Carina Bertin, directrice de l’agence Publicist:«Si les femmes se distinguent par la qualité de leur travail, elles auront leur place»

Par Maryse ASSOGBADJO,

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Fidèle à sa vision de reconnaître les mérites des femmes dans tous les secteurs d’activités Carina Bertin et son agence de communication Publicist décernent depuis trois ans, des trophées aux femmes remarquables, «Trophées femmes de feu» dont la 3è édition aura lieu samedi 28 mars prochain au palais des Congrès à Cotonou.

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La Nation: Depuis trois ans, votre agence a pris l’initiative de reconnaitre les mérites des femmes qui s’illustrent positivement dans différents domaines, en leur décernant des trophées. De quoi cela retourne ?

Carina Bertin : «Les Trophées femmes de feu » sont une initiative du département ‘’Event’’ de l’agence «Publicist» dont je suis responsable. On dit souvent que les femmes ne s’aiment pas, qu’elles ne sont pas solidaires et sont jalouses de leurs semblables. Je ne me retrouve jamais dans cette philosophie. Je suis souvent sidérée par l’évolution de mes congénères. C’est ainsi que j’ai eu l’idée de mettre en place ces trophées pour montrer mon admiration aux femmes qui se distinguent par leur travail.
Le nom «Trophées femmes de feu» signifie femme d’actions. Nous n’avons pas voulu donner des noms ayant une connotation purement européenne, tels que femme d’or, femme de diamant,.…
En Afrique, nous avons aussi des identités. C’est pour cette raison que nous avons préféré le nom « femmes de feu » pour distinguer des femmes d’actions qui chaque jour, se battent pour le développement de leur pays.

Pensez-vous qu’avec cette seule initiative, vous pourriez contribuer à changer la détermination dont la femme est victime aujourd’hui?

Je n’ai jamais partagé cet avis, à savoir que les femmes sont victimes de discrimination. Je pense à la limite que c’est une idée qu’on nous met en tête pour nous pousser vers d’autres problèmes. Quand on parle de discrimination, la femme africaine pense qu’elle ne jouit pas forcement de tout ce qu’il faut pour s’accomplir dans la société. Ce qui est complètement faux. En aucun cas, nous ne sommes discriminées. Si nous avons les compétences, nous aurons notre place au sein de la société.
On parle de discrimination des femmes parce que dès le départ, elles n’étaient pas aussi engagées que les hommes. C’est à la femme que revient prioritairement l’éducation des enfants et les premiers rôles dans le foyer. Ce sont des travaux qui nous sont propres et nous ne saurions nous en dérober. Sans quoi les foyers vont se disloquer. Les femmes ne peuvent se lever du jour au lendemain pour changer cette prescription sociale. Il en a toujours été ainsi et il en sera toujours de même.
Aujourd’hui, nous avons encore la chance d’avoir des familles en Afrique. Demain, nous aurons tous les droits certes, mais nos familles vont se diviser parce que beaucoup d’hommes n’accepteront pas de se mettre avec des femmes incapables de garder leurs foyers. Cela risque de nous conduire vers une société individualiste, où il y aura plus de femmes célibataires, où beaucoup d’hommes ne seront plus prêts à s’engager, où les enfants seront mal éduqués, et ce sera un nid de problèmes à résoudre par la société. Cela va se répercuter sur le développement du pays.
En réalité, les femmes ne sont pas discriminées. Si chaque femme essaye de se distinguer par la qualité de son travail, elle aura, à tous les coups, sa place au sein de la société.

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Les femmes auront beau travailler, mais c’est sans compter avec les pesanteurs sociologiques qui freinent leur élan dans certains milieux.

Au Bénin comme dans d’autres pays, on retrouve forcément des femmes dans cette situation. Quelles que soient les campagnes de sensibilisation dans certains pays, les femmes ne travailleront jamais. C’est un petit nombre qui fait la révolution et un grand nombre en profite. Cela commence déjà par les femmes qui ont la chance de travailler. Elles doivent peser de tout leur poids pour faire changer les choses. Cela servira d’exemples aux hommes qui empêchent leurs femmes de travailler et de leur accorder cette faveur. Si les femmes donnent suffisamment des raisons à leurs maris sur ce plan, ils seront convaincus qu’elles sont capables de travailler tout en maintenant l’équilibre familial et en instaurant le respect et le dialogue entre elles et leurs maris. Les femmes doivent essayer d’éviter le piège de la parité, qui amène certaines à confondre parité et irrespect ou encore parité et anarchie.

Que comptez-vous faire pour toucher les femmes rurales avec le trophée «femmes de feu» ?

L’agence Publicist ne récompense que les femmes qui se distinguent par le travail bien fait. Il n’y a pas de différence entre les femmes rurales et urbaines ou selon qu’une femme provienne d’un milieu ou d’un autre. Car, les femmes rurales démontrent aussi que même en étant dans les zones reculées, elles sont capables de faire des choses merveilleuses pour mériter leur place au sein de la société.
Si aujourd’hui la femme au foyer ne fait rien pour soutenir financièrement son mari, elle ne bénéficiera pas du même respect que si elle exerçait un métier pour accompagner le développement de la famille. Donc il faut que nous évitions de nous laisser influencer par le pouvoir de l’argent au risque de conduire les familles et la société à la division. Cela n’arrange pas notre société. Les femmes doivent se distinguer par leur travail.
Même les hommes les plus insensibles sont reconnaissants aux efforts de leur femme. Celle qui fait l’effort d’apporter sa modeste contribution au foyer mérite toujours le respect de son mari. Un homme ne saurait être ingrat jusqu’à un certain niveau. Il revient donc à la femme elle-même de mériter le respect, rien qu’à travers son travail.
Lorsque la femme s’engage et travaille bien, elle force l’admiration, aussi bien de son mari, de sa famille et de la société toute entière. Mieux, elle sert d’exemple pour les enfants, la relève de demain.

