Annonce du dragage sectoriel du Lac Ahémé:  De beaux jours pour la pêche

Par Fulbert Adjimehossou,

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Le lac Ahémé

Le gouvernement a décidé au cours du Conseil des ministres du 15 septembre 2021 de faire draguer une partie du lac Ahémé. Les spécialistes de l’environnement y voient un pas vers la restauration de l’écosystème, mais tiennent au suivi.

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Le lac Ahémé va retrouver du souffle. Au cours du Conseil des ministres de ce mercredi 15 septembre, le gouvernement a décidé de le restaurer. L’acte imminent attendu est le dragage d’environ 208 hectares de superficie sur le plan d’eau dans la zone de jonction entre l’océan et le lac. Jusqu’à six mètres de profondeur sont attendus à ce carrefour critique de migration des espèces halieutiques. Certains acteurs nourrissent à travers cette mesure envisagée l’espoir de voir l’écosystème reprendre vie. «Avec le dragage, il y a plus de possibilités d’améliorer la productivité halieutique. Avec le temps, le plan d’eau pourra commencer à donner une nouvelle forme de vie et permettre à la population de tirer de meilleurs profits », pense Maixent Ogou, directeur de l’Ong Action Plus, intervenant dans la zone.
A travers cette mesure, il est prévu le dragage et la réhabilitation du carrefour critique de Djondji-Houncloun dans la zone du Lac Ahémé et ses chenaux. Sont également concernées les localités de Mèko au niveau de la lagune côtière de Ouidah, Docloboé de la lagune de Grand-Popo et Hata dans le chenal Aho. En effet, le lac Ahémé donnait des signaux d’alerte avec une baisse de la productivité de pêche. Selon certaines estimations, par endroits, la profondeur moyenne est de 0,5 m en période d’étiage et 1,5 m en période de hautes eaux. Au-delà, des espèces de poissons ont disparu du fait de la dégradation du plan d’eau et des pratiques prohibées. Ainsi, il y a deux ans, c’est-à-dire en août 2019, le gouvernement a mis en œuvre des opérations d’assainissement avec l’enlèvement des engins prohibés. Mais ce n’était pas suffisant pour restaurer le plan d’eau.

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Les enjeux

Le dragage aura donc lieu. Pour Dr Edmond Sossoukpè, biologiste et aménagiste des milieux aquatiques, cette opération est nécessaire. « Lorsque le plan d’eau est encombré alors qu’il faut un certain volume d’eau pour des espèces de poissons pour nicher et se reproduire, ces fonctions biologiques sont compromises. Ce qui engendre la réduction de produits de pêche. Le dragage est une façon de permettre que le volume d’eau dans l’encaissant puisse être considérable », explique-t-il. La zone de l’écosystème à draguer n’est pas anodine. Le choix a été fait en fonction de son rôle dans la migration des espèces de poissons de la mer vers le lac.
Dr Zacharie Sohou, directeur de l’Institut de recherches halieutiques et océanologiques du Bénin (Irohb), dévoile les enjeux. « Certes, les travaux vont bouleverser l’écosystème pour un temps. Mais après cela, on va assister à une stabilisation et une recolonisation du milieu pour les espèces. Il faut dire qu’avant, avec le comblement du lac, les espèces sont exposées à la chaleur qui frappe le fond. Maintenant, il y a des espèces qui vont s’adapter. On peut espérer le retour d’autres espèces », analyse le chercheur.
En amont, des études ont été menées pour identifier les impacts possibles et les mesures de correction. « L’étude a permis à ce qu’une zone pilote soit identifiée pour le dragage. C’est le carrefour Djondji. Tout ce qui sort de la mer prend par là pour rejoindre le Lac Ahémé et aller à Ouidah. Si on fait le dragage dans cette zone, ça permet de voir comment va se comporter l’écosystème. C’est à partir de cet exemple de cas qu’on peut commencer par faire les autres dragages sectoriels », fait remarquer Dr Ernest Amoussou, spécialiste des écosystèmes côtiers et enseignant-chercheur à l’Université de Parakou.
Après le dragage, le sable va servir à recharger 13 km de la route des pêches, de la Porte du non-retour à la localité de Djondji. Seront également construits deux passerelles et cinq embarcadères/débarcadères. Selon Dr Ernest Amoussou qui s’intéresse au Lac Ahémé depuis près de 25 ans, le suivi des interventions reste important pour les bénéfices escomptés. « C’est vrai que des dispositions ont été prises. Mais l’environnement n’est jamais stable. Ça évolue. Pour cette raison, il faut que le suivi soit bien fait pour que les mesures prévues par le Plan de gestion environnementale et sociale (Pges) soient respectées. Il faut aussi un suivi sur le plan écologique », insiste Dr Ernest Amoussou. Après la décision du Conseil des ministres, les formalités devront être accélérées pour la remise de site et le démarrage des travaux.

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