Aliou Maïga, directeur Afrique de l’Ouest et du Centre d’IFC : « On sent au Bénin une ambition et une volonté d’aller très vite »

Par Claude Urbain PLAGBETO,

  Rubrique(s): Actualités |   Commentaires: Commentaires fermés sur Aliou Maïga, directeur Afrique de l’Ouest et du Centre d’IFC : « On sent au Bénin une ambition et une volonté d’aller très vite »


Le nouveau directeur pour l’Afrique de l’Ouest et du Centrale de la Société financière internationale (IFC), AliouMaïga, a séjourné du 17 au 20 février au Bénin dans le cadre d’une tournée entreprise dans les pays qu’il couvre. Dans cette interview, il décline les priorités de cette institution du groupe de la Banque mondiale au Bénin dédiée au secteur privé au sein des pays émergents, tout en saluant les progrès en matière d’amélioration du climat des affaires auxquels IFC contribue.

LIRE AUSSI:  Cep 2020 : La session des malades fixée au lundi prochain

La Nation : Comment se présente le portefeuille d’IFC au Bénin ?

Aliou Maïga : Avant de parler du portefeuille, j’aimerais souligner quelques points importants de la relation entre IFC et le gouvernement du Bénin. Tout d’abord, je voudrais reconnaître tous les efforts consentis par le gouvernement sur ces trois dernières années particulièrement. Ça se voit dès qu’on entre dans le pays depuis l’aéroport. On sent qu’il y a beaucoup de changements, beaucoup d’ambitions pour changer le visage et la dynamique de développement du pays. Ça se sent aussi dans les discussions que j’ai eues avec les différents membres du gouvernement et les acteurs du secteur privé. On sent vraiment une ambition et une volonté d’aller très vite dans l’amélioration du cadre et des conditions de vie des Béninois de façon générale.
Pour ce qui est du portefeuille d’IFC au Bénin, il y a l’aspect investissement à travers lequel on a essentiellement investi dans les banques pour appuyer le tissu économique. On travaille avec trois banques dans le pays. On a un portefeuille de l’ordre de 15 milliards F CFA. Ce n’est pas énorme. Au cours des rencontres que nous avons eues, nous avons discuté de comment accroître ce portefeuille sur les trois années à venir.
Nous mettons en œuvre également des services conseil qui sont essentiels pour aider à favoriser le dialogue entre secteurs public et privé et à renforcer les capacités tant au niveau des privés que du gouvernement, afin qu’ensemble on puisse éliminer les contraintes à l’investissement privé à plus grande échelle au Bénin. Nos programmes qui travaillent sur l’amélioration du climat des affaires créent les conditions pour attirer et maintenir plus d’investissements privés au Bénin.Le pays a été cité parmi les meilleurs réformateurs au monde deux années de suite notamment en 2014 et 2015. Nous implémentons en outre un programme pour l’approvisionnement en eau potable qui, après une phase pilote, est désormais dans une phase de croissance.

LIRE AUSSI:  Financement de la lutte contre la pandémie du Covid-19: Plus de 380 millions francs Cfa au profit du Mono

Quelle est votre appréciation de l’environnement des affaires aujourd’hui au Bénin ?

J’ai le sentiment qu’il y a un changement, sous l’impulsion du gouvernement. Prenons le secteur de l’énergie : il y a trois ans, les performances de ce secteur étaient en-deca de ce qu’elles sont aujourd’hui. D’après les statistiques, le nombre d’heures de coupure est passé de 75 heures à 17 heures. Certes, ce résultat peut être encore amélioré, mais il indique une nette progression. Cette dynamique positive se traduit dans de nombreux secteurs de l’économie.

Le Programme d’action du gouvernement est assez ambitieux avec une prévision de 9 000 milliards F CFA d’investissements. Quelle peut être la contribution d’IFCpour atteindre cet objectif?

IFC n’est pas un bailleur de fonds et ne fournit pas d’appui budgétaire aux Etats. Notre rôle, c’est d’attirer les investissements mais on ne peut pas garantir un montant d’investissement. Il nous faut identifier des projets bancables et commercialement viables qui pourront intéresser des investisseurs privés.

