Animation de la vie politique : Peu d’engouement malgré le financement public des partis

Par Joel TOKPONOU,

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Caricature sur l'animation de la vie politique au Bénin

Si ce n’est en période électorale, il est rare de voir les partis politiques animer véritablement la vie politique comme l’imposent les dispositions légales en vigueur. Même la mise en œuvre du financement public des partis politiques n’y change pas grand-chose.

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Silence radio des leaders des partis politiques sur l’actualité nationale. Et pourtant, ce ne sont pas les sujets qui manquent. Viols récurrents sur mineures, déguerpissements des populations des abords des trottoirs, délogement des habitants de Xwlacodji, opérations du Bénin sur le marché financier international… la liste des sujets qui attendent les avis des formations politiques est longue. Surtout pour un gouvernement engagé dans des réformes profondes sur plusieurs plans, il était logique d’attendre que les partis politiques, aussi bien de la mouvance que de l’opposition, montent au créneau pour faire savoir leurs positions et qu’ils aillent aussi vers les populations.
Même sur l’épineuse question de la vaccination contre la Covid-19, ils sont à peine trois partis politiques à organiser quelques actions pour sensibiliser leurs militants. La plupart se limitent à des visuels graphiques diffusés sur les réseaux sociaux. Une option qui ne permet pas à la grande masse de bien comprendre les décisions du gouvernement. Ce qui pourrait laisser croire que les partis optent pour la facilité plutôt que d’organiser de véritables campagnes de mobilisation et de sensibilisation.
Même sur leurs projets de société, c’est le calme plat. Difficile, voire impossible de connaître au moins les grandes lignes des projets comme le recommande la Charte des partis politiques.

Des actions sporadiques

C’est seulement en période électorale, soit quelques mois avant les scrutins, que des mobilisations se font constater au niveau des différentes localités à travers les meetings, l’assistance à diverses couches sociales, l’organisation de diverses compétitions, etc.
Toutefois, quelques actions sporadiques s’observent à certains niveaux. C’est le cas des formations politiques comme le Parti du renouveau démocratique et le Bloc républicain qui organisent des universités de vacances. Le Mouvement des élites engagées pour l’émancipation du Bénin, pour sa part, mène des actions ciblées comme l’hommage à l’artiste Gbèmanwonmèdé en région Agonlin le 28 août dernier. De son côté, l’Union progressiste avait démarré récemment une compétition de football mais qui a été écourtée en respect des dispositions de l’arrêté interministériel en date du 25 août 2021 portant suspension des activités à caractère culturel, sportif et festif.

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Quid de la Charte ?

Selon l’article 2 de la loi 2019 – 41 modifiant et complétant la loi n° 2018-23 du 17 septembre 2018 portant Charte des partis politiques en République du Bénin, « les partis politiques sont des groupes de citoyens partageant des idées, des opinions et des intérêts communs et qui s’associent dans une organisation ayant pour objectif de conquérir et d’exercer le pouvoir et de mettre en œuvre un projet politique… ». Projet politique souvent inconnu des militants et électeurs.
Cette même loi en son article 7 garantit la liberté d’expression aux partis politiques. « Les partis politiques peuvent exprimer leurs opinions sur toute question d’intérêt local, national ou international », stipule la loi qui offre le maximum de protection aux leaders dans l’animation de la vie politique, y compris l’accès aux médias de service public.

L’opposition aussi

Dans une certaine mesure, le silence des partis soutenant les actions du gouvernement peut se comprendre. Dans le fond et dans la forme, ils ne pourront que soutenir, sauf circonstances particulières, les décisions de l’Exécutif. Encore qu’il faille bien que ces décisions jugées bonnes soient portées à la connaissance des populations qui en sont bénéficiaires. Un rôle que les partis politiques proches de la Rupture devraient jouer.
Mais l’Opposition, elle, répond aux abonnés absents sur tous les sujets. En dehors de la stratégie de mise en place d’un cadre de concertation, le chef de file de l’Opposition, encore moins les responsables des autres partis de ce camp, n’interviennent pas pour mettre fin à la sécheresse dans l’animation de la vie politique. Une situation bien surprenante car Paul Hounkpè et autres ont normalement pour objectif de «conquérir et de gérer le pouvoir ». Une chose est certaine, ce n’est pas dans le silence constaté actuellement qu’ils y parviendront.

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Malgré le financement !

Le gouvernement de la Rupture a pleinement assumé sa partition pour que la vie politique soit animée par les acteurs concernés. Le cadre légal ainsi que les avantages devant leur permettre de répondre à cette exigence de la loi leur sont offerts. En dehors de la protection, des ressources financières publiques sont mises à la disposition du Bloc républicain, de l’Union progressiste et des Forces cauris pour un Bénin émergent conformément à la Constitution, à la Charte des partis politiques et à la loi 2019 – 44 du 15 novembre 2019 portant financement public des partis politiques en République du Bénin.
Selon l’article 5 de la Constitution, « L’Etat concourt au financement des partis politiques aux conditions fixées par la loi. Le montant alloué à cette fin ne peut diminuer d’un exercice budgétaire à un autre. Toutefois, en cas de diminution des ressources propres du budget général de I’Etat, I ’allocation pourra être réduite dans les mêmes proportions ».
L’article 5 de la loi sur le financement précise clairement les fins auxquelles les ressources sont destinées : « Le financement public des partis politiques concourt, entre autres : au fonctionnement des partis, à la promotion de leur programme politique, à leur participation aux consultations électorales, à la formation de leurs militants, à l’éducation civique et politique de leurs membres et des citoyens en
général ».
Mieux, à travers le décret 2020-362 du 22 juillet 2020 portant financement des partis politiques, une somme de 1,5 milliard F Cfa a été débloquée en faveur de l’Up, du Br et des Fcbe pour les deux derniers trimestres de l’année 2020. Chacun de ses partis a d’ailleurs encaissé depuis le 22 janvier 2020 la totalité de ce qui lui revient. Sauf que l’animation sur le terrain tarde à se faire sentir malgré ce financement.

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L’argument « Covid »

Le prétexte tout trouvé pour justifier le désert concernant l’animation de la vie politique, c’est la Covid-19. Avec les restrictions imposées par le gouvernement pour contenir la pandémie, il est impossible pour les acteurs politiques d’organiser de grands rassemblements. « … Les mesures ci-après sont réactivées et/ou instituées pour renforcer la lutte contre la Covid-19 : … interdiction de rassemblements festifs dans les endroits publics, y compris les plages ; interdiction de rassemblements festifs dans les endroits publics, y compris les plages ; interdiction des rassemblements de plus de 50 personnes ».
Certes, les rassemblements politiques ne sont pas cités puisqu’ils n’existaient presque pas, mais ils sont certainement concernés par les mesures.
Cependant, plusieurs autres moyens s’offrent aux partis politiques. Entre autres, la limitation des effectifs, l’organisation des rassemblements au niveau local, etc. Mais il va falloir attendre longtemps pour voir une telle détermination.