Benjamin Soudé : Un corps et une âme consacrés au karaté

Par Christian HOUNONGBE,

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Benjamin Soudé : Un corps et une âme consacrés au karatéCet homme a tout donné au karaté béninois

Son engagement et sa notoriété ont été pour beaucoup dans l’intérêt des Béninois pour les arts martiaux en général et le karaté en particulier. A 74 ans, le shihan Benjamin Soudé, ceinture noire, 10e dan, ancien directeur technique national de la Fédération dahoméenne des arts martiaux, premier président de la Fédération béninoise de Karaté continue d’arborer le kimono pour monter sur le tatami.

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D’une humilité légendaire, il ne se considère pas comme le père fondateur ni le précurseur du karaté béninois. Et pourtant, le grand maître Benjamin Soudé est celui qui a ouvert la voie à cet art martial au Bénin. Il a suscité et formé plusieurs pratiquants du nord au sud et de l’est à l’ouest. Dans la famille du karaté béninois, les acteurs sont unanimes sur le parcours de cet homme qui a posé les bases de cette discipline. « Serviable et très humble, le grand maître Soudé a beaucoup fait pour le karaté béninois », témoigne Rock Quenum, actuel président de la Fédération béninoise de Karaté. Il garde de bons souvenirs de ce maître qu’il a rencontré lors d’un stage en 1973. « Il a tout donné au karaté béninois et nous lui devons reconnaissance », a-t-il martelé. Comme lui, beaucoup de ses anciens élèves ne tarissent pas d’éloges à propos de ce formateur hors pair. C’est le cas d’Innocent N’vekounou pour qui, Benjamin Soudé est l’illustration même des valeurs que prône le karaté :
la modestie, l’honnêteté, la courtoisie, le courage et le contrôle de soi. « C’est un homme qui sait transmettre sa connaissance et de lui, j’ai pu apprendre à cultiver deux attitudes : la patience et l’humilité », a-t-il confié. Pour Jocelyne Alladayè, ancienne pratiquante de taekwondo et de karaté, le shihan Soudé a tout donné aux arts martiaux au Bénin. « Je l’ai connu dans les années 80 au lycée lors d’une démonstration des grands maîtres pratiquants de karaté et de taekwondo et à cette époque, il se donnait à fond pour les arts martiaux au Bénin », a-t-elle confié. Ce formateur qui a instruit toutes les générations de karatékas est une chance pour le Bénin, selon Fridole Tobossou, jeune karatéka béninoise. « Le grand maître Benjamin Soudé apporte beaucoup pour l’évolution de notre discipline depuis des décennies», a-t-elle déclaré.

L’homme qui a tout donné au karaté béninois

Avec les cheveux blancs et un visage résolu, aujourd’hui septuagénaire, le shihan Soudé garde encore toute sa force et sa détermination. « Je suis un jeune homme de 74 ans et toujours apte pour le karaté », s’amuse à dire celui qui continue de nouer sa ceinture noire sur son kimono pour partager son savoir. Le parcours de l’unique karatéka béninois, ceinture noire, 10e dan est encore exceptionnel lorsqu’on apprend qu’il a débuté par les sports de mains avant de se faire un nom dans les arts martiaux. « J’ai pratiqué les sports de mains (basket-ball, handball et volley-ball) avant de me diriger vers les arts martiaux en général et le karaté en particulier où j’ai gravi les échelons jusqu’à atteindre les sommets », déclare-t-il avec modestie. L’histoire d’amour entre le shihan Soudé et les arts martiaux a commencé dans les années 1960 où il s’est dirigé vers le judo, art d’origine japonaise. Mais, le mariage entre le judo et lui sera de courte durée. Très tôt, le jeune Benjamin va fausser compagnie aux pratiquants de ce sport. La raison ! « Je déteste me voir projeter au sol », fait-il savoir. Courtisé par plusieurs maitres d’arts martiaux, l’actuel instructeur en chef de la Fédération béninoise de karaté a fini par choisir le karaté. « Arrivé en Belgique en 1969 pour poursuivre mes études en agronomie, je me suis finalement dirigé vers le karaté, seule discipline de proximité à Gembloux dans la province de Namur », a-t-il indiqué. Il s’est inscrit dès mars 1970 au Namieu Karaté club du maitre Pierre Barzin où il va recevoir ses premiers cours. Ainsi, va naitre une histoire qui dure depuis plus d’une cinquantaine d’années.

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L’apôtre du grand maître Satoshi Miyazaki

