Alain Dimple Houngninou: Le défi d’être seul maître de son destin

Par Maryse ASSOGBADJO,

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Alain Dimple Destin Houngninou a fière allure. Son handicap, il le porte avec une sérénité ‘’hors du commun’’. Handicapé des deux pieds et du bras droit, il s’en est accommodé et s’intègre aisément dans la masse d’individus disposant de toute leur motricité. Il ne saurait en être autrement avec celui qui porte le prénom Destin. Lui-même étant conscient que son prénom rime avec défis, courage et réussite. Cet agent de la Direction générale du Trésor et de la Comptabilité publique, évoque sa situation avec fierté:

« Je me suis tellement comporté comme une personne normale que les gens ont tendance à oublier que je suis un handicapé ; ils estiment que je peux tout, alors que j’ai aussi mes limites », sourit-il.
A première vue, personne ne peut douter de ses limites, tant il s’assume. Pourtant…, « il y a des choses que je n’arrive pas à faire », avoue-t-il, avant de s’attarder sur ce qui constitue son handicap.
« Je ne peux transporter tout seul des courriers. Il me faut donc à tout moment, un stagiaire pour m’aider dans certaines tâches », explique-t-il. « Je n’arrive pas à conduire les engins et je connais aussi des périodes de crise liée à ma santé », relate-t-il. Il poursuit : « Je ne peux pas venir au service à la même vitesse que les autres, il me faut du temps pour marcher. Lorsque le sol est glissant, je n’arrive pas à marcher, parce que je risque de tomber ».
Le destin ne faisant rien au hasard, la chance de Destin Dimple, c’est de se retrouver toujours au milieu des gens qui comprennent sa situation. Même si à des moments donnés, il doit supporter les humeurs de ses patrons. « Etant donné que je me comporte comme un individu à part entière, les gens oublient vite que je suis une personne handicapée au point d’assimiler parfois mes limites à de l’insubordination », raconte-t-il.
Mais il sait défier son état. A défaut d’attendre la providence, il a pris à bras-le-corps son handicap, brave les péripéties de la vie pour faire face à son destin. La vie, selon lui, rime avec courage, combativité, détermination et réussite.
Contrairement à nombre de ses compères qui éprouvent de la peine à s’insérer dans la fonction publique, Alain Houngninou y a trouvé sa place et exerce depuis une décennie. D’où tient-t-il cette chance pendant que ses frères et sœurs se retrouvant dans la même  situation triment vainement ? C’est une question de conviction personnelle et de don de soi, répond-il.
« Il n’y a pas de force particulière. La première chose, c’est de ne pas se considérer comme diminué parce que quand vous vous mettez dans cette posture, vous risquez de tout attendre des autres », défend-t-il. Ce cliché, Destin se refuse de le porter. « Moi, je n’attends rien de personne, même si j’ai des limites ; je suis entré dans la fonction publique comme tout le monde », laisse-t-il entendre, sourire aux lèvres.
Pour lui, tout se joue au mental. « Beaucoup de personnes handicapées n’ont pas la force de surmonter les épreuves. La preuve, elles sont nombreuses à finir leurs cursus scolaires et à attendre leur employabilité en vain », souligne-t-il.

