Climat, eau et développement : Des élèves au chevet du Lac Nokoué

Par Fulbert Adjimehossou,

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Un élève en train d’analyser des eaux prélevées

Le lac Nokoué est souffrant. Il ne s’est pas encore remis des souffrances à lui causées pendant des décennies par le marché Dantokpa, son voisin encombrant. Une vue panoramique de l’écosystème projette un torrent noir ceinturé d’une bande de terres jaunes. Cependant, il faut avoir suivi, avec toute l’émotion qu’elle projette, la pièce de théâtre produite par des élèves du Ceg Dantokpa pour se convaincre, loin des chiffres, du drame écologique.
Entre passion et pression, ces apprenants membres du club scientifique « Noudobiba » plaident pour la survie du lac et de ses espèces. Ce ton n’étonne guère Dr Gildas Djidohokpin, chercheur en écologie systématique des poissons d’eau douce. « Ces apprenants étaient eux-mêmes déjà motivés pour la cause. On a senti dès le départ leur engagement. A notre niveau, nous avons juste travaillé sur leur créativité. On ne leur a rien imposé. On ne faisait non plus rien derrière eux. Ils étaient motivés à avoir des résultats probants. Nous avons su créer en eux la capacité individuelle et collective à avancer ensemble», confie le conseiller scientifique du club qui était à leurs côtés, dans l’ombre.
L’eutrophisation ou l’asphyxie des eaux de surface est en réalité devenue un problème environnemental généralisé. La prolifération des plantes aquatiques sur ces plans d’eau n’est que le reflet d’un malaise profond quand le plan d’eau en vient à ce stade. Par le passé, de nombreuses études ont donné l’alerte. Peut-être faudrait-il changer son fusil d’épaule pour faire comprendre l’ampleur du danger et rendre les plus jeunes responsables de l’avenir de ces écosystèmes. Et pour en arriver là, ces « apprentis scientifiques» ont mené, pendant plusieurs mois, des travaux sur le lac qui jouxte leur établissement. La problématique retenue, des protocoles de recherche ont été élaborés. Les outils de collecte qui vont avec ont été définis.

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Semer des graines d’écocitoyenneté

À la restitution, il n’y a rien de nouveau que la science n’ait déjà révélé. C’est plutôt cette facilité des jeunes à peindre l’état de santé de l’écosystème qui change tout. « Les observations faites montrent parfaitement bien la vulnérabilité du plan d’eau situé au cœur de Cotonou et qui fait face à des contaminations d’ordre chronique et accidentel. Cette vulnérabilité se traduit aussi par une eutrophisation croissante du fait de la pollution. «On a constaté la présence de certains minéraux qui créent un développement exagéré de certaines plantes aquatiques, entrainant une diminution des ressources halieutiques. Les interviews réalisées par les apprenants montrent qu’il y a beaucoup «d’espèces en voie de disparition », déplore le chercheur.
Ce ne sont pas que les apprenants du Ceg Dantokpa qui portent la voix de la jeunesse à travers la science. Ces clubs conduits par Jeunes volontaires pour l’environnement du Bénin (Jve-Bénin) et l’Institut de recherche pour le développement (Ird) ciblent aussi le Ceg Les Pylônes de Cotonou et le Ceg Pahou de Ouidah. Ils se sont attaqués à des problématiques majeures comme les inondations et les maladies hydriques.
Élève en Seconde C au Ceg Pahou, Pacha Kiti se dit être sur le bon chemin. « Je me suis senti très à l’aise dans la peau de scientifique, à travers notre recherche sur l’habitat et les inondations. Nos enquêtes et les relevés ont montré les origines de certaines maladies hydriques. J’ai beaucoup appris notamment sur les techniques de prélèvement et d’analyse de l’eau. Ces données vont nous permettre de mieux sensibiliser les populations sur les maladies hydriques et les informer sur les techniques de traitement d’eau », précise Pacha Kiti. Ces hirondelles ne peuvent néanmoins à elles seules faire le printemps. Il faut multiplier cette initiative non seulement dans les collèges, mais aussi dans les écoles primaires, pour faire germer dans la conscience des plus petits les graines d’écocitoyenneté.