Assassinat du juge Sévérin Coovi / 2è journée du procès (15e dossier): Deux témoins déposent, le suspense reste entier

Par Claude Urbain PLAGBETO,

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Démarré samedi 18 juillet dernier, le procès relatif à l’assassinat du juge Sévérin Coovi s’est poursuivi hier lundi 20 juillet à Parakou. Deux témoins ont déposé. Quant à l’accusé principal, Clément Adétona, il soutient toujours qu’il n’est pas impliqué dans l’assassinat du magistrat et qu’il n’a aucune connaissance de ce qui s’est réellement passé dans la nuit du crime et le lendemain, bien qu’il ne soit pas sorti de la maison.

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De tous les témoins appelés hier, seuls l’ancien chauffeur du magistrat et un mécanicien automobile ont répondu présents à l’appel. Convoqué à la barre, le conducteur de véhicule administratif, Fernand Sodjèdo, ancien chauffeur de l’ex-premier président de la Cour d’appel de Parakou, dépose qu’ils sont revenus du voyage de Cotonou dimanche 6 novembre avec le patron et qu’il est ensuite rentré chez lui. Le lendemain, autour de 8 h 05, à son arrivée au domicile du juge, poursuit-il, il remarque en ouvrant le portail qu’il n’y avait pas le véhicule et que les portes étaient fermées. Il dit avoir posé la question à Clément Adétona qui était assis sous la paillote du domicile et que celui-ci lui a répondu dans un premier temps que le président était déjà allé au travail, avant de se rebiffer pour laisser entendre que le président a reçu des visiteurs dans la nuit, est allé les raccompagner et n’est pas de retour jusqu’à présent. «Quant au gardien de la maison rencontré sur les lieux, Boni Kora Yarou, il nous a confié que Clément Adétona lui a commandé par deux fois du gâteau ‘’ablo’’ dans la nuit, que quand il est revenu pour la première fois, le portail était fermé et Clément a pris le sachet de «ablo» par-dessus la clôture, avant de lui remettre un bol et lui demander d’aller en acheter encore», raconte Fernand Sodjèdo. «A son retour, nous a dit le gardien, la maison était vide et les lumières, éteintes. Il nous a aussi fait savoir qu’il entendait des lamentations «Aotcho… gbè tché (NDLR : littéralement, ô… Ma vie !) et que Clément Adétona lui a servi que c’était une femme qui a rendu visite au président Coovi et qui se serait blessée. », poursuit le témoin. Le chauffeur affirme avoir constaté avec l’ex-garde de corps de feu Coovi, Abiola Alabi Magloire Folahan, des traces de sang sous la paillotte, au pied d’un manguier dans la maison ainsi que des tessons de bouteille cassée quand ils sont venus ce lundi 7 novembre 2005 au domicile du défunt. Selon les propos du gardien rapportés par le chauffeur, Clément Adétona a fait savoir au militaire retraité que le président a demandé de prendre du crésyl pour nettoyer les traces de sang.

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«Avec le garde-corps, nous avons lancé plusieurs fois les trois numéros de téléphone portable du patron, mais ça sonnait dans le vide », assure Fernand Sodjèdo. « Après cela, je me suis dit que le président ne vivait plus. Clément m’a dit que s’il meurt, c’est lui qui serait perdant et a commencé à pleurer… Ensuite, il a chauffé la pâte d’hier et nous a invités à manger. Nous avons refusé en lui signifiant que ce qui nous préoccupe, c’est notre patron», ajoute-t-il. Les deux agents : le chauffeur et le garde-corps, ont lancé l’alerte pour la recherche de feu Sévérin Coovi. Les investigations conduiront à la découverte le lundi vers 14 heures du corps amoché du juge dans la malle arrière de son véhicule de fonction au quartier Zongo II dans le 3è arrondissement de Parakou et avec à bord, son sac où se trouvaient des dossiers.