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Se mettre en évidence

Loin d’être des individus à négliger, il soutient que les personnes handicapées devraient plutôt être encouragées et promues. Mais il revient d’abord à la cible elle-même, de s’affirmer et se révéler plutôt que d’attendre tout du gouvernement, conçoit-il. « C’est un défi d’être personne handicapée et de prouver nos capacités aux gens dits normaux », relève-t-il.
Celui qui considère le handicap comme un atout, une force, et une chance indique que les personnes handicapées ne devraient rien envier aux personnes non handicapées. Au contraire ! « Nous sommes des personnes privilégiées, parce que Dieu nous a créées différentes. Et, toute chose créée différente a une particularité », apprécie-t-il. Selon lui, les handicapés se doivent d’intégrer cette vérité. « Ne t’attends qu’à toi seul ; l’impossible, c’est la paresse », indique-t-il.
Sauf que les bases semblent faussées depuis l’enfance. « Malheureusement, on nous a inculqué depuis le bas âge, que nous ne sommes pas comme les autres. Et, au lieu de percevoir le verre à moitié plein, nous le percevons à moitié vide », déplore-t-il. « Nous ne devons pas attendre nécessairement qu’une entreprise nous emploie », insiste-t-il.
Alain Dimple s’est si bien forgé cette mentalité que bien qu’exerçant encore dans la fonction publique, il s’y est déjà tracé son plan pour l’avenir. « Si je n’étais pas agent de l’Etat, je travaillerais à mon propre compte. Si Dieu me prête longue vie, je vais créer mon entreprise personnelle au terme de ma carrière », projette-t-il.
Selon lui, il est hors de question d’imputer le défi de l’insertion professionnelle des personnes handicapées à l’Etat, la couche elle-même s’étant imposée consciemment ou inconsciemment certaines barrières. « Lorsque les personnes handicapées renseignent les fiches des concours de recrutement à la fonction publique, qu’elles sont inaptes, d’office, les gens vont les considérer ainsi et par conséquent, incapables de faire le job », soulève-t-il.
Mieux, il estime que l’Etat ne peut semer que là où il est sûr de pouvoir récolter. « Voulez-vous que le gouvernement investisse là où il n’aura pas de rentabilité ? », s’interroge-t-il.« Si l’Etat a 100 000 F à partager par exemple en direction des chômeurs, ce n’est pas aux personnes ‘’diminuées’’ qu’il va l’octroyer », relève encore Destin.
Partant de cette logique, il indique que la détermination et la conviction doivent être les maîtres mots des personnes handicapées. Là-dessus, il évoque l’auto entrepreneuriat comme porte de réussite. « Il nous revient de nous prendre en charge et l’Etat fera le reste ; aide-toi et le ciel t’aidera », conseille-t-il.

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Seuls maîtres de leur destin

« Si nous avons été dans les mêmes écoles que les autres et qu’à la fin de nos cursus, nous sommes confrontés au chômage pendant que les bras valides arrivent à s’insérer professionnellement, nous devons redoubler d’ardeur », insiste-t-il.
A l’endroit des personnes handicapées qui fondent toujours leurs espoirs en la providence, il lance cet appel : « Dieu existe pour chacun et pour tous. Nous devons exploiter au mieux nos potentialités. Nous sommes capables de tout parce que Dieu nous a dotées de capacité. « C’est parce que nous pensons que nous ne pouvons pas, que nous ne réussissons pas », tranche-t-il. Il pense qu’un réarmement mental s’impose aux handicapés, notamment les enfants depuis le bas âge. Ce travail de sensibilisation doit être du ressort des parents et en partie, celui d’associations de personnes handicapées.
Toutefois, Alain Dimple Destin a bien des griefs contre ces dernières. « Je trouve que les associations de personnes handicapées sont parfois trop portées vers l’intérêt ; il y en a dans ce milieu qui sont uniquement à la recherche du gain », déplore-t-il.
Il met l’accent sur le rôle qui doit être le leur : « Si les syndicats ne jouent pas convenablement leur partition, l’Etat ne peut cerner tous les problèmes de la cible », souligne-t-il. Celui qui se révèle modèle pour nombre de personnes handicapées insiste :« Lorsque vous êtes à l’hôpital et que vous n’exposez pas clairement les maux dont vous souffrez aux médecins, ils ne peuvent pas apporter la guérison nécessaire ».
Pour cet agent de la Direction générale du Trésor et de la Comptabilité publique, les handicapés sont seuls maîtres de leur destin. « Personne ne peut résoudre nos problèmes si ce n’est nous-mêmes ».
« Si vous avez dix enfants parmi lesquels un seul s’efforce à bien travailler à l’école plus que les autres, vous ne ménagerez aucun effort à l’accompagner afin qu’il réussisse davantage dans ses études», conclut-il pour insister sur la motivation qui doit guider les personnes handicapées face à leur destin.