Coalition pour la défense de la démocratie: Une belle initiative pour peu de solutions à la crise

Par Anselme Pascal AGUEHOUNDE,

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Coalition pour la défense de la démocratie

Anciens présidents, forces politiques, sociales et religieuses se sont réunis samedi 14 avril dernier à Djeffa pour crier haro sur le régime en place et défendre, à les en croire, la démocratie chèrement acquise. Cette initiative qui, au regard de la situation sociopolitique du pays, vient à point nommé, devra proposer plus de solutions si elle veut rassurer quant à son impartialité et son souci de l’intérêt général.

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La Coalition pour la défense de la démocratie (Cdd) a fait parler d’elle le week-end dernier. Considérant sa configuration pour le moins insolite, ce regroupement pourrait se révéler une force de taille pour porter la voix du peuple qui traverse une crise sociale et défendre les valeurs démocratiques. Mais au regard des propositions partielles formulées au sortir du conclave de Djeffa, il y a lieu de se demander si les prochaines élections n’intéressent pas plus ces hautes figures qui, secret de polichinelle, sont des acteurs politiques bien connus. « Convoquer des assises nationales des Forces vives de la nation, installer le Conseil d’orientation et de supervision de la Liste électorale permanente informatisée (Cos-Lépi) et faire un audit préalable de la Lépi en vue des élections législatives et présidentielle prochaines » ; voici les propositions trouvées à la kyrielle de crises que le porte-parole du Front pour le sursaut patriotique (Fsp), Jean Kokou Zounon, a lui-même énumérées. Les préoccupations relatives à l’utilisation et à la fiabilité de la Lépi s’inscrivent certes dans le souci de l’organisation à bonne date d’élections transparentes ; critère universel d’appréciation de la démocratie. Mais quid de la crise sociale actuelle ? Que proposent-ils ? Quelles démarches entendent-ils mener ? Les enseignants, les agents de santé, les magistrats, le panier de la ménagère, la jeunesse…, doivent-ils attendre les assises des Forces vives pour retrouver joie dans la cité ? Au total, il y a encore foison de critiques et disette de solutions pour ce qui préoccupe les Béninois actuellement.
La Cdd pour se distinguer et rassurer, quant à ses intentions, devra voir plus loin que les élections.

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Mauvaise interprétation, dissuasion ou incitation ?

Le peuple qui a été témoin de sa formation attend davantage de cette coalition.
Par ailleurs, face à la tension grandissante, il n’y a eu aucune adresse de paix. Loin s’en faut ! La Cdd a plutôt exhorté le peuple béninois à se tenir prêt à faire usage de l’article 66 de la Constitution du 11 décembre 1990.
« En cas de coup d’Etat, de putsch, d’agression par les mercenaires ou de coup de force quelconque, tout membre d’un organe constitutionnel a le droit et le devoir de faire appel à tous les moyens pour rétablir la légitimité constitutionnelle, y compris le recours aux accords de coopération militaire ou de défense existants. Dans ces circonstances, pour tout Béninois, désobéir et s’organiser pour faire échec à l’autorité illégitime constituent le plus sacré des droits et le plus impératif des devoirs », article 66 de la loi fondamentale. A la lecture de cette disposition de la Constitution à laquelle exhorte la Coalition pour la défense de la démocratie en cas de non prise en compte de son ultimatum, il y a lieu de s’inquiéter. Allons-nous à la préservation de la paix par la guerre ou est-ce juste pour montrer à l’Exécutif la gravité des frustrations afin qu’il prenne au sérieux les menaces ? En tout état de cause, il faut espérer que la situation n’en vienne pas à cet extrême.
D’ailleurs, en dépit de la crise que vivent les populations, l’on ne saurait affirmer que le pays est sous la menace de coup d’Etat, de putsch, d’agression par les mercenaires ou de coup de force. Cette exhortation de la coalition est, toutes proportions gardées, exagérée. Défendre la démocratie oui, mais encore mieux dans la paix.