Un personnage atypique

Clément Adétona, vedette du procès et «œil de la justice» dans cette affaire comme il aime à le dire, est invité à la barre pour une confrontation avec le chauffeur. L’accusé maintient son attitude et à toutes les questions, tournées et retournées dans tous les sens, par rapport à ce qui s’est passé dans la nuit du dimanche et dans la journée du lundi, il se contente de répondre de façon laconique: «Je ne sais pas». La pugnacité et la sagacité du président de la Cour et des avocats n’auront pas permis d’obtenir quelque chose de lui, pendant toute la journée d’hier. L’accusé signale qu’il était sous l’effet d’une noix magique que lui aurait fait manger le sieur Raïmi Moussé et qu’il ne savait plus ce qui se passait ni ce qu’il faisait, et qu’il ne s’est retrouvé qu’à la gendarmerie où une cérémonie (de désenvoûtement) lui aurait été faite, cérémonie au cours de laquelle on lui aurait rasé le crâne et cassé un œuf sur la tête. Cependant, il reste ferme en ce qui concerne la participation des deux autres accusés au crime, ce que ces derniers nient jusqu’à présent.
«Nous avons affaire à un personnage controversant qui remet tout en cause, alors qu’il est le seul témoin des faits», fait observer Hugues Pognon, avocat de la partie civile. «Est-ce un irresponsable définitif psychologiquement ou est-il en train de jouer à un jeu?», demande le conseil.
«Il a fait l’option d’une dénégation systématique…Sinon, il a bel et bien de la suite dans les idées. C’est à dessein qu’il tente de flouer la Cour et tout le monde», croit savoir Me Igor Cécil Sacramento, un des avocats de l’accusé Raïmi Moussé.
Choqué par l’attitude atypique de l’accusé « qui tourne en bourrique » la Cour, Me Laurent Mafon, assurant la défense de l’accusé Ramane Amadou a formulé la demande de voir devant la Cour, l’expert ayant procédé à l’examen psychiatrique et médico-psychologique de Clément Adétona et qui a mentionné dans son rapport que les faits ont été narrés par l’inculpé lui-même; ce que ne reconnaît plus aujourd’hui l’accusé. Il sera soutenu par tous les autres avocats de la défense et de la partie civile. Le président de la Cour, Ignace Edouard Gangny oppose dans un premier temps une fin de non recevoir à cette requête, estimant qu’il n’y trouve aucun intérêt. « Vous n’allez rien tirer de l’expert psychiatre. L’accusé a choisi une ligne de conduite», signale-t-il. Mais quelques minutes plus tard, il revient sur sa décision en demandant au ministère public de prendre les dispositions nécessaires pour que Dr Francis Tchégnonsi Tognon vienne expliquer un certain nombre de choses.

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Un « Raïmi Moussé » peut en cacher un autre

Emile Wotto, mécanicien auto du garage où Ramane Amadou dit entretenir son véhicule avec un certain Raïmi Moussé, a également déposé à la barre hier. L’homme dit qu’il connaissait le sieur Raïmi en question et serait même allé au Burkina Faso avec lui une fois, mais qu’il ne connaissait pas son nom de famille. Le président de la Cour fait venir l’accusé Raïmi Moussé et Ramane Amadou. Devant l’assistance, le mécanicien a identifié formellement Ramane Amadou qu’il dit avoir vu jusqu’en 2003 avant de le perdre complètement de vue. Quant à Raïmi Moussé dans le gilet de prisonnier, le mécanicien affirme qu’il ne le connaît pas, que ce n’est pas avec lui qu’il avait effectué le voyage du Burkina Faso.
Me Igor Cécil Sacramento, un des conseils de Raïmi Moussé dans la présente affaire d’assassinat, en déduit qu’il y a plusieurs « Raïmi Moussé » et rappelle qu’il avait produit au dossier l’année dernière la copie d’une carte d’identité du mari à une cliente (dans une toute autre affaire) et qui porte aussi le nom de Raïmi Moussé.

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Le représentant de l’AJT dépose

Comme l’année dernière, l’Agent judiciaire du Trésor (AJT) a été convoqué à la barre pour dire, au titre du ministère de la Justice, les dispositions éventuelles prises après que le magistrat ait saisi sa hiérarchie pour faire part des menaces de mort répétées dont il faisait objet, lesquelles menaces ont été effectivement mises en application. Le représentant de l’AJT à la barre répond au nom d’Omer Gagui. Il dit n’avoir pas de mandat écrit de l’AJT mais qu’il a été instruit verbalement en attendant une régularisation par un ordre de mission établi en bonne et due forme.
A la question relative aux mesures de sécurité du juge Coovi, Omer Gagui laisse entendre que l’AJT ne s’occupe pas de la sécurité et que seules les autorités en charge de la sécurité : police, gendarmerie, peuvent valablement répondre à la question. Il indique qu’à sa connaissance, l’Etat n’a pas été saisi de la plainte du juge. « Nous ne sommes pas au courant de la demande de feu Coovi et de toute façon, cette demande n’aurait pas pu être traitée par l’AJT », dépose Omer Gagui. Il rappelle que par rapport à cette même interpellation l’année dernière, l’AJT avait fait savoir qu’il n’est ni accusé, ni victime ni partie civile dans ce procès.
Me Hugues Pognon, avocat de la partie civile, portera à la connaissance du représentant de l’AJT que le secrétaire général du ministère en charge de la Justice a produit l’année dernière, des documents qui comportent clairement les plaintes formulées par le juge au sujet des menaces dont il faisait l’objet. Le magistrat a même discuté à Cotonou avec les autorités judiciaires au plus haut niveau, fait-il savoir.

C. U. P.