Année scolaire 2016-2017: Les résultats seront-ils différents de ceux que nous venons de connaître ?

Par Collaboration extérieure,

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Pour mémoire. Les effets néfastes de la crise économique qui a commencé depuis 1981, a frappé de plein fouet tous les secteurs d’activité de l’Etat béninois, si bien que, du 19 au 28 février 1990, la Conférence des forces vives de la nation tenue sous la présidence de Monseigneur Isidore de Souza de vénéré mémoire a mis un accent particulier sur les réformes qui s’imposent dans les secteurs.

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Les états généraux de l’éducation (EGE) tenus du 02 au 09 octobre 1990 ont permis aux acteurs de l’éducation de s’engager dans la mise en œuvre de nouveaux programmes d’études, à l’issue de l’audit approfondi du ministère de l’Education nationale de juin 1992 à mars 1993. A cet effet, les programmes par objectifs ont fait place à des programmes dits intermédiaires qui, à leur tour, ont été remplacés par l’Approche par compétences (APC), à partir de l’an 2001, dans les classes expérimentales au cours secondaire. Ce programme a été généralisé dans les lycées et collèges du Bénin à partir de 2005.

Malgré les contestations dont elle fait l’objet, l’Approche par les compétences a été maintenue après le Forum national sur l’Education tenu à Cotonou du 12 au 26 février 2007 et fait son petit bonhomme de chemin jusqu’à nos jours. Mais le système éducatif béninois peine toujours à sortir de l’auberge. Malgré les efforts consentis, de rudes dysfonctionnements continuent de jouer négativement sur sa qualité. Un constat qui interpelle surtout les acteurs de terrain, (les inspecteurs de l’enseignement, les pédagogues et didacticiens). Il nous faut enfin cesser de réclamer le rejet en bloc de l’APC, car les spécialistes ont prouvé que c’est la meilleure approche qui booste le développement et l’essor économique. Mais si au Bénin nous avons connu une baisse drastique des résultats scolaires, il faut en chercher les raisons moins dans les fondements théoriques et pratiques de l’Approche par les compétences que dans une mauvaise mise en œuvre de ses principes. Les acteurs du système éducatif béninois doivent enfin mettre la pression sur les hommes politiques pour réunir les moyens nécessaires afin de former efficacement les enseignants. Surtout que le pouvoir Talon a lâché visiblement les brides aux inspecteurs, notamment en ce qui concerne l’enseignement secondaire, nous pensons que c’est le moment plus que jamais pour remettre le Système éducatif béninois sur les rails. La technicité doit enfin reprendre ses lettres de noblesses et faire résolument machine arrière aux velléités politiques et parfois syndicalistes. Place à la technique et à l’application réelle des dix principes de l’APC. Il s’agit des principes de la globalité, de la construction, de l’alternance, de l’application, de la distinction, de la signifiance, de la cohérence, de l’intégration, de l’itération et du transfert. Lasnier (2000, p. 158-184). Halte à la navigation à vue.

