Assemblée nationale : Les orientations budgétaires du gouvernement pour 2023

Par Thibaud C. NAGNONHOU, A/R Ouémé-Plateau,

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Attache prise par le ministre de l’Economie avec les parlementaires dans la perspective du budget 2023

(Les députés font de fortes recommandations)

Le ministre d’Etat chargé de l’Economie et des Finances, Romuald Wadagni, était face aux députés de l’Assemblée nationale hier lundi 27 juin. Il y était dans le cadre de l’exercice annuel du Débat d’orientation budgétaire prévu par la loi, avant la finalisation et l’adoption du projet de loi de finances, gestion 2023.

Par Thibaud C. NAGNONHOU, A/R Ouémé-Plateau

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Les dispositions de l’article 59 de la Loi organique n°2013-14 du 27 septembre 2013 relative aux lois de finances (Lolf) prescrivant le débat d’orientation budgétaire sont, une fois encore, respectées. Le gouvernement, par la voix du ministre d’Etat de l’Economie et des Finances, Romuald Wadagni, a sacrifié à la tradition pour débattre avec les députés, notamment des grandes orientations économiques du budget de l’Etat gestion 2023, et des perspectives économiques et financières pour la période 2023-2025. Il ressort du rapport présenté par la commission des Finances et des Echanges et des discussions que la conduite de la politique économique sur la période 2023-2025 se fera conformément au Programme d’action du gouvernement (Pag) 2021-2026 et s’appuiera sur les stratégies du Plan national de développement (Pnd) 2018-2025 ainsi que les acquis du Pag 2016-2021. Ainsi, à travers le budget 2023, l’Exécutif entend s’inscrire dans l’agenda 2030 des Nations Unies pour le développement durable, par la mise en œuvre d’une série de projets et de réformes visant à atteindre les cibles prioritaires des Objectifs de développement durable (Odd) pertinents pour le Bénin. Mieux, sur la base des orientations économiques qu’il s’est fixées et tenant compte de l’exécution à fin mars 2022 de la loi de finances qui s’est déroulée dans un environnement marqué par les tensions géopolitiques dont la guerre en Ukraine, le gouvernement attend que l’économie béninoise qui se remet des effets de la pandémie de la Covid-19, affiche en 2022, un taux de croissance de 5,7 %, contre 7,20 % en 2021 et 3,8 % en 2020. Il se dégage des débats que les progrès notés, grâce notamment à la dynamique de la bonne gouvernance, vont se poursuivre, afin de développer le potentiel industriel, à l’heure où les pays s’alignent sur une production locale massive, une nécessité qui s’est renforcée avec la guerre Russie-Ukraine.
Aussi, est-il prévu, le renforcement des mesures en cours visant à promouvoir les secteurs à fort potentiel dont l’agriculture, le tourisme, l’économie numérique et l’économie du savoir avec un accent particulier sur l’enseignement technique et la formation professionnelle.

