Carte Postale / Trésor royal restitué : Les quatre portes d’Adjalala

Par Ariel GBAGUIDI,

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Carte Postale / Trésor royal restitué : Les quatre portes d’AdjalalaDeux des quatre portes d’Adjalala de Ghézo ou de Glèlè, emportées par les troupes françaises et récemment restituées par la France

Elles sont quatre portes royales parmi les 26 œuvres restituées par la France. Au palais de la Marina, elles sont positionnées dans le même compartiment que les trônes d’apparat et le Kataklè. Ces portes sont probablement celles des Adjalala (salle de réception royale, bâtiment le plus grand du palais où se tient le conseil de trône) des palais royaux de Glèlè ou de Guézo.

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Sur l’une des portes, l’on voit sculptés au niveau supérieur, entre autres, des gougbassa, des recardes, le caméléon (vodoun Mawu Lissa) qui est le symbole du roi Akaba, fils de Houégbadja. A la partie inférieure de la porte, il y a, entre autres, le lion qui est le symbole du roi Glèlè, des fusils et le serpent qui se mord la queue (vodoun Dan aïdo hwèdo). « Lorsqu’on prend cette porte, on se demande si elle n’a pas été sculptée au temps du roi Glèlè puisque vous retrouvez son symbole à la partie inférieure de la porte alors qu’à la partie supérieure vous retrouvez le symbole du fils de l’ancêtre du fondateur du royaume », indique Calixte C. B. Biah, conservateur du musée d’histoire de Ouidah et l’un des acteurs clés du rapatriement des 26 trésors royaux à Cotonou et de leur exposition au palais de la Marina.
Sur une deuxième porte, l’on retrouve au niveau supérieur, l’éléphant et le canard qui sont deux des symboles du roi Guézo. Il y a également le cheval qui est l’un des symboles du roi Glèlè. Au niveau inférieur, l’on a le chien qui est le symbole du roi Kpengla. L’on note aussi la présence de mankpo et de fusils. « On a des grenouilles placées aux quatre coins de la porte. C’est pour représenter la divinité des eaux: tohossou. Le plateau d’Abomey est sec. De l’eau à Abomey, c’est rare. Donc, il faut gérer cette ressource indispensable à la vie. D’où les divinités tohossou que les rois du Danxômè ont mis sur pied. Et mieux, pour le royaume qui n’est pas bordé de cours d’eau, aller jusqu’à la mer pour contrôler les navires était important. Et cela a été le travail du roi Agadja appelé ‘‘Agadja Houyito’’», appuie Alain Godonou, directeur des Programmes «Musée» à l’Anpt et commissaire du volet trésors royaux de l’exposition Art du Bénin d’hier et d’aujourd’hui.
« On se demande donc si cette porte n’a pas été sculptée au temps du roi Glèlè qui a voulu rassembler les symboles de son père, de son grand-père, etc. On se dit que ces portes sont celles du roi Glèlè, vu que Béhanzin n’a pas eu le temps de construire son propre palais. Lors de l’invasion du Danxômè par les troupes françaises, Béhanzin se trouvait dans le palais fonctionnel de son père et le palais fonctionnel de son grand-père se trouve tout juste à côté. Les deux sont côte-à-côte, donc on se dit que cette porte et les trois autres portes sont parties soit du palais de Glèlè ou celui de Guézo », poursuit le conservateur du musée d’histoire de Ouidah. Les deux autres portes ont pratiquement les mêmes traits que les deux décrites ci-dessus. Ce sont donc des œuvres sur lesquelles l’on retrouve la plupart des symboles d’anciens rois du Danxômè. Et à en croire Calixte C. B. Biah, cette tradition n’a pas disparu. « Aujourd’hui, si vous allez à Abomey, que ça soit sur les portes d’entrée, les fenêtres, les portes des Adjalala, que vous soyez au palais de Glèlè ou de Guézo, vous retrouverez des symboles des anciens rois du Danxômè », renseigne-t-il.
La taille des quatre portes exposées à la Marina, varie de 1,68 à 1,73 mètre. Elles sont sculptées en bois polychrome (bois de fond : koro, bois des applications : rinorea). Des pigments et métal sont aussi visibles sur ces portes.

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