Vous avez parlé de l’eau tout à l’heure, quels sont les autres secteurs dans lesquels vous intervenez ?

Nous finançons l’économie à travers le secteur bancaire. L’un de nos projets touche notamment le secteur de l’énergieet pourrait permettre d’augmenter de façon significative la capacité de production du pays. Nous espérons le boucler dans un proche avenir. Nous travaillons également sur d’autre projets, mais nous ne pouvons en parler tant qu’ils ne sont pas bouclés..

LIRE AUSSI:  Monnaie: Les amarres rompues avec le Trésor français

Quel est l’impact de vos interventions ?

Il est tangible. Notre programme de développement des petites et moyennes entreprises, lancé il y a deux ans, aident les PME dans la chaîne de valeur du tourisme. Par ailleurs, nos services conseil ont contribué à mettre en œuvre une série de réformes prises en compte par le rapport Doing Business du Groupe de la Banque mondiale. Le Bénin a notamment figuré parmi les meilleurs réformateurs en Afrique dans ce rapport.

Qu’est-ce qui fonde l’intérêt d’IFC pour le Bénin ?

C’est vrai que historiquement IFC a été considérée comme un investisseur privé ; mais notre nouvelle stratégie est de travailler en amont, pas sur des projets mais sur des secteurs, ce qui implique de collaborer avec les gouvernementsainsi qu’avec notre consœur, la Banque mondiale pour évaluer quelles ressources publiques et privées sont nécessaires et dans quelle séquence déployer ces ressources pour développer un secteur. C’est notre nouvelle approche. Nous accordons beaucoup d’attention à des secteurs tels que l’agriculture, grâce à notre guichet dédié au secteur privé, un outil à travers lequel IFC a été dotée de 2 milliards de dollars pour supporter les interventions présentant plus de risques, dans les pays en voie de développement comme le Bénin. Nous disposons d’une gamme de produits financiers à même de créer des opportunités dans de nombreux secteurs.

Quelles sont les perspectives d’IFC ?

Il faut savoir que nos interventions s’alignent sur les priorités du gouvernement et se font de concert avec la Banque mondiale. Nous nous intéressons à plusieurs secteurs stratégiques au Bénin. L’agriculture et ses chaînes de valeur, par exemple, qui sont des priorités identifiées par le gouvernement. Il y a également les secteurs de l’hôtellerie et du tourisme qui peuvent être attractifs pour des investisseurs. De façon générale, IFC s’intéresse à tous les secteurs porteurs. Avec les nouveaux outils financiers dont nous disposons, nous œuvrons à réduire les risques liés à l’investissement.Nous entendons enfin poursuivre notre programme d’amélioration du climat des affaires, qui vise à un environnement attractif pour les investisseurs privés mais aussi pour rendre les entreprises locales plus efficaces et productives.

LIRE AUSSI:  Audience plénière à la Cour constitutionnelle: Plusieurs recours examinés ce jour

Comment appréciez-vous la situation économique globale des pays dont vous avez la charge?

Je couvre des pays à forte croissance comme la Côte d’ivoire, qui affiche une croissance en 8 et 9 pourcents. D’autres tels le Bénin et le Sénégal, sont dans la moyenne et ont de bonnes performances économiques. Par contre, certaines économies affichent une croissance lente, autour de 4 ou 5 pourcents. Le taux de croissance moyen de ces pays en encourageant – entre cinq et 6 pourcents. Mais n’oublions pas qu’en Asie, ce taux est de 10 pourcents. Il nous faut donc poursuivre nos efforts pour dynamiser et soutenir la croissance de ces économies.

En dehors du tourisme, de l’énergie que vous avez cités tantôt, quels sont les autres leviers sur lesquels il faut actionner pour booster la croissance ?

Je pense que l’agriculture est fondamentale, quand on sait que nos économies sont essentiellement rurales. Mais il y a aussi le transport et les infrastructures rurales. Ces secteurs méritent d’être appuyés pour continuer à améliorer les performances économiques.