Congrégation des Eudistes: Une vie orientée vers la miséricorde

Par Isidore Alexis GOZO (gozoalexis6@gmail.com),

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Mg GANYE et les prêtes Eudistes

Parmi les congrégations chrétiennes d’obédience catholique romaine, figure celle des Eudistes. Ces derniers ne vivent leur joie que dans le service aux pauvres, à la manière du Christ, au prix de sacrifices.

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A l’image du Christ, jusqu’à leur dernier souffle, les Eudistes portent l’amour. C’est la raison d’être de ces hommes ayant décidé de tout abandonner pour se consacrer entièrement à Dieu, même au détriment de la vie conjugale. Pour la conscience collective, renoncer à la paternité pour ce choix de vie paraît anodin, vu l’évolution du monde. Toutefois, l’amour de Dieu et le désir de servir le prochain en restent le fondement. En effet, tournés vers le Christ à travers le symbolisme du cœur, les disciples de St Jean Eudes font de Jésus, le cœur de Marie et le centre de son existence.
A travers cet appel, Dieu leur permet de participer à son dessein d’amour pour le monde: « Qui enverrai-je, qui sera notre messager? » Le prophète répond: « Moi, je serai ton messager, envoie-moi » (Is 6,8). Ainsi, les appels sont nombreux et variés. Dans la congrégation de Jésus et Marie, l’histoire de chacun est unique. Si certains ont la vocation depuis la tendre enfance, d’autres l’ont expérimentée au détour d’une retraite spirituelle ou d’une expérience de vie. L’essentiel est leur dévotion totale à Dieu et leur attachement à la vie fraternelle tout en mettant de côté tout ce qui est contraire au plan divin. « Je travaillais avant de recevoir l’appel du Christ. Du coup, j’ai demandé une mise en disponibilité et j’ai fait la demande d’entrer en congrégation. Une fois intégré, j’ai suivi la formation de bout en bout. J’ai terminé le reste de ma formation à Saint-Gall qui, à l’époque, était dirigé par les Sulpiciens. A la fin, j’ai eu mon ordination à Abidjan », relate le père Séverin Lath, vice-provincial des Eudistes d’Afrique.

La foi a germé comme une graine

Le père Roger Médji, pour sa part, a reçu l’appel de Dieu depuis son enfance. Mais il a été dissuadé par ses proches qui lui ont fait comprendre que la vie religieuse est réservée uniquement à une certaine classe de la société dont il ne fait pas partie. C’est plusieurs années plus tard, souligne-t-il, au détour d’une conversation avec un père diocésain qu’il a pu avoir la chance d’intégrer la congrégation des Eudistes. Aujourd’hui, il exprime sa fierté de voir son rêve devenu réalité. Outre la vie de communauté qu’ils mènent, la spiritualité des frères eudistes les distingue des autres congrégations. «Nous sommes au cœur du cœur, c’est-à-dire que nous avons une vie orientée vers la miséricorde. Nous sommes plus proches surtout de ceux que la société rejette », ajoute le père Roger Médji.

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Une vie de prières

Au nombre d’une cinquantaine, les Eudistes du Bénin mènent une vie faite de prières et d’enseignements. Parfois, le regard de la société moderne tend à influer sur leur vie, mais ils restent fermes dans la foi. Désignés comme des missionnaires de la divine miséricorde, ils ont pour rôle de distribuer les trésors de Dieu aux misérables. Ils ont choisi de vivre la vie tel que Saint Paul l’affirme dans sa parole : « Je vis, mais ce n’est plus moi, c’est Christ qui vit en moi », Gal 2,20. Fidèles au charisme de Saint Jean Eudes de former de bons ouvriers de l’Évangile et des disciples-missionnaires, les Eudistes peuvent compter sur l’appui de nombreux laïcs pour les accompagner dans toutes leurs missions apostoliques. L’inspiration de toutes ces missions et œuvres, c’est St Jean Eudes dont la naissance est marquée par plusieurs contextes.

