soient associées à la gestion de ces aires.

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Joséa Dossou Bodjrènou, directeur de Nature Tropicale : « Le Bénin vient de faire un pas de géant »

Joséa Dossou Bodjrènou, directeur de Nature Tropical

Il y a beaucoup de projets qui sont passés avec le même objectif de créer des aires marines. Le gouvernement est à féliciter pour cette décision de créer finalement les aires marines protégées. C’est important parce que quand vous avez des ressources et que vous voulez les gérer pour l’avenir, il faut les mettre en réserve. C’est un peu comme on le fait dans les banques. On y dépose de l’argent pour que cela fructifie. On met en place des dispositifs pour une gestion durable. Cela provient des recommandations pour des conventions internationales qui veulent que les Etats puissent avoir 30 % de leur territoire préservé. Le Bénin vient de faire un pas de géant. Il est à souligner que si rien ne se fait, on verra ces ressources disparaître. Les aires marines protégées ont trait aux ressources halieutiques qui sont surexploitées. Vous avez aussi des espèces de tortues marines qui sont des espèces intégralement protégées. Nous avons des mammifères tels que les baleines, les dauphins et autres qui sont présents dans ces milieux. Avec ces aires marines protégées, on fera plus attention. La prise de la décision montre déjà la volonté politique. Avec les communautés, il sera question de préparer des plans de gestion des ressources.