Changement climatique et insécurité alimentaire: Pourquoi adopter l’e-agriculture

Par Fulbert Adjimehossou,

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Changement climatique et insécurité alimentaire

Le Bénin, comme de nombreux pays africains, a besoin de miser sur des technologies innovantes pour faire face aux défis qui se posent au secteur agricole. Décideurs, scientifiques et start-up mettent les bouchées doubles.

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Pendant longtemps, l’agriculture a été un domaine de travail acharné, sur de grandes superficies avec des outils rudimentaires et des pressions énormes sur les producteurs. A ce rythme, il n’est plus évident de nourrir tout le monde et d’avoir des recettes. « Notre population est en train de croître pendant que nos rendements sont en train de diminuer. La maîtrise de l’eau est aussi un défi. Nous sommes le seul continent où l’irrigation continue d’être un luxe », déplore Prof. Achille Ephrem Assogbadjo, secrétaire permanent du Conseil scientifique des Sciences agronomiques de l’Université d’Abomey-Calavi, à l’occasion du séminaire sur IA et Agriculture organisé le 25 novembre 2022 par le Laboratoire de Biomathématiques et d’Estimations forestières (Labef) à l’Université d’Abomey-Calavi.
En effet, au Bénin, selon les résultats du Recensement national de l’Agriculture (Rna) dévoilés en janvier 2022, les ménages agricoles regroupent plus de 6, 506 millions individus, soit 54,8 % de la population. Seulement 43,9% des superficies disponibles au niveau des ménages sont exploitées. 96,9 % des exploitations pratiquent les cultures annuelles pour 33,2 % de cultures permanentes. Le Rna montre aussi de faibles niveaux d’irrigation. L’irrigation compte pour 3,42 %.
Pourtant, ailleurs, notamment dans les pays développés, c’est l’ère de l’automatisation de la production. Il est même possible d’arroser les plants à distance à partir d’un simple téléphone portable. Beaucoup d’acteurs du monde agricole et scientifique voient la nécessité d’améliorer les pratiques agricoles, surtout dans un contexte de réchauffement climatique et d’insécurité alimentaire. « Nous avons la pression démographique qui fait que la demande alimentaire augmente et nos sols sont davantage surexploités. Cela conduit à développer des paquets technologiques pour rendre notre agriculture durable », souligne Dr Emile Agbangba, enseignant-chercheur à l’École polytechnique d’Abomey-Calavi, membre du Labef.

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Passer en mode intelligent

Les nouvelles technologies s’imposent alors dans les champs, à travers l’Agriculture de précision. « Il ne s’agira plus de faire l’agriculture à l’aveuglette. Si je prends l’Uac comme une exploitation, ce n’est pas évident que toutes les parcelles aient besoin nécessairement de dose optimale d’engrais à appliquer. Au sein de la zone, il y a des variations dont nous devons tenir compte pour encore plus faire une agriculture raisonnée», insiste Dr Emile Agbangba qui met régulièrement son expertise au profit du secteur privé national et international.
Ainsi, l’Agriculture de précision tient compte des variabilités pour répondre au problème posé. Les technologies utilisées sont, entre autres, la surveillance et la cartographie du rendement, la télédétection, la robotique et les drones. « Nous aurons un système agricole plus durable. Nous avons tout à gagner dans notre contexte subsaharien », fait-il remarquer. Ces progrès permettent d’optimiser les rendements agricoles, mais aussi de rationaliser les coûts de production et d’avoir une meilleure empreinte écologique. Le conseiller agricole peut donner à l’agriculteur les meilleurs conseils en se basant sur des données réelles.
Depuis plusieurs années, le secteur agricole prend conscience de la nécessité de l’utilisation des technologies dans son développement.
« Aujourd’hui, l’agriculture n’est plus seulement une affaire de semis, d’engrais et d’irrigation. C’est aussi une question d’algorithmes et d’intelligence artificielle. L’Afrique n’y échappe pas. Le Bénin non plus », déclare Dr. Alex Gbêliho Zoffoun, directeur scientifique de l’Institut national des Recherches agricoles du Bénin (Inrab).
Ainsi, le gouvernement s’est doté d’une Stratégie nationale pour l’e-Agriculture au Bénin sur la période 2020-2024. C’est un document sectoriel à portée nationale qui entend faire du secteur agricole, un secteur numériquement transformé d’ici 2025, compétitif, attractif, résistant aux changements climatiques et créateur de richesse, d’emplois, répondant équitablement aux besoins de sécurité alimentaire et nutritionnelle de la population et aux besoins de développement économique et social de tous les secteurs du pays.
La stratégie met en relief plusieurs solutions, dont les systèmes d’information des marchés (Sim), l’Agriculture de précision, la finance numérique et la collecte mobile de données. Les actions envisagées devraient faciliter l’amélioration continue des pratiques et rendements agricoles. La qualité, la sécurité et l’efficacité de la production agricole pourront être améliorées par l’accès à un contenu précis et à des outils d’aide à la décision.

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Entrer dans la dynamique

Le Bénin pourra entrer très vite dans la dynamique, voire avoir une longueur d’avance sur des pays de la sous-région. Professeur Romain Lucas Glèlè Kakaï, directeur du Laboratoire de Biomathématiques et d’Estimations forestières (Labef) de l’Uac, a dans le cadre de ses travaux fait l’état des lieux au Bénin, au Burkina Faso, en Côte d’Ivoire, au Ghana et au Nigeria. « Le Nigeria est le pays le plus avancé dans l’adoption de ces technologies numériques en agriculture parmi les cinq pays. Le Bénin et le
Burkina Faso sont classés comme les pays ayant une utilisation mineure », fait-il remarquer.
Membre de plusieurs sociétés savantes dont Artificial Intelligence for Development (Ai4d) Africa, ce scientifique pense que « La coordination des efforts et des actions permettra de stimuler la co-création et d’exploiter pleinement le potentiel des technologies numériques dans la transformation des systèmes agroalimentaires en Afrique de l’Ouest ».
Les enjeux sont grands et les besoins consistants et pressants à la fois. Dans les centres de développement rural, il faudra des équipements pour collecter les données précises sur les exploitations (abri météo, kit de collecte et d’analyse de sol, pression des ravageurs, etc). «Le gouvernement a fait un effort extraordinaire pour diviser notre territoire en pôle de développement agricole et je pense que c’est déjà une marche vers l’Agriculture de précision. On ne peut pas faire tout, n’importe où. Il faut qu’on dote ces centres d’outils de collecte de données», souligne Dr Emile Agbangba.
La création et la gestion de banque de données open acess, la recherche sur les méthodes et outils de collecte de données fiables, le développement des centres de calcul et de stockage de données sont aussi très importants. La science a un rôle à jouer en termes de développement de modèles mathématiques pour mieux analyser les données et en termes d’implémentation d’algorithmes. Il faut prendre par la suite les meilleures décisions et les automatiser, pour des meilleurs rendements?