Anselme Amoussou, coordonnateur de la plateforme multi-acteurs de la migration au Bénin: « La vulnérabilité des migrants mérite un accompagnement »

Par Maryse ASSOGBADJO,

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Les hommes se meuvent en dépit des vents contraires et des conflits. La crise sanitaire actuelle n’émousse guère les ardeurs des migrants qui risquent leur vie à la recherche du meilleur sous d’autres cieux. La journée du 18 décembre qui leur est dédiée rappelle à la conscience des acteurs leur rôle en faveur de l’amélioration du statut des migrants. Anselme Amoussou, coordonnateur de la plateforme multi-acteurs de la migration au Bénin, évoque ici les enjeux du phénomène.

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La Nation : La communauté internationale a célébré, le 18 décembre dernier, la Journée internationale des migrants. Quel sens revêt cette journée ?

Anselme Amoussou : Cette journée vise à faire la lumière sur la situation des travailleurs migrants dans le monde. Etre migrant ne relève pas toujours d’un choix. Des situations peuvent conduire certaines personnes à quitter leur environnement habituel à la recherche d’un mieux-être ailleurs. Dans un pays étranger, ils sont exposés à des situations qui peuvent les ébranler et leur faire regretter leur statut de migrant. La xénophobie est très forte par endroits. Les difficultés sociales peuvent amener les peuples à adopter des positions très difficiles vis-à-vis des travailleurs étrangers. Cette journée est une occasion pour les pays de réfléchir sur la situation des migrants et d’apprécier la partition des organisations sociales dans la défense des droits des travailleurs migrants. La plupart du temps, leurs droits ne sont pas respectés. Heureusement, le Bénin a la culture de l’accueil et de la tolérance qui contribue à réduire les difficultés des migrants dans notre pays. La célébration de cette édition est importante en raison de la pandémie de Covid-19 pour penser à la diaspora et aux migrants résidant au Bénin afin de leur montrer la voie de l’intégration apaisée dans l’action collective.

Un proverbe renseigne qu’‘‘on n’est mieux que chez soi’’. Qu’est-ce qui fait courir les migrants ?

Lorsqu’on est chez soi, on est entouré de sa famille, de ses amis et de ses connaissances. On exprime ses droits et on les réclame librement. On est ancré dans son milieu familial et social. Il faut tenir compte des mutations profondes que connait le monde. Des gens sont obligés de parcourir monts et vallées à la recherche du travail, d’un emploi. Le terrorisme, la violence et les conflits dans le monde aujourd’hui sont autant de facteurs qui favorisent la migration. Nous avons le devoir d’améliorer notre environnement pour un mieux-être chez soi.

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Quels sont les risques auxquels les migrants s’exposent en cette période de crise sanitaire mondiale ?

La pandémie n’est pas vécue de la même manière par les travailleurs nationaux et les travailleurs migrants. Au Bénin, le gouvernement a annoncé plusieurs mesures économiques et sociales en faveur des couches les plus défavorisées. Curieusement, aucun clin d’œil n’est fait en direction des travailleurs migrants. Ils sont non seulement abandonnés dans cette situation de crise dans leurs pays d’accueil mais également oubliés dans leurs pays d’origine où la plupart des mesures ne tiennent pas compte des diasporas. En Afrique, les travailleurs migrants opèrent dans l’informel. Ce qui suppose qu’ils exercent dans la précarité, subissent le non-respect de leurs droits et subissent des difficultés sociales. Les migrants se retrouvent dans des situations difficiles, sans interlocuteurs pour défendre leur cas. L’enquête commanditée par la plateforme multi-acteurs de la migration au Bénin a révélé la déscolarisation des élèves dans certaines familles. Des familles sont obligées de séjourner pendant longtemps dans d’autres pays à cause de la fermeture des frontières. Les travailleurs migrants vivent des situations de détresse. Leur vulnérabilité mérite une attention et l’accompagnement de toutes les personnes de bonne volonté.

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Selon l’Organisation de coopération et de développement économique (Ocde), la Covid-19 met en péril les migrations et les progrès accomplis ces dernières années en matière d’intégration. Il en est de même des perspectives de l’institution qui indiquent les conséquences sans précédent sur les flux migratoires. Doit-on comprendre que la migration est un levier de développement ?

La migration a toujours été un levier de développement. Plusieurs pays l’ont compris depuis des années. C’est pour cette raison qu’en Afrique de l’Ouest, des accords d’intégration sont signés et les pays essayent de les mettre en application. Imaginez toutes les pertes économiques engendrées par la fermeture de la frontière bénino-nigériane ! La migration n’est pas seulement humaine, elle est aussi la migration de la compétence, de la performance et celle des technologies. Un certain nombre d’acquis sont en train d’être remis en cause avec la Covid-19. En situation de crise, les pays ont tendance à se refermer pour mieux réagir. Dans ces conditions, ce sont les frontières qui se referment, c’est l’hospitalité qui prend un coup et les relations humaines qui se dégradent. L’analyse de l’Ocde impose des efforts supplémentaires aux organisations sociales qui essayent de défendre les droits des migrants.

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Comment comprendre alors que les migrants continuent de subir la chasse aux sorcières sur certains territoires ?

Nous devons agir en tant que lobbyiste et plaideur auprès des gouvernants afin de les amener à mieux comprendre les difficultés des migrants. Tout humain doit mieux se sentir chez lui ou ailleurs, tant qu’il respecte la législation nationale.

Que fait la plateforme multi-acteurs de la migration au Bénin pour aider les pouvoirs publics à mieux encadrer ce phénomène ?

La plateforme se positionne comme un intermédiaire entre les dirigeants et les migrants. Elle s’est dotée d’un plan d’action sur trois ans grâce auquel elle organise le plaidoyer pour obtenir des pouvoirs publics la ratification d’un certain nombre d’instruments juridiques internationaux spécifiques à une meilleure protection des droits des migrants. Nous faisons ce lobbying en direction des membres du gouvernement afin de créer une proximité avec les services techniques chargés de l’application des normes et de la protection des droits. La plateforme veille à la sensibilisation des migrants à leurs droits et devoirs. Elle a créé un centre d’écoute et d’assistance aux migrants situé à la Bourse du travail et vient d’éditer un guide d’orientation et d’installation des migrants au Bénin.