Assurance des catastrophes naturelles au Bénin: Des alternatives pour renforcer la résilience de l’Etat

Par Anselme Pascal AGUEHOUNDE,

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Remy AKPOVO

Les catastrophes naturelles occasionnent bien souvent des dégâts matériels de grande ampleur non couverts par l’assurance classique. Face aux conséquences drastiques de ces phénomènes, l’Etat peine à venir promptement en aide à ses citoyens. Dans son livre « Le défi de l’assurance des catastrophes naturelles au Bénin », le spécialiste de l’environnement Rémy Akpovi propose des mécanismes pour renforcer la résilience des Etats et des communautés.

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Pour faire face aux dégâts importants engendrés par les catastrophes naturelles, l’Etat a la possibilité de s’affilier aux mécanismes international et régional. C’est entre autres, ce que Rémy Akpovi, spécialiste de l’environnement, des catastrophes et des situations d’urgence, met en exergue dans son ouvrage « Le défi de l’assurance des catastrophes naturelles au Bénin ». Au plan international, l’Etat peut recourir au Programme de financement et d’assurance des risques de catastrophe (Disaster Risk Financing and Insurance Program). C’est un programme de la Banque mondiale et de la Facilité mondiale pour la réduction des catastrophes et le relèvement (Gfdrr). Conçu en 2010, il vise à amortir les effets socio-économiques des catastrophes naturelles pour accélérer la relance de l’économie. En effet, les catastrophes naturelles engendrent des dégâts matériels dont la remise en état est indispensable pour la reprise du cours normal de la vie et la relance des activités socio-économiques. Ce Programme aide alors les gouvernants au plan national et local, les propriétaires, les entreprises, les producteurs agricoles et les populations à faible revenu à renforcer leur capacité à réagir plus rapidement et de manière résiliente aux catastrophes. Les opérations de couvertures permettent aux Etats de s’assurer contre les séismes, les ouragans ou la sécheresse sur la base d’un partenariat tripartite entre la Banque mondiale, les Etats et les sociétés d’assurance. «La Banque mondiale a créé une plateforme qui met en place les conditions nécessaires à des émissions mondiales d’obligations catastrophes », explique Rémy Akpovi. Outre ce mécanisme au plan international, il y a deux programmes régionaux de mutualisation des risques de catastrophes, notamment la Mutuelle panafricaine de gestion des risques de catastrophes (African Risk Capacity) et le Programme de financement contre les risques de catastrophe en Afrique (Africa Disaster Risk Financing). Créée en 2012 par l’Union africaine avec le soutien du Programme alimentaire mondial, la Mutuelle panafricaine de gestion des risques de catastrophes supplée aux insuffisances du programme de la Banque mondiale qui dans sa forme n’est pas assez rapide et équitable. La Mutuelle panafricaine permet aux pays membres de faire face collectivement aux risques et d’assurer une bonne gestion financière afin de pouvoir réagir face à des risques probables mais incertains. « Les paiements de la Mutuelle panafricaine sont versés au Trésor public du pays concerné dans les deux à quatre semaines suivant une récolte, de sorte que l’aide commence à être acheminée auprès des ménages qui en ont besoin dans les 120 jours, soit le délai dans lequel leurs ressources commencent à s’épuiser », précise le spécialiste de l’environnement, des catastrophes et des situations d’urgence. Lancé en octobre 2018, le Programme de financement contre les risques de catastrophe en Afrique est élaboré pour renforcer la résilience des 54 pays d’Afrique et les aider à faire face aux catastrophes naturelles. Ce programme fournit aux pays membres un financement pour une réponse rapide, y compris le décaissement de fonds d’urgence, pour faire face aux catastrophes d’origine climatique aux niveaux national et local. Mais dans le secteur privé, cette forme de mutualisation est confrontée au caractère inassurable des catastrophes naturelles. Dans son approche de solution à cette barrière, Rémy Akpovi propose aux Etats et en l’occurrence aux gouvernants béninois, l’instauration d’une assurance obligatoire catastrophes naturelles qui sera prise en compte dans les contrats d’assurance, la création d’une caisse nationale de réassurance basée sur le partenariat public-privé, la mise en place d’une assurance indicielle avec la création d’une compagnie d’assurance agricole ; et l’adoption d’une loi sur l’assurance des catastrophes naturelles qui va consacrer les trois premières recommandations. Sur le fondement de cette approche, Rémy Akpovi élabore dans son ouvrage un prototype du régime de l’assurance des catastrophes naturelles dans la législation béninoise notamment le fonctionnement de l’assurance et le mécanisme d’indemnisation.

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L’assurance catastrophe : une nécessité

Les catastrophes naturelles sont généralement dites inassurables à cause des dégâts hors proportion qu’elles occasionnent. L’ampleur de ces dégâts matériels ne répond pas aux critères ordinaires d’assurabilité des risques. Ces dernières années, cette situation a beaucoup évolué. Bon nombre de pays ont déjà développé l’assurance des catastrophes naturelles avec des nuances ; cependant beaucoup de pays n’ont pas encore adopté une approche dans ce sens. Les pays en plein développement comme le Bénin, doivent intégrer cette approche car les catastrophes naturelles n’épargnent aucun Etat et plombent bien souvent l’élan des pays qui ne sont pas assez résilients. Rémy Akpovi dans son ouvrage intitulé « Le défi de l’assurance des catastrophes naturelles au Bénin», rappelle que les inondations de l’année 2010 au Bénin ont occasionné des pertes considérables au plan social (santé et éducation) avec la destruction d’écoles, de centres de santé, et dans les secteurs des infrastructures (transport, énergie, eau et assainissement) la dégradation de plusieurs pistes rurales.
« 284 écoles et salles avaient été démolies. Le coût global de ces pertes et dommages était évalué à 127 milliards 088 millions 200 mille francs Cfa. Comment les Etats déjà confrontés au sempiternel problème budgétaire pourront-ils financer le relèvement s’il n’y a pas de dispositions prises dans ce sens ? », s’interroge-t-il. D’où la nécessité pour l’Etat de contracter une assurance catastrophe. Dans la préface du livre, Agoligan Avoha, président de la Croix-Rouge Bénin, soutient: « Le coût humain et matériel des catastrophes naturelles et l’obligation constitutionnelle pour les Etats de protéger leurs populations, appellent à une action urgente pour donner les chances d’une reprise rapide aux Etats et communautés affectés. Dès lors, la mutualisation des catastrophes naturelles s’offre comme l’une des actions les mieux indiquées ».