Célébration du retour des biens culturels à la Marina : « Ce retour est le témoignage de ce que nous avons été, de ce que nous avons connu la grandeur »

Par La Redaction,

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Célébration retour bien culturels

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Chers invités,
Mesdames et messieurs,

Je vais solliciter votre indulgence parce que je ne pense pas être en mesure de dire grand-chose. Je suis dévasté par l’émotion. Cela a commencé hier en terre française, je pensais pouvoir retrouver ma sérénité avant la cérémonie d’aujourd’hui mais je constate que c’est de pire en pire. Veuillez simplement me permettre de vous saluer, et vous exprimer ma fierté, vous remercier pour l’honneur que le peuple béninois tout entier dans sa dynamique de succès me fait porter.
J’ai souvent dit que je mesurais combien j’ai de la chance. J’ai souvent dit que nos succès relèvent de notre mérite commun. Et l’événement d’aujourd’hui en est une preuve. Tout ce que, depuis quelque temps, nous nous engageons à réaliser, nous y parvenons. Je crois que c’est simplement le signe de notre renaissance. Comme les étoiles se sont alignées pour le Bénin depuis quelque temps, la symbolique du retour au Bénin de notre âme, de notre identité pour utiliser un mot facile à admettre, à comprendre, ce retour du témoignage de ce que nous avons été, du témoignage de ce que nous avons existé avant, le témoignage de ce que nous avons connu la grandeur. Mais comme l’histoire du monde, l’histoire des communautés humaines dans leur évolution, a toujours confronté les uns aux autres, il n’y a pas de honte à nous rappeler que la déportation des reliques de notre grandeur hors des territoires du Bénin par suite de la force matérielle, technologique de l’envahisseur français, que cette déportation qui, au-delà du Bénin, du territoire du Bénin, s’est manifestée partout ailleurs dans le monde d’une manière ou d’une autre, pour les uns contre les autres, que cela relève également de l’histoire de l’humanité. Mais la nature faisant bien les choses, les générations savent dans l’histoire, au fil du temps, réparer ce que les générations antérieures ont pu gâcher : la convivialité entre les hommes, la solidarité entre les hommes, la coopération. Mais comme l’homme ne sera parfait qu’à la fin des choses, il faut admettre que les réparations ne sont, bien souvent, pas à la hauteur de l’espérance des attentes. Tout cela relève simplement du genre humain.
Nous avons réclamé tous ensemble, ma voix a porté cette réclamation dont je ne suis pas à l’initiative. Je ne suis pas celui qui, le tout premier, a réclamé, exigé et entamé les actions à cet effet. Je crois que, déjà, depuis 1965, des écrivains africains notamment dahoméens, ont lancé ce cri de cœur pour le retour de notre patrimoine mémoriel, le temps de la colonisation et de la domination étant passé.
Puis, les uns et les autres ont porté cette revendication comme un mythe, comme un idéal inaccessible. Et en 2016, à l’entrée dans la charge que m’a confiée le peuple béninois, j’ai porté, à mon tour, en tant que Président de la République, cette requête, cette demande légitime, à l’universel. Elle s’est exprimée en face de la République française, devant les autorités françaises. Je dois vous avouer à vous, ou je peux confesser à vous que, contrairement à mes habitudes, je n’avais guère la certitude que cette revendication aboutirait un jour, encore moins de mon vivant. Une fois exprimée l’idée, j’ai été emporté par l’élan, et nous n’avons pas arrêté. Nous avons agi à travers les intellectuels, les associations, les Ongs, la diplomatie. Et notre demande légitime a rencontré la clairvoyance de l’actuel président de la République française. C’est donc tout légitimement que devant vous, je voudrais, à nouveau, sur la terre béninoise, lui exprimer notre gratitude ; mieux, nos félicitations parce qu’il a eu le courage d’engager le processus de restitution. Que les mânes de nos ancêtres lui accordent la grâce qu’il mérite, le Président français. Que l’âme du Bénin accorde au peuple frère de France la grâce qu’il mérite par ce geste qui n’a été possible que, parce que le parlement français représentant le peuple a voulu voter une loi conséquente.
