Blaise Guézo Mèvo, médecin coordonnateur de la zone sanitaire de ZOBOZA :«Le score qualité est à plus de 73% à fin 2014»

Par Désiré GBODOUGBE,

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La zone santaire Zogbodomey-Bohicon-Zakpota est l’une des bénéficiaires du projet Financement basé sur les résultats (FBR). Après trois ans de mise en œuvre dudit projet, le coordonnateur de la zone sanitaire, Blaise Guézo Mèvo fait un bilan des différentes activités menées de 2012 à 2014.

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La Nation : Quel bilan faites-vous aujourd’hui de la mise en œuvre du Financement basé sur les résultats ?

Blaise Guézo Mevo : Telle qu’elle a été conçue, cette approche est une réforme de tout notre système de santé. Si elle se menait très bien, nous allons révolutionner le système de santé. D’après les hypothèses posées, c’est que notre système de santé avait quelques insuffisances liées à la disponibilité du matériel, à la démotivation du personnel, aux mauvais accueils, au manque de médicaments et beaucoup d’autres choses. L’approche vise essentiellement à améliorer la quantité et la qualité des soins. Au niveau des centres, il est question de revoir tout ce qui a rapport avec l’organisation au niveau des services, de donner des soins de qualité et de ce fait d’en améliorer l’utilisation. Pour la zone sanitaire Zogbodomey-Bohicon-Zakpota (ZOBOZA), il faut reconnaitre, aujourd’hui, qu’il y a eu quelques acquis. Certes, ils sont encore fragiles. Il va falloir les soutenir afin qu’ils puissent perdurer dans le temps. Lorsqu’on observe un peu comment est-ce que les centres de santé de la zone sont sollicités, on note une progression au niveau des soins curatifs et des accouchements. Concernant la qualité des soins, il y a eu une amélioration. En témoignent les évaluations qui se font par trimestre. Nous sommes partis d’un score de qualité de moins de 40% en 2012 et déjà à fin 2014 nous étions à plus de 73%. Il y a donc quelque chose qui se fait dans les centres de santé.
Quand on rentre dans sa mise en œuvre proprement dite, cette approche permet de motiver le personnel sur le plan pécunier, mais également en nature.
En tant qu’agent de santé, nous vendons la qualité des soins. Donc en termes de vente, tous les mois lorsqu’un accouchement est fait, nous le vendons à l’Unité de coordination du projet (UCP). Avec cet argent réunit à la fin du trimestre, nous procédons à l’évaluation de la qualité. Cette évaluation nous permet de déterminer le montant à verser à chaque structure. Il est prévu dans les documents les subsides dont une part est affectée à leurs agents. En effet, la moitié de ces subsides leur est répartie sous forme de primes, l’autre moitié pour servir à améliorer le plateau technique. Depuis le début, tous les agents ont donc bénéficié des primes. Cela a pu les motiver un peu. Ils ont aussi utilisé les subsides pour s’approvisionner en matériels. Pour relever le plateau technique, certains les ont utilisés pour acheter des groupes électrogènes, des motos, du matériel médico-technique, ou des médicaments. D’autres ont eu des problèmes de compétences et ont du utiliser les ressources pour suivre des formations continues. Toutes ces actions mises ensemble ont eu des impacts positifs dans la zone aujourd’hui. Mais des efforts restent à fournir. C’est pourquoi le bilan est nécessaire pour savoir ce qui a marché et ce qui ne l’a pas été. Nous devons foncer pour pouvoir maintenir le cap.

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A quel niveau se situent les insuffisances que vous aviez évoquées ?

