Conception et réalisation de kits de lavage de mains: « La petite révolution » des artisans béninois contre le coronavirus

Par Josué F. MEHOUENOU,

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La crise du coronavirus a révélé le génie de certains artisans béninois. Ils ont eu le mérite de concevoir et réaliser des kits de lavage de mains qui répondent aux exigences du moment. Une petite révolution à saluer.

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Les dispositifs de lavage de mains ne sont rien de nouveau. Dans les écoles, les hôpitaux et un peu partout, ces dispositifs étaient installés pour rendre les mains propres. A l’heure du coronavirus, ces anciens dispositifs de lavage des mains ont révélé leurs limites car désormais, il faut parvenir à se laver les mains à l’eau et au savon en touchant le moins possible d’objets. Et c’est là que les artisans béninois ont réveillé le génie qui sommeillait en eux. Alors que dans la plupart des pays, la tendance est restée à l’utilisation des dispositifs de lavage de mains tels que connus jusque-là avec la recommandation de se procurer du savon et d’ouvrir les robinets d’eau en se servant au maximum de ses coudes et beaucoup moins de ses mains, le génie béninois a trouvé la solution. Divers kits ont été pensés et réalisés et permettent de faire le parcours de lavage de mains sans rien toucher, ou du moins en faisant usage des pieds, histoire de laisser les mains intactes et ainsi se préserver contre d’éventuels microbes. Pour rappel, le lavage régulier des mains fait partie des gestes barrières les plus importants pour freiner la propagation du coronavirus. Depuis le début de la pandémie, les dispositifs de lavage de mains ont été réalisés un peu partout pour aider les populations à satisfaire à cette exigence sans grande difficulté.

Une bonne manne pour tout un petit monde

« Les commandes viennent d’un peu partout. On se posait des questions sur ce que nous allions devenir avec cette maladie, mais Dieu est au contrôle. Nous sommes plutôt très sollicités ». Cyrille Débadé est maître soudeur dans la commune d’Abomey-Calavi. Sollicité pour diverses commandes, il a dû faire appel à des travailleurs occasionnels pour renforcer son équipe et répondre aux exigences du moment. Entre les commandes des particuliers et des personnes morales, il semble suffoquer. L’artisan n’est pas à son coup d’essai. Par le passé, il avait réalisé les supports en fer pour dispositifs de lavage de mains à plusieurs organisations non gouvernementales internationales. La particularité cette fois-ci, c’est qu’il y a ajouté un dispositif qui permet de prendre le savon sans être obligé d’ouvrir le flacon. Cette innovation a intéressé plusieurs personnes. « Les gens ont trouvé moins risqué de ne pas avoir à ouvrir ou à toucher des flacons de savon déjà touchés par d’autres personnes, ce qui justifie la flambée des commandes», confie l’artisan. Côté coût, il se garde des détails. Mais toujours est-il qu’il faut débourser entre quinze et vingt mille francs de plus pour être satisfait. « Les matériaux coûtent plus cher et j’ai une main d’œuvre supplémentaire à rémunérer », tranche Cyrille qui en vient parfois « à laisser certaines commandes à ses amis». C’est tout un petit monde qui s’en sort. Ferrailleurs, soudeurs, manœuvres, transporteurs, monteurs de dispositifs, peintres, plombiers, vendeurs de plastiques… Ils sont nombreux à intervenir le long de la chaine de conception de ces dispositifs.
Mais d’autres artisans sont allés encore plus loin dans leur créativité. Ils ont mis au point un système qui permet de se procurer du savon et d’ouvrir le robinet d’eau du dispositif de lavage de main en manœuvrant des pieds. Du début à la fin de l’exercice de lavage des mains, celui qui s’adonne à l’exercice ne touche rien. Il ne place que ses mains pour recueillir le savon et ensuite les laver puis se retirer. Cet autre système a été surtout pensé dans le cadre de la lutte contre le coronavirus et permet ainsi de limiter les contacts. Mais pour l’heure, son concepteur et réalisateur préfère ne pas communiqué là-dessus. Rencontré au ministère de l’Economie et des Finances il y a quelques jours, où il a pris quartier pour installer des dispositifs commandés par ledit ministère, par le truchement de la Loterie nationale, l’homme a tout simplement décliné l’occasion à lui offerte de se prononcer sur son œuvre. Mais son produit a retenu l’attention de l’Exécutif et il devra en livrer encore des centaines à mettre à la disposition des populations.

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L’Etat leur a fait confiance !

Deux cérémonies de remise de kits de lavage de mains, ont été organisées samedi dernier en prélude à une vaste opération de déploiement de ce dispositif sur toute l’étendue du territoire national grâce au ministère de l’Economie et des Finances, à travers la Loterie nationale du Bénin. Cette initiative vise à montrer à la face du peuple, la place de choix qu’occupe le lavage de mains dans la lutte contre le coronavirus. Les 1600 kits sont déjà répartis dans plusieurs administrations et marchés, mais l’opération se poursuivra surtout dans les hôpitaux et les écoles.
Ces 1600 premiers kits auxquels s’ajouteront d’autres sont réalisés par des artisans béninois et répondent à l’exigence du moment, à savoir se laver régulièrement tout en limitant les risques de toucher à quelque objet. C’est sans doute ce coup de génie qui a retenu l’attention de l’Etat de la part de ses artisans à qui il a souvent été demandé d’innover. A l’occasion de la remise des kits à la direction générale de la Société de gestion des marchés autonomes (Sogema), Shadiya Assouman, ministre de l’Industrie et du Commerce, est revenue sur le génie des artisans béninois. La lutte contre cette maladie est l’affaire de tous et c’est pourquoi, souligne-t-elle, ces artisans ont été sollicités. Ce qui leur permet par ailleurs de disposer de ressources et de travailler encore plus que par le passé par ces temps où sévit le coronavirus. Au nom du ministre de l’Economie et des Finances, son directeur adjoint de cabinet ainsi que le directeur général de la Loterie nationale ont aussi visité le site de montage des kits installés dans l’enceinte dudit ministère. Occasion pour Franck Djigla, directeur adjoint de cabinet de reconnaître le mérite de ces artisans qui ont permis, grâce à leur créativité, de combler un besoin important.

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