L’épilogue de cette première étape que j’ai appelée le tout premier épisode de ce processus d’équité, de restitution des patrimoines mémoriels des peuples, s’est manifestée ce soir devant nous tous, par l’arrivée à Cotonou et l’entrée ici même; l’autre palais, le répondant ou la suite des divers palais des royaumes des territoires du Bénin, la synthèse des divers pouvoirs qui ont eu à conduire les divers royaumes des territoires du
Bénin jusqu’aux temps modernes. Nous sommes dans la maison du peuple béninois, du Nord au Sud, de l’Est à l’Ouest.
Ce peuple qui, jadis, était réparti en diverses communautés mais vivant sur ce même territoire du Bénin, réparti dans ses divers royaumes qui se sont affrontés, qui ont commis les uns contre les autres des exactions, des guerres, des ralliements, des soumissions, des conquêtes de territoires. Toutes choses qui ne nous singularisent point parce que caractérisant la volonté de puissance de l’homme tout simplement et qui ont concouru à la création des grandes nations.
Derrière l’histoire des peuples, des nations, des grandes nations, a été la confrontation de puissance entre les groupes ethniques, les groupes communautaires.
L’un des plus grands pays de notre temps moderne, la Chine, pour ceux qui connaissent l’histoire de la Chine, ce qui a pu se passer au Bénin entre les royaumes du Bénin n’est rien face à l’intensité des conflits, des guerres qui ont eu lieu, par le passé entre les royaumes, les communautés qui constituent aujourd’hui ce si bel ensemble qu’est la Chine.
La France qui nous a honorés par la restitution des 26 œuvres parce que nous avons opéré cette prouesse dans le cadre de la coopération – Ce n’était pas par le conflit, par un arbitrage quelconque devant quelque juridiction que ce soit que nous y sommes arrivés. Non !- Cette France-là, qui connaît son histoire sait très bien qu’elle est une mosaïque de royaumes anciens. Il n’y a presque pas de grand pays, aujourd’hui, des temps modernes qui ne soit pas passé par là. Et aujourd’hui, pour faire face aux défis du monde, aux défis du développement, la taille est un défi important : la taille des pays, la taille des nations. Plus on est grand, plus on est capable de se faire entendre, de se faire respecter et se développer. Ce n’est pas pour autant que je ne suis pas fier de la taille de mon pays. Il est assez grand. Il est grand des royaumes qui l’ont constitué. Il est grand des royaumes d’Abomey, de Porto-Novo, de Nikki, de Kouandé, de Savè, de Kétou… et c’est bien ce qui fait aujourd’hui notre force. La nation béninoise est désormais la synthèse, une synthèse harmonieuse de ce que nous avons été, de ce que nous avons pu être, de ce qui nous a générés.
Notre passé aussi diversifié soit-il, constitue notre patrimoine historique commun désormais. Le Bénin est grand par son histoire, toute son histoire, y compris les aspects les plus difficiles, je veux le répéter mais qui ont caractérisé l’homme, quelle que soit l’époque, quelle que soit la contrée. Le Bénin est riche de son identité diverse. Elles sont multiples et la coïncidence de la restitution des 26 œuvres exclusivement emportées des palais des royaumes d’Abomey n’enlève rien à notre plaisir, à notre joie, à notre fierté notre satisfaction d’avoir œuvré pour une restitution qui commence par ces œuvres-là. Ma fierté, mon bonheur est, j’en suis sûr, partagé par tous.