Lorsqu’on prend la vaccination au cours de l’année 2014, on a connu quelques difficultés par rapport à leur gestion. Si on avait eu les vaccins de façon permanente, on n’en serait pas à ce stade aujourd’hui. C’est vrai qu’il y a une légère amélioration et on pourrait faire mieux. Il y a également que les agents ont prévu qu’il faille mener des stratégies avancées, c’est-à-dire, que quand les enfants ne viennent pas dans les centres de santé, les agents sont obligés de se déplacer pour aller les vacciner dans les coins et recoins des villages. Certains ont bien programmé, mais compte tenu des interférences, ils n’ont pas eu le temps d’exécuter toutes les sorties prévues. Globalement le taux d’exécution avoisine 80 à 90%. Donc il y a encore un gap de 20 ou de 10% à combler.
Nos difficultés se situent surtout au niveau des mères d’enfants. Il y a certains centres qui sont très éloignés des villages. Ce qui fait que les femmes spontanément hésitent de s’y rendre pour accoucher ou utilisent les zones limitrophes et se trouvent dans une autre zone sanitaire.
De ce fait, nous perdons des cibles au profit d’autres zones sanitaires qui ne sont pas financées par le FBR.
Nous avons aussi des problèmes de ressources humaines. Il y a des centres dans lesquels il y a peut-être un seul agent, alors qu’il doit y en avoir trois. Des centres ont eu ces difficultés en 2014 mais vers la fin de l’année, il y a eu un recrutement qui a été fait par le gouvernement. Ainsi, nous avons amélioré tant soit peu la disponibilité des ressources humaines. Toutefois, il y a un problème qui demeure encore. Il s’agit de la grève du personnel médical. Et on ne peut interdire aux agents qui sont dans le FBR de ne pas suivre le mouvement. Car, il y a des syndicats qui les menacent parfois. Certains sont donc obligés de travailler en cachette. Toutes choses qui freinent l’affluence de certains patients dans les centres de santé.
Dans la zone de Zogbodomey, Bohicon et Zakpota, le projet se mène bien, mais nous devons tout faire pour sauvegarder ses acquis.

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Au regard des difficultés au niveau du personnel, c’est à croire que les crédits à eux alloués ne les motivent suffisamment pour qu’ils donnent le meilleur d’eux-mêmes ?

Ce n’est pas la même chose. La grève est un mouvement d’ensemble. Je ne dirai pas que la grève est menée dans la zone de façon intransigeante comme dans les autres. Les agents sont conscients que s’ils ne travaillent pas ils ne pourront pas vendre les indicateurs. Mais avec la pression et les menaces des syndicalistes, ils ont peur. C’est pourquoi, même pour faire des accouchements, on demande aux femmes de venir en catimini. Donc la grève est réelle et certains essaient de faire ce qu’ils peuvent. S’il n’y avait pas de grève, on aurait eu mieux dans les formations sanitaires.

Est-ce qu’on peut dire aujourd’hui, avec les productions des agents de santé, que les résultats escomptés par le FBR seront atteints ?

Inutile de faire preuve d’autosatisfaction. A voir de près ce que nous avons eu depuis que le processus a commencé, on ne cesse d’enregistrer une amélioration progressive chaque année. Nous pouvons dire que nous sommes sur la bonne voie. Selon moi, il y a de l’espoir dans la zone sanitaire Zogbodomey, Bohicon et Zakpota par rapport à cette approche qui, à mon humble avis, doit révolutionner le système de santé. Mais il ne faut pas baisser la garde, car la question de prime est très sensible. Il s’agit de primes à la performance. C’est donc pour décourager ceux qui ne travailleront pas bien et qui attendent les retombées à la fin du trimestre, que nous avons élaboré un règlement intérieur qui prend en compte certaines sanctions. Ces garde-fous visent à contraindre tout le monde à adhérer à cette approche.

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S’il faut contraindre certains agents de santé à adhérer à cette approche, ne pensez-vous pas que les nouveaux comportements qu’ils ont adopté, seront délaissés s’il n’y a pas plus de motivation ?

C’est vrai qu’il y a quelques inquiétudes. Mais quand on pense déjà aux inquiétudes, on ne pourra pas avancer dans le processus. Ce que les partenaires souhaitent, c’est de voir l’approche contribuer à améliorer la performance du secteur. Il faut prouver que cette approche peut faire changer les choses. Et là, si c’est bien démontré, le gouvernement va l’adopter comme programme national. Dans certains pays où cette approche est mise en œuvre depuis vingt ans il est devenu un programme national. Ainsi, l’Etat prendra ses responsabilités pour financer le projet. Au début ce sont les partenaires qui le faisaient. Aujourd’hui, l’Etat a pris la relève parce qu’on a démontré que c’est une bonne approche et qu’elle peut rendre plus performant le système. Nous ne devons pas perdre de vue qu’elle doit être pérennisée.

Qu’est ce que vous pouvez dire aux agents qui n’ont pas encore pris conscience de leur responsabilité ?

Notre rôle en tant que coordonateur de zone est d’accompagner. C’est la première chose qu’il nous faut faire. Les agents n’ont pas souvent tous les rudiments et compétences nécessaires. Nous devons tout mettre en œuvre pour les accompagner. S’il y a des insuffisances dans un domaine, il faut les identifier. Il faut aussi demander à ces acteurs d’être plus exigeants et plus assidus à la tâche.