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Qu’est-ce que les ‘’Trophées femmes de feu’’ apportent-ils concrètement à la promotion de la femme au Bénin et en Afrique ?

Toute femme qui réussit en inspire forcément une autre. Les femmes ont beaucoup de capacités. Ce qui leur manque généralement, c’est la confiance en elles-mêmes. Elles ont souvent besoin de modèles pour pouvoir s’engager. Quand une femme voit son semblable évoluer, cela crée une certaine confiance en elle. Mais il faut d’abord qu’elle ait l’information et le courage de transcender les barrières pour aller plus loin. Partant de ce constat, nous pensons que les femmes lauréates serviront forcément d’exemples à d’autres. C’est notre modeste contribution à la promotion du genre et au développement du Bénin.

Etant donné que la jeunesse est la relève, que comptez-vous faire pour l’impacter dans vos actions?
Beaucoup de choses ont été déjà faites dans ce sens. Ce qui reste maintenant à faire c’est de voir comment remodeler la jeune génération et les enfants, afin qu’ils puissent prendre le pli et s’engager pour la cause du travail bien fait. D’où le sens des «Trophées femmes de feu» dont la 3è édition aura lieu, samedi 28 mars prochain, au palais des Congrès de Cotonou.
Au cours de cette soirée, les jeunes filles auront à faire des rencontres qu’on appelle «rencontre femmes de feu». Il s’agit en effet d’une séance d’échanges entre les lauréates femmes de feu des éditions antérieures et trois cent cinquante jeunes filles de sept différentes Universités du Bénin. Cette séance permettra aux jeunes filles d’échanger avec lesdites lauréates et de poser des questions autant qu’elles le peuvent. Les lauréates y répondent et manifestent également leur disponibilité de les accompagner dans leur cursus et leur carrière, notamment pour les jeunes filles qui en manifestent le désir.

Les «Trophées femme de feu » distinguent les femmes dans quelles catégories?

Huit différentes catégories sont prises en compte dans le cadre des «Trophées femmes de feu» au Bénin et un prix spécial pour une femme leader d’un autre pays.
La première catégorie concerne ‘’Les femmes d’ONG’’. Aujourd’hui, les femmes s’investissent dans ce domaine mieux que par le passé. A travers les nombreuses campagnes de sensibilisation, elles essaient de pousser leurs congénères à transcender des barrières. Les distinctions vont ensuite aux ‘’Femmes entrepreneures’’, notamment les femmes dirigeantes d’entreprises. Puis la catégorie ‘’Femmes d’exploits’’ qui récompense les femmes un peu extraordinaires. On retrouve dans cette catégorie, les professeurs agrégés, les femmes qui ne s’arrêtent pas seulement aux diplômes ou qui embrassent des métiers réservés aux hommes, telles que les femmes mécaniciennes, femmes frigoristes, femmes conductrices de véhicules administratifs.
La quatrième catégorie concerne les ‘’Femmes d’entreprises’’. Par le passé, on n’en comptait pas beaucoup. Dans cette catégorie, il s’agit de reconnaître les mérites des femmes, chef d’entreprises ayant des valeurs intrinsèques entre autres, l’efficacité et l’engagement.
Les «Trophées femmes de feu» récompensent également les ‘’femmes de l’art, de la musique, de la peinture et de la danse…, puis dans la catégorie ‘’Femmes de cœur’’ qui récompensent les femmes qui au-delà des services de leurs ONGs, investissent aussi bien leur personne que leur moyen pour aider des personnes en situation difficile, sans attendre forcément l’appui des autres.
Il y a également la catégorie ‘’Femme des médias’’ qui récompense les femmes des médias en général qu’elles soient de l’ombre ou qu’elles soient sous les feux de la rampe. La huitième catégorie prend en compte les ‘’Femmes sportives’’, celles qui s’illustrent positivement dans le domaine du sport.
Mais les «Trophées femmes de feu» ne se limitent pas seulement aux femmes remarquables du Bénin. Ils décernent aussi un prix spécial à une femme leader d’ailleurs. Chaque année, nous avons un pays invité d’honneur qui propose d’une part la femme leader de son pays et d’autre part, une artiste qui vient prester au cours de la soirée. Pour le compte de cette édition, c’est la Côte d’Ivoire qui sera à l’honneur.

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Une adresse à l’endroit des jeunes filles et des femmes ?

Ma préoccupation principale demeure le travail de la femme. Elle doit s’engager sans faille et refuser de se laisser distraire, de se laisser embarquer dans des moitiés objectives. Même tapies dans l’ombre, les femmes doivent savoir qu’il y a forcément des admirateurs qui apprécient la qualité de leur travail. Lorsque la femme se distingue par son travail, la société est reconnaissante vis-à-vis de ses efforts. Celles qui ont réussi à s’imposer par la qualité de leur travail se révèlent incontournables aujourd’hui et les hommes sont obligés de composer avec elles. Travaillons ! N’arrêtons pas de travailler. L’habitude crée la perfection. A force de s’exercer à une œuvre on finit toujours par avoir de l’expérience et les acquis pour son développement personnel et celui de la société. L’idéal est de savoir marquer une pause quand il le faut pour corriger ses imperfections. Quand on est vraiment compétent dans un domaine, il n’y a que la reconnaissance qui s’ensuit.