Après l’incendie du marché Dantokpa: Plaidoyer pour la modernisation d’un marché en souffrance

Par Sabin LOUMEDJINON,

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Après l’incendie du marché Dantokpa: Plaidoyer pour la modernisation d’un marché en souffrance

Une partie du marché Dantokpa est partie en flamme le week-end dernier laissant dans les rangs des usagers amertume et désolation. Un incendie de plus qui pose le problème de la modernisation de ce marché considéré comme l’un des fleurons de l’économie béninoise.

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Une montagne de gravats dans un environnement noirci de fumée. C’est dans ce décor fait du ronronnement de gros engins que certains agents du génie militaire s’évertuent trois jours après le drame de Dantokpa. Pour ériger sur les lieux de nouveaux bâtiments en matériaux définitifs. En tout cas, c’est la promesse faite par le chef de l’Etat, samedi dernier sur les lieux du sinistre. Une instruction de l’autorité qui a été confirmée par un communiqué du Conseil des ministres en date du même samedi 31 octobre dernier.

Quel sort au marché Dantopka?

Au-delà du drame, et de la volonté du chef de l’Etat de faire bâtir sur les ruines un « new Dantokpa», c’est-à-dire un nouveau marché, il y a lieu de s’interroger sur le sort fait à ce marché.
Fierté de tout Béninois du fait de sa célébrité qui dépasse les frontières nationales, le marché Dantokpa est fréquenté aussi bien par les voisins ouest-africains que les commerçants de l’Afrique centrale et autres touristes. Mais euphoriques, les responsables politico-administratifs semblent ne pas prendre la mesure des choses. Conséquence: dans son évolution, le marché a progressivement pris une envergure qu’elles ont du mal à maîtriser.
Outre les investissements des différents précédents gouvernements, le régime Boni Yayi y a déjà mis une petite fortune d’une dizaine de milliards de francs CFA pour sa rénovation. Et pourtant !
Aujourd’hui, Dantokpa reste et demeure ce qu’il était. En tout cas, il ne présente pas une gaie physionomie. Au contraire, il grossit engloutissant quotidiennement tout autour de lui. Un marché qui a la particularité de n’avoir pas une limite. Où commence ce marché et où se termine-t-il ? C’est une interrogation embarrassante à laquelle même les responsables en charge de la gestion de ce marché sont incapables de répondre si ce n’est pas de vous embrouiller dans les histoires de cadastres, de l’Institut géographique national (IGE) et évoquer la part de la municipalité.

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Dantokpa et ses spécificités

Un marché de cette envergure ne peut être et demeurer sans délimitation frontalière. Aujourd’hui Dantokpa a fini par avaler tous les quartiers et autres habitations environnants. Il y a même des familles qui vivent quotidiennement dans ce marché.
Autre spécificité, c’est que Dantokpa peut se vanter aujourd’hui d’être le seul au monde à abriter un collège dont il a le même nom. C’est surréel. Mais c’est cela le marché Dantokpa. C’est ce qui le caractérise.
Ce n’est pas rare aussi de rencontrer des agents de la Société de gestion des marchés autonomes (Sogema) de délivrer des tickets de place à des vendeuses pourtant installées sur des tas d’ordures au niveau de la berge lagunaire. Mieux, la police qui y patrouille et le groupement d’intervention subaquatique des sapeurs-pompiers installés dans l’enceinte du marché sont obligés de livrer une bataille permanente avec les usagers aux fins de se frayer un passage dans leurs tâches de sécurisation des lieux. « Des actes d’incivisme qui rendent la tâche difficile » a confié, il y a quelques mois, le commandant de ce groupement, Anatole Hounton.
Ces rappels pour montrer à quel point ce marché a besoin d’une réforme profonde. Il faut délimiter Dantokpa, le clôturer et le sécuriser en y installant de nombreux forages pour l’approvisionnement en eau, avec des voies d’accès plus larges. Car, malgré la présence d’un groupement d’intervention subaquatique des sapeurs-pompiers, l’incendie du week-end dernier n’a pu être maitrisé que grâce aux concours des forces venues d’ailleurs. Et ce n’est pas faute d’équipements, c’est plutôt une affaire de responsabilité et de plan cohérent de gestion rigoureuse de ce marché. Car, il y a à peine un an en septembre 2014, l’ex-DG de la Sogéma Lazare Akomagni avait offert des équipements composés d’une quarantaine d’extincteurs et des robinets d’incendie armés (RIA) à installer dans le bâtiment principal du marché. Il disait « anticiper sur les incendies et éviter ce qui arrive aux autres marchés dans la sous-région ». Hélas ! Le drame redouté est survenu. Et l’ampleur de ces dégâts doit interpeller chacun et amener à la principale interrogation : Dantokpa pour quel genre de modernisation?

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Vous avez dit modernisation?

Vouloir à tout prix engranger un nombre important d’usagers sans se soucier outre mesure de leur situation, n’avoir pour souci que les taxes à collecter quotidiennement alors qu’une grande partie du marché est en matériaux précaires, ne constituent pas aujourd’hui des prémices à une modernisation.
Ailleurs où les choses sont organisées autrement, les marchés qu’ils soient grands ou petits ont un portail fermé à une heure connue de tous. Il est bien gardé comme les prunelles des yeux. L’on va même jusqu’à réserver une journée dans la semaine, de préférence le dimanche pour son entretien. Pas un saupoudrage, mais un nettoyage digne du nom. Ce n’est qu’à ces conditions et à ces conditions seulement qu’on parle de marché moderne.