Commercialisation de légumes au Bénin: La tomate signe son retour, avec des craintes

Par Fulbert Adjimehossou,

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Le jour vient à peine de se lever sur Dantokpa. Mais déjà, aux encablures du collège d’enseignement général qui porte son nom, la tomate fraiche draine de la clientèle. Difficile de se frayer un chemin dans les couloirs. Vers 10 heures, les premiers acheteurs convoient sur taxi-moto leurs produits. Des véhicules lourdement chargés en apportent davantage, même dans l’après-midi.

C’est le retour de la tomate locale, signale Justin Ahouinon, transporteur venu d’Allada, à 50 km de Cotonou. « Depuis un mois, nous avons la variété locale. Elle a connu un retard du fait des poches de sècheresse. Néanmoins, les producteurs peuvent maintenant sourire, même si le panier est vendu entre 3 500 et 4 500 F Cfa», confie-t-il. De son véhicule, des paniers de tomate attendent d’être livrés. Les grossistes saisissent l’occasion pour faire de bonnes affaires. « Le prix varie en fonction de la grosseur du panier. On en profite parce que la variété nigériane n’est plus disponible», selon Mariama Hounton, une grossiste.
L’Institut national de la statistique et de la démographie confirme cette tendance baissière. C’est ce qui ressort de son bulletin hebdomadaire de la semaine du 19 au 25 juillet 2021 publié, lundi dernier. Le prix moyen du kilo de tomate fraiche a chuté de
30,5 % à Cotonou, 10,3 % à Porto-Novo, 25,3 % à Natitingou et 20,2 % à Bohicon. « La baisse des prix de cette denrée s’explique par l’abondance du produit sur le marché ; une abondance liée aux nouvelles récoltes », explique l’institut.

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Craintes d’une chute libre

Le retour de l’or rouge devrait pouvoir réjouir les commerçants. Cependant, ils ne le sont pas pour autant. « On n’a pas la possibilité d’exporter comme par le passé vers le Nigeria. Si c’était le cas, on cède vite et on gagne un peu plus. A ce rythme, ce sera encore moins cher. On risque de vendre le panier à 1 000 F Cfa les prochaines semaines », se plaint Mariama Hounton.
Une chute libre. Ce ne serait pas la première pour cette filière qui fait souvent face à des pertes post-récoltes. Les producteurs en ont déjà souffert en septembre 2019 avec la fermeture des frontières nigérianes. La Covid-19 et les contraintes liées à la circulation des denrées alimentaires pourraient peser cette fois-ci dans la balance. « Normalement, le coût devrait être élevé ces temps-ci, c’est-à-dire 7 000 F Cfa. Car, on l’exportait beaucoup plus au Nigeria. Maintenant que nous n’avons plus vraiment cette possibilité, le prix chute déjà de trop », s’inquiète Julien Ahouinon.
Ingénieur agronome, spécialisé dans le maraîchage, Wilfried Yehouessi, voit la porte de sortie durable dans la transformation.
« L’idéal pour mieux la conserver, c’est de la transformer en des produits consommés, en purée, en tomate pelée, séchée, etc. une fois transformée, il faut la distribution et surtout veiller au contrôle qualité », insiste-t-il. Avec une production de plus de 70 000 tonnes par an, la tomate est une filière à prioriser. Le gouvernement y travaille. De leurs côtés, les producteurs et les commerçants attendent d’être soulagés, enfin.

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