Alexandre Houédjoklounon à propos des groupements féminins: « Une femme occupée est un emploi gagné… »

Par Maryse ASSOGBADJO,

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Alexandre Houédjoklounon

Actrices incontestables du développement, les femmes des groupements économiques ne sont visibles qu’à travers les produits qu’elles valorisent. Mais, elles sont parfois limitées dans leur élan par un certain nombre de facteurs qu’Alexandre Houédjoklounon, directeur général de l’Agence nationale des Petites et moyennes entreprises (Anpme), relève dans cette interview.

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La Nation : Les groupements d’intérêts économiques féminins sont souvent peu évoqués à l’occasion des journées dédiées aux femmes. Que peut-on retenir de leur contribution au développement ?

Alexandre Houédjoklounon: Les groupements ne sont pas des petites et moyennes entreprises (Pme), au regard de leur statut. Au sens de la loi, les Pme remplissent certaines conditions. Les groupements permettent aux femmes de se mettre ensemble pour mener des activités génératrices de revenus. Très souvent, ce sont de petits groupes de prières ou culturels qui décident de se mettre ensemble pour explorer de nouvelles aventures. Il est parfois très facile pour ces femmes d’atteindre tout un village lorsqu’elles développent des projets pertinents. Elles sont de véritables points focaux des structures étatiques dans certains milieux pour aborder les sujets relatifs à la santé de la reproduction, à l’éducation des filles…. On les retrouve souvent dans la transformation agroalimentaire où elles apportent de la valeur ajoutée aux produits. Il existe toute une chaîne autour de la transformation.

Quel regard portez-vous sur ces femmes ?

Nous nous intéressons davantage aux femmes, créatrices d’emplois et de richesse. Une femme occupée est un emploi gagné. Lorsqu’elle dispose des ressources, cela est très utile pour la famille. Elle n’investit pas ailleurs si ce n’est au profit de sa famille. C’est très important que leurs activités génératrices de revenus soient développées à travers ces groupements qui permettent de les occuper efficacement au sein des communautés. Leur contribution au développement est immense. Les groupements créent de la richesse, donnent de la matière première à notre industrie naissante, créent des emplois. Les apports des groupements sont susceptibles de multiplier le Pib par deux ou trois fois.

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Pourquoi l’organisation de ces femmes en groupes ne facilite pas pour autant leur accès aux financements ?

Les difficultés d’accès au financement sont d’ordre national. Même les entreprises les plus structurées ayant des comptes bancaires y sont confrontées. Les possibilités sont plus simples pour les groupements.
Toutefois, les systèmes financiers décentralisés exigent un minimum de conditions à remplir par les femmes. Ils sont rassurés lorsque les femmes produisent en quantité. Il importe aussi que ces femmes développent des outils de gestion, des cahiers de caisses pour rassurer davantage les institutions de financement. Le Fonds national de développement agricole (Fnda), le ministère de l’Agriculture, de l’Elevage et de la Pêche, et celui en charge de la Microfinance font beaucoup d’efforts en direction des groupements féminins pour que leurs activités puissent prospérer. Les taux d’intérêts des Sfd ne permettent pas aux femmes de lever des fonds suffisants à leurs besoins si elles ne disposent pas d’un minimum de garantie.

Les difficultés de ces groupements sont-elles uniquement d’ordre financier?

Le niveau d’équipement est insuffisant. Parfois, les tâches entrant dans la transformation agroalimentaire ne sont pas mécanisées. Ce qui leur demande beaucoup d’efforts. Une bonne mécanisation permettra de décupler la productivité agricole. A cela s’ajoutent les difficultés d’accès des femmes à la terre et leur fort taux d’analphabétisme. Il faut pouvoir mettre dans les langues nationales et dans un langage accessible, les notions d’économie les plus compliquées au profit des femmes et trouver les moyens de réduire les pesanteurs sociologiques en associant par exemple leurs maris aux activités économiques de leurs épouses, en vue de les rassurer.

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Quels défis les femmes des groupements doivent-elles relever d’elles-mêmes ?

Beaucoup d’outils nécessaires permettent aujourd’hui aux femmes de booster leurs activités. Il faut qu’elles soient accessibles aux nouvelles opportunités du numérique. Les groupements constituent un tremplin pour ces opportunités de même que les réseautages afin de leur permettre de s’inspirer des parcours inspirants et de réaliser des économies d’échelle. Le renforcement de capacité et l’exploration de nouveaux marchés doivent les préoccuper. Il y a un fort potentiel au niveau des femmes.
Leurs charges familiales, leur cycle de vie, les contraintes post-natales sont des aspects à prendre en compte afin que leurs activités génératrices de revenus ne connaissent pas un flop.

Que fait l’agence dont vous avez la charge pour accompagner les efforts des groupements économiques féminins au Bénin ?

L’agence s’occupe des Pme. Une Pme est une entité juridiquement installée. Nous accompagnons les femmes élites entrepreneures en les aidant à améliorer leurs produits. Nous leur avons ouvert une fenêtre à part afin de mieux les soutenir. L’accès au financement, la conduite de la fiscalité, le réseautage sont, entre autres, les modules que nous développons à leur intention. Il existe un fort potentiel de femmes dans les entreprises informelles que nous identifions et accompagnons jusqu’à leur formalisation.

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Le choix des élites entrepreneures n’est-il pas réducteur pour les catégories de femmes qui n’ont pas encore atteint une grande taille ?

L’Anpme propose des offres de services segmentés. Certaines entreprises ont déjà une certaine maturité. On ne va pas leur apporter les mêmes services qu’aux entreprises qui sont au démarrage. Ces femmes élites ont juste besoin de petits coups de pouce pour avancer. Ce sont des entreprises qu’on peut envoyer aux financements bancaires. Les femmes du secteur informel ne peuvent pas aller à ces financements. Ces femmes fournissent des matières premières aux élites. Ce brassage permet de créer des réseaux d’entrepreneurs féminins qui s’échangent des produits et services.

Comment les femmes peuvent-elles alors rapidement capter le marché?

L’accès au marché est classique. Il faut valoriser les produits à mettre sur le marché, s’assurer de leur qualité sanitaire optimale. La présentation du produit permet de mieux capter le marché. C’est important pour les femmes de vendre leurs produits au prix réel. Il est inutile de réduire le prix d’un produit pour s’aligner sur ce que font les autres alors qu’on a proposé un produit de meilleure qualité. Elles doivent pouvoir imposer leurs produits sur le marché quel que soit le prix et chercher des points de vente pouvant les rendre plus visibles.