Les Eudistes, au commencement …

Le royaume de France venait de sortir d’une guerre de Cent ans entre catholiques et protestants avec des conséquences dramatiques économiquement, socialement, moralement, religieusement et bien entendu politiquement. Durant ses 79 ans de vie, Jean Eudes apportera des solutions qui auront des échos indélébiles. Né le 14 novembre 1601, Jean Eudes grandit et reçoit de ses parents et d’un prêtre de la région une éducation chrétienne. Son père l’envoie faire ses études dans une ville appelée Caen au collège des Jésuites. Durant cette jeunesse paisible, un évènement va le marquer : c’est sa première communion, un jour de Pentecôte. A douze ans, il décide de consacrer son corps par le vœu de chasteté. Ce jeune se laisse alors saisir par le mystère divin et il consent effectivement à se laisser conduire par Dieu. C’est ainsi qu’il décide de devenir prêtre. Il entre à l’oratoire de Paris, le 25 mars 1623 et fut ordonné prêtre le 20 décembre 1625. Il commence son travail dans les missions paroissiales dès 1628, trois ans après son ordination, après avoir connu l’épreuve de la maladie durant deux ans. Peu à peu, il y apporte de nouvelles méthodes, avec des prêtres en famille ou bien des réunions pour les prêtres diocésains.
Ces missions tiennent une place remarquable dans la vie de Jean Eudes, non seulement par leur nombre, mais aussi et surtout par ce qu’elles suscitent en lui: il y manifeste un zèle pour le salut des âmes. C’est là, dans le contact familier avec tant de personnes, dans les villes et encore plus dans les villages que Jean Eudes prend conscience de la réalité de la vie des hommes et des femmes de son siècle avec leur pauvreté et leurs attentes. Il voit aussi l’indulgence de la foi et écrira avec beaucoup d’émotion: « C’est une chose déplorable à larmes de sang, de voir que, d’un si grand nombre d’hommes dont la terre est peuplée, qui ont été baptisés et par conséquent admis au rang des enfants de Dieu, des membres de Jésus-Christ et des temples vivants du St Esprit, et obligés à mener une vie conforme à ces divines qualités, il y a néanmoins beaucoup plus qui vivent comme des bêtes, des païens et même des démons, qu’il n’y en a qui se comportent en véritables chrétiens ».
Lorsque la peste sévit dans la Normandie, Jean Eudes ne se pose pas de questions, il fonce auprès des malades, comme la miséricorde qui se laisse saisir et tend la main. Jean Eudes assiste les pestiférés jusqu’à leur mort. Il se met à l’écart avec ceux qui sont tant redoutés. Trois ans plus tard, il recommence logeant dans un des grands tonneaux qu’utilisent les paysans normands. Cette expérience montre de façon manifeste un trait de sa personne, son attention aux petits, aux délaissés, aux mal-aimés. Sa présence auprès des souffrants va le façonner. Lors de ses missions, Jean Eudes voit la misère de nombreuses femmes, en particulier les prostituées qui attendent une main tendue pour retrouver la dignité de leur vie. Ainsi en 1641, lors d’une vive interpellation en pleine ville de Caen, Jean Eudes décide d’ériger une véritable maison pour les accueillir, loger et instruire : c’est le début de la congrégation de Notre Dame de la Charité. Et par la suite, il fonde au jour de la solennité de l’Annonciation, la société de prêtres, c’est-à-dire la Congrégation de Jésus et Marie encore appelée les pères eudistes.

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Prière et travail

Comme beaucoup de congrégations, le quotidien des Eudistes rime avec prière et travail. Tous les jours, avant l’aube, les frères se réunissent pour chanter la liturgie des heures. Cette liturgie commence par l’office des vigiles. Ensuite, vient la messe matinale qui leur permet de louer le Seigneur, de lui confier le monde et ses bassesses. « Lorsque nous nous levons les matins, la première des choses auxquelles nous nous adonnons, c’est la prière. Nous louons le Seigneur et nous lui disons merci pour la nuit qu’il nous a donnée et la journée que nous allons démarrer. Ensuite, nous suivons la messe matinale. A cette eucharistie, nous offrons le monde et nos activités au Seigneur. A défaut de se voir à midi, tout le monde se retrouve le soir et on célèbre les offices ensemble, on s’amuse et on passe au lit», fait savoir le père Séverin Lath. Le travail de la journée est le deuxième pilier des Eudistes. Prêtres attentifs aux sans-voix, les Eudistes exercent quotidiennement leur apostolat notamment en paroisses, dans des établissements catholiques d’enseignement, dans des séminaires et centres spirituels proposant divers types de retraites.
Par ailleurs, nombre d’entre eux ont des missions complémentaires : prédication de retraites, animation de foyers d’étudiants et accompagnement de groupes. « Il y a certains qui sont dans les champs de la spiritualité et d’autres sont des formateurs de séminaires et des enseignants à l’université», précise-t-il.

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Les préalables pour un candidat

Tout au long de sa formation, tout aspirant qui désire servir le Christ est en lien avec une communauté eudiste. Comme les séminaristes diocésains, l’aspirant est formé au ministère presbytéral selon les modalités. Au cours de sa formation, il vit une année spéciale d’approfondissement de la vie communautaire et de la mission eudiste. « Les Constitutions de la congrégation de Jésus et Marie demandent un temps de probation d’au moins quatre années qui permettent un discernement sur l’aptitude à vivre la mission dans l’esprit communautaire eudiste. La probation, ainsi nommée par saint Jean Eudes, est la période initiale de formation à la vie eudiste», explique le vice-provincial. La formation au cours de la probation a pour but la croissance intégrale de la personnalité du candidat, dans une cohérence de plus en plus grande entre sa foi et sa vie, afin de favoriser la pleine réalisation de sa vocation dans le plan de Dieu. « Le temps spécial de probation prend place parmi les quatre années de probation qui précèdent l’incorporation d’un candidat eudiste à la congrégation de Jésus et Marie. Ce temps, d’environ une année, doit permettre un réel discernement sur l’aptitude à vivre la mission dans l’esprit communautaire eudiste », souligne le père Roger Médji. Ce temps doit permettre d’approfondir la spiritualité de St Jean Eudes, de découvrir les communautés eudistes et la congrégation comme société de vie apostolique internationale, d’entrer dans l’esprit des Constitutions et de vivre une expérience communautaire avec d’autres candidats. Une fois la période de probation achevée, l’incorporation marque l’entrée définitive du candidat dans la congrégation pour le service de l’Église.