J’ai entendu des intellectuels dire sur un média étranger des choses qui relèvent, soit de l’ignorance soit de la médisance, reprochant aux autorités françaises d’avoir restitué que des œuvres d’une seule région du Bénin. C’est vrai, l’idéal aurait été que la restitution fût plus générale, plus totale, plus complète. J’ai failli le reprocher au président français hier. Mais la courtoisie qui caractérise le peuple béninois fait que j’avais l’obligation de témoigner au Président français ma retenue. J’avais voulu lui dire, M. le président, si vous nous aviez associés au processus de restitution, au choix des œuvres qui pourraient être restituées dans un premier temps, nous vous concédons que la restitution puisse se faire en plusieurs étapes, parce qu’il fallait rompre ce mur du tabou de la restitution ; si nous avions été associés, nous aurions pu composer le lot autrement. Mais pour autant, nous n’avons pas bouder notre plaisir, notre bonheur, notre satisfaction. Que ce soit une pièce du royaume de Kouandé, de Nikki ou de Porto-Novo, que ce soit deux pièces d’un autre royaume du Bénin jadis, elle demeure notre patrimoine commun. C’est pour cela que je m’efforce, malgré l’émotion, et mon manque d’inspiration à cause de l’émotion, je m’efforce d’exprimer, pas à nous Béninois, je m’efforce d’exprimer à ceux qui ont exprimé ces réserves-là que soit ils ignorent l’histoire du monde, de l’humanité, soit ils ont choisi de médire simplement.
Chers compatriotes, mesdames et messieurs, les 26 œuvres qui vont séjourner ici, d’abord pendant deux mois, pour ne pas subir un choc thermique, vont séjourner dans une salle bien aménagée à cet effet. Elles vont, par la suite, être exposées ici au palais et accessibles à tout le monde, les uns et les autres.
Béninois comme étrangers auront accès à la présidence de la République, à la salle des fêtes, la salle du peuple de l’ancien bâtiment du palais dans toute sa majesté rénovée, auront l’occasion d’aller admirer ces œuvres qui, au-delà de leur beauté artistique, constituent pour nous le témoignage de ce que nous sommes, de ce que nous avons été, notre grandeur, nous n’avons pas seulement commencé à exister à partir de 1892. Chacun des visiteurs sera tout à fait libre d’échanger avec ces œuvres, les sentiments profonds qui l’animent. J’ai entendu dire et ça m’a beaucoup amusé et je veux le partager avec vous, que les œuvres seraient chargées, que les œuvres auraient été peut-être désactivées quand elles sont parties hors du territoire et qu’à leur retour, elles devraient automatiquement être activées. J’ai entendu des gens dire qu’il faudrait des rituels, des libations pour leur accueil, pour leur retour. Chacun a exprimé selon sa conscience, son attachement, sa spiritualité, sa façon de voir les choses.
Chacun a exprimé comment il voit, comment il sent, comment il considère le sacré que sont ces œuvres et ce que ça doit être. Chacun sera libre de tisser, d’établir avec ces reliques, le lien qui lui plaira d’établir. Mais dans notre identité commune, républicaine, laïque, ces œuvres ne revêtent pour la République aucun caractère religieux ni spirituel. Si la spiritualité qu’on peut leur conférer n’est qu’une spiritualité neutre, alors elle est républicaine. Les œuvres, que ce soit ici ou demain à Ouidah ou après-demain au musée de l’épopée des rois et des amazones d’Abomey, ces œuvres seront dans les espaces de la République et à ce titre sont dépourvues de toutes considérations religieuses.
Mes chers compatriotes, ce qui nous rassemble est immense et c’est par ces mots que je voudrais terminer mon message. Tout le monde sait très bien que la nation béninoise a une âme si grande qui va de Malanville à Karimama, qui va de Ségbana à Djougou, Bantè, Savalou, Dassa, Savè, au pays Agonli, à Abomey, Allada, Grand-popo, Agouè, à Kétou, Pobè, Adja-Ouèrè, Ifangni, Ouidah, Porto Novo… toutes les contrées du Bénin. Que l’âme du Bénin soit pour nous, individuellement, source d’inspiration, nous aide à relever tous les défis de développement humain du bien-être collectif et individuel. Qu’elles inspirent chacun de nous pour que nous puissions donner le meilleur de nous-mêmes désormais. Merci pour l’honneur que me fait le Bénin depuis quelque temps.
Merci pour la confiance que vous me faites. Merci pour cette fierté que vous me donnez et qui se manifeste chaque jour par nos petits succès comme celui d’aujourd’hui. Dieu bénisse le Bénin.

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