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Une entreprise humaine

L’acte pédagogique est complexe parce qu’il concilie la psychologie et l’intérêt de l’apprenant tout comme le savoir à dispenser, la compétence de l’enseignant ainsi que les finalités éducatives de la société dans laquelle a lieu l’enseignement/apprentissage.
L’enseignement est une entreprise humaine et sociale qui requiert de nombreuses interactions entre professeurs, apprenants et savoir d’une part, un renouvellement constant de pratiques d’autre part. En conséquence, nous considérons que la recherche pédagogique devrait être une quête de tous les instants.
Loin d’être des éternels manœuvres d’application de pratiques et d’outils conçus par d’autres à leur place, les enseignants auraient un comportement de construction vivante et autonome de leur classe. Une telle approche nous semble raisonnable car apprendre c’est construire son savoir et le seul outil qui puisse aider à cette construction, c’est le cerveau de celui qui apprend. Comme cette construction n’est ni spontanée ni facile, elle requiert l’intervention de l’enseignant dont la tâche n’est point uniquement de transmettre le savoir, mais de réunir les conditions nécessaires à sa construction par l’apprenant lui-même. Ces enseignants auraient comme options fondamentales :
une exigence de formation théorique qui leur permette de maîtriser parfaitement ce qu’ils ont à enseigner ;
une volonté de travailler en équipe, pour échanger et confronter observations, résultats et expériences ;
une conception de l’apprentissage qui prenne réellement en compte les apprenants, ce qu’ils sont et ce qu’ils savent, en relation avec les connaissances actuelles sur le fonctionnement de l’apprentissage et de la construction des connaissances ;
une volonté de lutter contre l’échec scolaire, à la lumière d’une analyse rigoureuse et scientifique des causes de celui-ci;
une volonté de concevoir leur matériel didactique et autres supports d’enseignement/apprentissage ;
une idée assez haute de leur métier et la conviction qu’il est difficile d’espérer développer l’autonomie des apprenants si les enseignants ne sont pas autonomes eux-mêmes.
L’Etat doit donc mettre prioritairement des ressources à la disposition des enseignants. En matière de ressources, Jonnaert (1999) évoque les réseaux opératoires de ressources. Un réseau de ressources est propre à une situation donnée et c’est le contexte de la compétence qui va convoquer un faisceau de ressources nécessaires à la résolution de la situation-problème (Autant de contraintes, d’obstacles à surmonter, autant de ressources à mobiliser). Ces ressources ont un caractère complémentaire et se soumettent à une optimalisation réciproque, c’est-à-dire qu’elles sont compatibles entre elles au sein d’une dynamique méliorative. Il est important de distinguer les ressources des connaissances, car les premières sont régies par trois principes qui les rendent valides: Une ressource est une ressource si et seulement si la personne qui dispose de cette ressource est en mesure de l’utiliser et si cette ressource s’avère un moyen effectif pour améliorer la situation. (Masciotra, 2007, p. 35) Les ressources peuvent être soit internes avec les acquis scolaires, les expériences, les habiletés et les centres d’intérêt des apprenants, soit externes avec les pairs, les professeurs, le matériel didactique, les documents, etc. (Scallon, 2004).

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Les ressources

Les ressources internes sont multiples et variées. Elles comprennent les ressources cognitives, conatives et corporelles (Masciotra, 2007). Les ressources cognitives renvoient à l’ensemble des connaissances qu’une personne a construites en faisant l’expérience d’une diversité de types de situations. Par exemple, les connaissances linguistiques d’une personne en français constituent une ressource pour lire un journal ou converser avec un collègue. Encore une fois, cette connaissance n’est une ressource que dans la mesure où elle sert à améliorer une situation, à résoudre une tâche.
Quant aux ressources conatives, elles relèvent du savoir-être, c’est-à-dire de l’intérêt de l’apprenant ou de sa motivation à s’engager dans une situation, son image de lui-même, son attitude, ses valeurs, etc. (Reuchlin, 1990). Masciotra (2007) souligne que le développement de ces ressources est crucial, mais peut parfois être délicat dans la mesure où certaines ressources sont profondément personnelles et liées à des croyances (religieuses, nationales, etc.) et des valeurs (ethnoculturelles, familiales, etc.) qui ne sont pas toujours universelles. Enfin, les ressources corporelles impliquent la coordination de diverses parties corporelles indispensables aux différentes étapes de la résolution d’une situation-problème, comme l’acte d’écriture, la manipulation d’un ordinateur, d’outils, etc.
Ce sont essentiellement les ressources humaines et les ressources matérielles, c’est-à-dire toutes les personnes susceptibles d’aider ou d’accompagner une personne ou tous les moyens matériels disponibles qu’une personne est en mesure d’utiliser pour améliorer sa situation (Masciotra, 2007). Ainsi le professeur, les camarades de classe, les parents, un ordinateur, un dictionnaire, un didacticiel, l’internet, etc. sont autant de ressources externes exploitables par l’apprenant.
Ensemble nous pouvons relever le défi. Au travail ; la fatalité n’est pas encore vaincue?

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Par Jules-Marie GANDAGBE ZOHOUMBO

Docteur en Psychopédagogie