Assassinat (Cour d’assises d’Abomey, 20e dossier): Gilbert Komahoué acquitté après six ans de prison

Par Valentin SOVIDE, AR/Zou-Collines,

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Le dossier examiné par la cour d’assises de la cour d’appel d’Abomey, mardi 12 juin dernier, est relatif à une affaire d’assassinat et d’association de malfaiteurs. Trois accusés devraient être jugés, mais un seul était dans le box. Il s’agit de Gilbert Komahoué. Des deux autres, Gilbert Sossa est décédé en prison tandis que Bernard Akouté est introuvable. Des arrêts de disjonction ont été prononcés à leur égard par la cour qui n’a jugé que Gilbert Komahoué et qu’elle a acquitté au bénéfice du doute.

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Gilbert Komahoué est acquitté au bénéfice du doute. A l’annonce du verdict par la cour, il lève les bras vers le ciel. Les yeux hagards, il se tourne vers l’assistance à la recherche d’une certaine confirmation. Il se croirait dans un rêve et voudrait que quelqu’un lui explique ou confirme ce qu’il vient d’entendre. Il est dans sa sixième année à la prison civile d’Abomey. Pour lui, il n’y a pas un enfer plus invivable que ce qu’il a vécu dans cette prison. A preuve, confie-t-il à son avocat, son dernier bain date de cinq jours. Tout le temps passé à la barre, il n’arrête pas de se gratter le corps couvert de gale. A 56 ans, il paraît plus vieux que son âge. Tellement rongé par la faim, la soif, la gale et bien d’autres maladies, c’est un homme avachi et à qui il ne reste que très peu de chair sur les os qui doit réapprendre à respirer l’air de la liberté.

Le procès

Lors des enquêtes préliminaires comme à la barre, Gilbert Komahoué, seul présent, donne sa version des faits. A l’en croire, la victime Mahouna a été descendu de la moto qui devait les conduire à Kokoro. Gilbert Sossa qui est le propriétaire de la moto qui les transportait en avait décidé ainsi. Tout compte fait, seuls les quatre se sont rendus à Kokoro pour la consultation. Et là-bas, le devin l’a encore désigné, lui Gilbert Komahoué, comme l’auteur du vol. Puis, « dès que l’information est confirmée, Edouard Ayidoté m’apris sur sa moto pour me déposer au commissariat », répète-t-il sans cesse à la barre. Il poursuit en déclarant avoir été mis au violon pour le vol d’un cabri et déjà vers 11 h à leur retour. Et qu’il y était encore quand ses trois compères ont été emmenés aussi pour y être enfermés. Puis, il leur demandait si c’est aussi pour le cabri volé qu’ils l’ont rejoint ? Leur réponse était que Mahouna a disparu et les parents exigent de voir leur enfant. « Ce n’est qu’après que le corps de Mahouna a été découvert dans le cours d’eau. Mais je ne sais rien de sa mort », soutient-il.
Face aux questions de la cour pour mieux comprendre les circonstances de ce drame, l’accusé Gilbert K. clame son innocence et croit être plutôt en prison toujours pour le vol de cabri.
Le ministère public représenté par Francis A Sèmassou, prenant ses réquisitions, invoque le caractère sacré de la vie qui est aussi protégée à tout point de vue. « Et malheureusement, l’accusé qui est à la barre y est pour ce fait : un assassinat », déplore-t-il. L’analyse juridique de cette infraction révèle bien, selon lui, l’assassinat commis sur Mahouna par l’accusé Gilbert et ses acolytes. Puis, poursuivant son analyse, l’avocat général démontre que les éléments matériel, intentionnel et légal sont bien réunis dans ce dossier d’assassinat. La matérialité de l’infraction indique assez bien l’assassinat prévu et puni par des dispositions du Code pénal en ses articles 295, 302 et 304. Pour punir ce crime, l’avocat général requiert 10 ans de travaux forcés contre l’accusé Gilbert K.

