Bertrand Fibadenda Sika:Le ‘’Kaméléon’’ d’une autre époque

Par Kokouvi EKLOU,

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A l’opposé de celui qu’il imite, Bertrand Fibadenda Sika n’est pas aussi grand de taille. L’allure pas aussi classe que son idole mais il se plaît dans son rôle. De sa voix et de son air bien drôle, il en impose à ses vis-à-vis. Tel un commandeur. Dans les lieux où il imite le général Mathieu Kérékou, l’homme sait se faire écouter, manipulant à sa guise ceux qui pourraient satisfaire à ses doléances. Même le dos tourné à la scène, il continue de faire recette. On lui obéit au bout des doigts. En plus de déclencher l’hystérie à ses apparitions et de se faire gratifier de billets de banque, Bertrand Fibadenda Sika fait lever des personnalités et pas des moindres. Le président Boni Yayi y passe aussi sans pour autant froncer les soucils. En dépit des grommellements de sa garde. « Il est difficile de ne pas répondre aux ordres d’un général qui plus est un ancien chef d’Etat dont le charisme et les œuvres ont fortement marqué l’histoire sociopolitique de notre pays », ironise Bertrand Fibadenda Sika, se prenant pour le personnage qu’il imite. Un jeu amusant qui lui réussit à merveille lors des grands fora. Parfois, ses interlocuteurs s’étonnent de son audace mais très vite, ils sont emballés. L’air sérieux et autoritaire que lui confère son personnage, le conforte.
Comme support à son rôle, des discours cultes de l’ancien président de la République, Mathieu Kérékou et des improvisions circonstancielles prêtant bien à l’ambiance du moment. Ancien employé de la Société nationale des Eaux du Bénin (SONEB), il a dû démissionner, jugeant ses heures de travail assez exténuantes et tenant coûte que coûte à donner corps à son rêve d’immortaliser dans le cœur de ses contemporains, cette personnalité éprise de paix dont la décision a changé le cours de l’histoire de son pays.
Dans ses shows qui ne durent qu’un laps de temps, Bertrand Fibadenda Sika relève les tares et avatars de la société et de la classe politique béninoises avec une pointe de fierté à défendre les idéaux du ‘’Kaméléon’’, le grand K. Captiver l’attention du public sans l’ennuyer tout en lui donnant de la matière. Des bribes d’histoire d’un pays qui aura marqué le monde par son système révolutionnaire et sa décision d’opter pour le processus démocratique. Le même timbre vocal avec cette quinte d’humour et de sarcasme qui caractérisent les interventions de Mathieu Kérékou, l’imitateur aura réussi presque son rêve. Et point n’est à préciser tout le succès qu’il en tire. «S’il en est arrivé à démissionner de son poste pour se consacrer à l’imitation, c’est qu’il a trouvé ses marques dans l’art», insiste Géraud Adoukonou alias ADK, animateur à Nanto FM.

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Dans l’air du temps

Résidant à Parakou, il est assez connu dans le septentrion. Sa tête bariolée de blanc n’est pas étrangère aux ‘’aficionados’’ et autres friands de meetings politiques aussi bien dans la région que dans le sud du pays, Cotonou en particulier. On se délecte des prestations de cet artiste hors-pair qui a choisi de faire du parcours atypique du général Mathieu Kérékou son gagne-pain. Ses apparitions sont facturées à des centaines de milliers de francs CFA avec en prime, des invitations en privé par de grandes personnalités du pays. Victime parfois de ces intermédiaires qui n’arrivent pas à transmettre avec foi les présents des personnalités quand il manque d’être dans leur loge, l’artiste n’abdique pas, redoublant de répartie et d’audace à chaque intervention. Dans ses grands jours il s’en tire avec des millions de francs CFA, louant la générosité de ces grands admirateurs qui l’encouragent dans cette forme d’hommage vivant à l’ancien chef d’Etat béninois.
Tiré à quatre épingles avec un costume impeccable, col Mao, verres fumés cerclant sa vue et l’inséparable canne du ‘’Vieux’’, Bertrand Fibadenda Sika emprunte modestement à son idole tout l’apparat qui le distinguait. S’il s’est permis le 25 avril 2005 de demander à son idole ce qu’il pense de ses prestations, il n’en est pas moins sorti meurtri tant la réplique du chef de l’Etat d’alors, l’a renversé. «Est-ce qu’un être humain peut se fâcher contre un singe?», lui avait-il dit au palais de la présidence.
La quarantaine à peine effleurée, le natif de Pouya dans la commune de Toucountouna a frôlé le renvoi au Collège d’enseignement général de Tchaourou en classe de 5è. «On me reprochait d’inciter à l’insurrection les camarades pour les avoir mobilisés à revivre les temps forts du général, sans que je n’ai eu à penser qu’il reprendrait le pouvoir plus tard», se rappelle-t-il. «Les gens sortaient du système révolutionnaire pour la démocratie et nostalgique que j’étais, j’en rajoutais à leurs amertumes par mes imitations. C’était difficile», ajoute-t-il.