Convaincu de son choix, Benjamin Soudé va relever le double défi de s’investir non seulement dans ses études en agronomie mais aussi en karaté. Le secret de sa réussite repose sur deux choses : détermination et engagement qui lui confèrent aujourd’hui une notoriété. Le « jeune karatéka de 74 ans » affirme que sa vie et sa carrière sportive ont pris une autre tournure lorsqu’il a croisé sur son chemin le grand maître Satoshi Miyazaki. Il témoigne tenir tout de ce formateur discret pour qui l’éducation et le karaté ne font qu’un. « Son enseignement était dur et intense mais efficace. Il faisait répéter inlassablement les différents mouvements à ses élèves », fait-il savoir. C’est alors qu’en bon apôtre, Benjamin Soudé va diriger dès 1972 un premier club dans le royaume belge en tant qu’assistant de l’instructeur japonais Satoshi Miyazaki. « Etant l’un de ses brillants élèves, il me permettait, malgré ma ceinture marron d’instruire d’autres karatékas en vue de doter la ville de Gembloux de son propre club de karaté », explique-t-il, avec émotion. Soudé faisait donc office d’instructeur en lieu et place de son maitre qui se présentait une fois par quinzaine pour voir le travail qui était fait.
Au bout de trois ans d’apprentissage, le Béninois va passer son grade de ceinture noire en mars 1973. Déterminé, il va impressionner davantage l’instructeur japonais qui va lui demander de le rejoindre dans son club à Bruxelles. Chose que maitre Pierre Barzin va accepter en le laissant partir. Mais, l’amour pour cet art martial va l’amener à ne jamais abandonner son club formateur. « Il me fallait donc parcourir une quarantaine de kilomètres entre les deux villes, Gembloux et Bruxelles, pour des entraînements prévus en début de soirée », se souvient-il. Alors qu’il avait bouclé un an et demi sous le premier Dan, Benjamin Soudé va subir un autre examen avec les autres élèves du maitre Satoshi Miyazaki pour passer au grade suivant. Il réussit avec brio et rentre au pays en novembre 1974.

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Le retour au pays natal……

De retour au bercail en 1974, le shihan Soudé qui s’est moulé dans la formation technique des athlètes a préféré continuer sur cette lancée. Ainsi, l’agronome rentré avec une ceinture noire deuxième Dan et une base en arbitrage et ayant eu la chance d’être issu de deux grandes écoles, celle de Pierre Barzin puis celle du maitre Satoshi Miyazaki, va susciter la vocation de plusieurs jeunes béninois. A la création de la Fédération dahoméenne des arts martiaux qui regroupait : le judo, le taekwondo, le kung-fu et le karaté entre 1976 et 1977, Benjamin Soudé va être choisi par ses pairs pour être directeur technique national. Un poste qu’il occupa jusqu’à l’adoption de la charte sportive qui exigeait que les fédérations sportives soient uni-disciplinaires. Ainsi va naitre la Fédération béninoise de Karaté-Do dont il sera le premier président et directeur technique national. A la suite des réformes au ministère des Sports qui releva une incompatibilité entre le poste de président et celui de directeur technique, Benjamin Soudé, en bon technicien, va opter pour le poste de directeur technique national pour continuer par suivre de près le niveau des athlètes, encadreurs et officiels. Mohamed Paraizo va donc lui succéder en assemblée générale élective à la tête du comité exécutif de cette fédération.

Formateur et athlète

Jeune formateur à la base, le shihan Soudé n’a pas vécu une carrière d’athlète compétiteur à tout point de vue. « Quand on parle d’athlète, on parle beaucoup plus de compétiteur mais moi, j’ai été formé à la vieille école et à cette période, on enseigne beaucoup plus le ‘’Do’’ qui est la maitrise des techniques pour préparer les athlètes aux compétitions », fait-t-il remarquer. Beaucoup plus intéressé par le côté technique de cet art martial, Benjamin Soudé va par obligation s’aligner dans certaines compétitions en Belgique telles que les championnats nationaux et universitaires entre 1972 et 1974. Pour l’Africain qu’il était dans un monde où il était difficile aux personnes de couleur de s’affirmer, il a eu le mérite d’atteindre le carré d’as à plusieurs reprises. « Mon sang-froid m’a valu deux fois le prix de l’athlète fair-play en 1973 et en 1974 », confie-t-il.

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Chevalier et grand maitre !

A 74 ans, l’homme qui a bâti la maison karaté ne cache pas son amertume : « Le karaté béninois évolue en dents de scie », fait-il remarquer avant de souligner la volonté de l’actuel comité exécutif de changer les choses. « Depuis plus de quatre ans, un autre visage est en train d’être donné au karaté béninois », a-t-il déclaré. Il est heureux que l’accent soit mis beaucoup plus sur les jeunes à travers les compétitions et les formations. Pour ce qui est des résultats, l’instructeur en chef de la Fédération béninoise de Karaté-Do se félicite des lauriers remportés par les athlètes béninois. Il se souvient du titre de champion du monde remporté par Damien Dovy, il y a 20 ans et celui de champion d’Afrique d’Océane Ganeiro et invite les acteurs au travail pour arriver à d’autres titres. Faut-il le rappeler, en reconnaissance de son investissement dans le développement du karaté au Bénin, Benjamin Soudé va être fait chevalier par feu président Général Mathieu Kérékou par décret présidentiel du 31 décembre 1997. « Ce fut l’un des moments les plus émouvants de ma vie car c’était la première fois au Bénin que des sportifs venaient d’être distingués par la plus haute autorité », a-t-il confié. Benjamin Soudé pense tout de même que d’autres acteurs du karaté pouvaient être aussi honorés pour le travail abattu. Le septuagénaire n’envie personne et vit pleinement sa retraite professionnelle, même s’il continue d’être actif sur le plan sportif. Croyant, il sait se contenter du peu tout en allant chercher le mieux à travers le travail. Il partage ses expériences avec les acteurs actuels de la discipline à travers des stages de formation. En bon père de famille, celui qui est le géniteur de cinq enfants et grand-père de neuf petits-enfants, sait intervenir quand il le faut dans les affaires de la maison karaté. Il rêve de voir le Bénin devenir à nouveau champion du monde mais aussi champion d’Afrique.