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Les faits

En effet, il y a bientôt six ans, un drame l’a projeté sur les rives de l’enfer qu’il n’avait jamais imaginé. Tout est parti pour lui d’un vol de cabri dans la localité de Tchètti. Un vol qu’il a avoué. Courant avril 2012, dame Claire Avohou s’est plainte d’avoir perdu l’un de ses cabris depuis trois jours. Elle se plaignait auprès de la marâtre de Gilbert K. Celle-ci, surprise par l’annonce du vol confie tout de suite à sa plaignante que c’est ainsi que Gilbert, le garçon de son mari, a tué curieusement un cabri dans la semaine et que toute la maisonnée avait été servie en viande. L’alerte est ainsi donnée ! De bouche à oreille, tout le village est au courant. Une consultation faite révèle, selon le compte rendu d’un certain Edouard Ayidoté à Claire Avohou, que c’est Gilbert Komahoué l’auteur du vol. Il lui a été signifié que le devin consulté sur le vol l’a nommément désigné comme le voleur. Gilbert Komahoué conteste et proteste. Il exige une nouvelle consultation de l’oracle. Ainsi, le mardi 23 octobre 2012, Gilbert Sossa, Gilbert Komahoué, Edouard Ayidoté et Komahoué Bernard Akouté ont décidé de se rendre à Kokoro chez un autre devin pour de nouvelles consultations. Mais, Mahouna Akouté soupçonnant ceux-ci d’être les auteurs ou complices dudit vol, a demandé à les suivre à Kokoro. Ils étaient donc cinq à partir, mais seuls quatre sont de retour de Kokoro. Où est alors passé Mahouna Akouté ? La bande raconte au village qu’il s’est retourné en cours de route et qu’il ne les a plus accompagnés à Kokoro. Les recherches engagées par les parents ont permis de découvrir le corps de Mahouna dans le cours d’eau Ogodo. Il a été tué, vidé de son sang avant d’être jeté à l’eau. Stupéfaction générale ! Selon les enquêtes menées sur le drame, c’est pour l’empêcher de découvrir la vérité, les accusés lui ont donné la mort et jeté son corps dans la rivière Ogodo.

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Réplique et sentence

Pour Me Romain Dossou qui défend l’accusé, à suivre le ministère public c’est à croire que « les débats n’ont servi à rien et absolument rien alors ». Et il poursuit : « La passion que j’ai pour le droit ne me permet de m’associer à cette analyse du ministère public et l’avocat que je suis ne serait jamais un menteur à gage ». Alors, il prie les membres de la cour d’associer leurs noms à tout sauf à une erreur judiciaire. « Cet accusé qui est devant vous est tout sauf un criminel, tout sauf le coupable. Il n’était pas sur les lieux du crime. Il était au violon pour vol de cabri quand le crime a été commis. Puis, il a vécu en prison depuis six ans l’enfer et en est devenu une loque humaine. Regardez-le bien ! », lance Me Dossou qui invite la cour à l’acquitter purement et simplement ou au subsidiaire au bénéfice du doute.
Après une suspension, la cour délibère et déclare l’accusé Gilbert Komahoué non coupable de l’assassinat mis à sa charge et l’acquitte au bénéfice du doute avant d’ordonner sa libération immédiate si rien d’auttre n’est retenu contre lui.
Il est à signaler qu’avant de juger Gilbert K., la cour a pris deux arrêts de disjonction sur les cas deux autres co-accusés. Le cas de Gilbert Sossa qui, le jeudi 14 avril 2016, a rendu l’âme au Centre hospitalier départemental Zou-Collines des suites d’une crise, suivant l’extrait d’acte de décès n°27 de la commune d’Abomey délivré à l’arrondissement Vidolé. Et le second arrêt est relatif au cas de Bernard Koumahoué Akouté sous mandat de dépôt dont l’ordonnance de prise de corps n’a pu être exécutée.

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Composition de la Cour

Président : Daniel d’Almeida
Assesseurs : Appolinaire Dassi / Christian Adjakas
Jurés : Ernestine Tonoukouin, Romain Togny, Paul D. Glèlè, Victoire Adomanhoué-Dato

Avocat général : Francis A. Sèmassou
Greffier : Me Coovi Bernard Zinsou