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Des scénarii

Pour atteindre ses objectifs et ambitions en 2023, le gouvernement envisage au niveau national, sur la base probable de la situation économique et de l’évolution des prix sur les plans mondial et sous-régional principalement au Nigeria, plusieurs sentiers de croissance. Il y a d’abord le scénario de référence supposant une évolution de la croissance de l’économie suivant la moyenne observée sur la période 2017-2021. Il intègre les incertitudes liées aux tensions géopolitiques et à la situation sanitaire, en considérant toutefois une amélioration du taux de couverture vaccinale de la population et la poursuite de la mise en œuvre des gestes barrières à la propagation de la pandémie. Ce scénario est aussi conforme aux perspectives convenues avec le Fmi dans le cadre de l’accord technique signé par le Bénin avec cette institution. Dans ce schéma, le taux de croissance s’afficherait à 6,2 % en 2023 et s’établirait autour de 6,0 % à l’horizon 2025, projette le gouvernement.
Il y a ensuite le scénario pessimiste. Lequel suppose une aggravation des tensions géopolitiques, notamment la crise en Ukraine et un durcissement des sanctions internationales contre la Russie. Ce schéma prend en considération une aggravation de la situation sanitaire et la survenance d’autres risques dont les conditions financières peu avantageuses et peu propices à la célérité adéquate de grands chantiers de l’Etat. Dans ce scénario, le taux de croissance de l’économie devrait s’afficher à 4,7 % en 2023 et 4,8 %
à l’horizon 2025.
Enfin, le scénario optimiste se fonde sur l’hypothèse d’une atténuation rapide des tensions géopolitiques, une non-aggravation de la situation sanitaire et une évolution favorable des autres risques qui pèsent sur l’économie, dont des conditions climatiques et des conditions financières particulièrement avantageuses, propres à une mise en œuvre rapide des réformes structurelles et des investissements structurants. Dans ce schéma, espère le gouvernement, l’économie nationale maintiendrait une croissance vigoureuse et resterait sur le sentier de croissance du Pnd et du Pag. Ainsi, le taux de croissance s’afficherait à 7,8 %
en 2023 et atteindrait 9,4 % en 2025. Ainsi, au regard du cadrage macro-économique et de la stratégie de gestion des finances publiques, les ressources totales du budget de l’Etat devraient croître de 11,4 % en moyenne annuelle sur la période 2023-2025 et les dépenses du budget de l’Etat connaîtraient un accroissement moyen annuel de 5,7 % sur la même période. De façon spécifique, table l’Exécutif, pour l’année 2023, les ressources totales du budget général de l’Etat s’afficheraient à 1739 milliards FCfa, soit une hausse de 10,5 % par rapport à 2022. Quant aux dépenses du budget général, elles connaitraient une progression de 4,6 %.

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De fortes recommandations

Les entreprises publiques devraient montrer des tendances globalement favorables sur la période 2023-2025. Les chiffres d’affaires des offices s’accroîtraient de 13,3 % pour s’établir à 193,1 milliards F Cfa en 2025 contre 170,4 milliards F Cfa en 2023. S’agissant des sociétés, les chiffres d’affaires progresseraient de 549,8 milliards F Cfa en 2023 à 580,9 milliards F Cfa en 2025. La politique de l’Etat, sur la période 2021 à 2025, envers les collectivités locales visera le renforcement et la dépolitisation de l’administration communale. A cet effet, conformément au Pag 2021-2026, trois réformes majeures sont prévues pour être mises en œuvre. Celles-ci porteront sur la réforme de la gouvernance locale au Bénin ; la création du Fonds d’investissement communal (Fic) en remplacement du Fonds d’appui au développement des communes (Fadec) et la transformation du Centre de formation de l’administration locale (CeFal) en Centre de formation de référence, à vocation régionale pour le renforcement des capacités opérationnelles de l’administration territoriale, révèlent les documents budgétaires sur lesquels ont porté les débats hier. Lesquels abordent aussi les perspectives de la situation financière de la Caisse nationale de sécurité sociale (Cnss) et du Fonds national de retraite du Bénin (Fnrb) et les orientations stratégiques du Bénin en matière d’endettement en cohérence avec la Stratégie d’endettement sur le moyen terme (Sdmt) 2020-2024.
Prenant acte des orientations budgétaires, les députés ont fait une série de recommandations au gouvernement à prendre en compte lors de la finalisation du projet de loi de finances gestion 2023. Ils suggèrent à l’Exécutif de prendre les mesures nécessaires pour assurer la production locale d’engrais et autres intrants agricoles ; de prendre les dispositions pour assurer la transformation des produits locaux ; assurer la disponibilité de terres agricoles de grande superficie sur l’ensemble du territoire national ; définir une politique spéciale de mise à disposition d’engrais spécifiques destinés aux cultures vivrières et faire faire bénéficier la subvention de 50% aux producteurs agricoles aux guichets des entreprises exerçant dans le même domaine d’activité que la Société nationale de mécanisation agricole.