Commerce Bénin-Nigeria: Entre dépendance et résilience

Par Claude Urbain PLAGBETO,

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La fermeture des frontières du Nigeria en 2019 a révélé une fois encore une certaine dépendance du commerce du Bénin vis-à-vis de son voisin. Malgré la résilience de l’économie béninoise du fait des réformes engagées, un état de veille permanent est de mise pour atténuer les effets dans le futur.

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Le fort écart entre la prévision initiale du budget et le chiffre révisé de croissance économique en 2020 est non seulement dû aux répercussions sur l’économie de la crise du nouveau coronavirus, mais aussi à la fermeture des frontières du Nigeria.
En effet, au nombre des risques budgétaires au niveau macroéconomique, figurent ceux liés aux politiques commerciales et de change du Nigeria, partenaire commercial privilégié qui absorbe environ 75 % des exportations totales du Bénin, d’après la Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Bceao). De même, plus de 25 % des importations du Bénin proviennent du Nigeria. Le commerce informel entre les deux pays représenterait 20 % du Produit intérieur brut (Pib), selon la Banque mondiale.
La fermeture récurrente des frontières du voisin de l’Est perturbe les prévisions budgétaires nationales. D’où l’adage peu flatteur : « Quand le Nigeria s’enrhume, le Bénin éternue ».
Au moins une fois tous les dix ans, le Nigeria interdit l’importation de marchandises par la route avec ses voisins, pour des raisons de protection de son industrie locale, de baisse des droits de douane, d’insécurité ou en réaction à des événements politiques. La dernière fermeture en date est celle intervenue de façon unilatérale en août 2019 officiellement pour des raisons sécuritaires. Elle aura duré seize mois. Elle a occasionné une perturbation des flux et une réduction des marges commerciales et des recettes de l’État. De ce fait, le taux de croissance de l’économie s’est établi à 6,9 % en 2019 contre une prévision initiale de 7,6 %, selon le ministère de l’Economie et des Finances.
Quoique le taux de croissance soit en amélioration de 0,2 point par rapport à l’année précédente et témoigne de la résilience de l’économie béninoise, les prévisions auraient été atteintes si la fermeture des frontières n’avait pas exacerbé les activités commerciales au quatrième trimestre de 2019 et bien après.
A cela, s’ajoute l’incertitude du fait des fluctuations du cours du naira, monnaie à régime de change flexible. Le 22 juin 2016, le gouvernement fédéral nigérian a procédé à une dévaluation de 50 % du naira. Le cours moyen de la monnaie nigériane est passé de 3,15 F Cfa à 1,94 F Cfa, d’après le document d’Analyse des risques budgétaires 2021-2023 du ministère de l’Economie et des Finances.
Cette dépréciation a directement affecté le prix des produits nigérians au Bénin et le prix en F Cfa reçu par les exportateurs nigérians. Le choc baissier sur la valeur du naira favorise les importations du Bénin en provenance du Nigeria au détriment de la production nationale et des autres importations.

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Mesures de mitigation

« Les simulations montrent qu’une baisse de 10 % de la valeur du naira en deçà des prévisions, induirait pour le Bénin une réduction de 1,03 % de la production du secteur industriel et plus particulièrement celle des industries manufacturières (hors agro-industrie) (-22,2 %) »,
selon l’Analyse des risques budgétaires. Au plan fiscal, la baisse des recettes fiscales serait de l’ordre de 2,7 %, estiment les analystes.
Pour faire face aux chocs récurrents en provenance du Nigeria, le gouvernement, dès 2016, a engagé un programme de renforcement de la résilience de l’économie afin de l’asseoir sur des bases solides. Ce programme concerne aussi bien la modernisation des régies financières que la densification du tissu productif. C’est ainsi que les recettes des régies financières ont affiché une progression de 10,9 % dont 13 %
pour les Impôts et 7,9 % pour la Douane en 2019.
La densification de l’économie s’est traduite, entre autres, par la hausse soutenue des productions agricoles (maïs, riz, manioc, ananas, anacarde, produits maraichers) depuis 2016.
L’amélioration du potentiel de production et de distribution de l’énergie avec la mise en service en août 2019 d’une nouvelle centrale électrique d’une capacité de 120 MW, permet au Bénin de satisfaire au moins la moitié de ses besoins énergétiques, réduisant ainsi sa dépendance vis-à-vis du Ghana et du Nigeria, ses gros fournisseurs.
Aussi, le lancement de grands projets de construction d’infras-tructures socioéconomiques, la réhabilitation et l’extension du réseau de transport national avec 2 000 km de fibre à travers 67 communes avec 47 points de présence, ont contribué à atténuer les chocs exogènes.
Les prévisions budgétaires devraient être atteintes sur la période 2021-2023, selon les projections du ministère de l’Economie et des Finances. Ainsi, les risques budgétaires majeurs seront globalement maîtrisés, en raison des diverses actions de réforme engagées pour assainir et moderniser les finances publiques d’une part et renforcer la confiance des investisseurs d’autre part.

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