Conseils @visés : les Violences basées sur le genre, un autre regard sur la question

Par La Redaction,

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Les Violences basées sur le genre (Vbg) touchent environ 70 % de femmes et de filles au Bénin. Malgré la mise en place d’un arsenal juridique et de centres d’accompagnement, le phénomène perdure et semble même prendre de l’ampleur sous une forme plus pernicieuse : les violences psychologiques qui ne laissent certes pas de traces physiques mais laissent plus de séquelles. Il nous a semblé opportun d’aborder la question sous un angle différent afin de tenter des approches de solutions différentes. C’est à travers un entretien avec Houètèhou C. Franck Hounsa, directeur exécutif de l’Ong Divine Connexion Worldwide active dans la protection et la promotion des personnes atteintes d’albinisme, la théologie, la traduction anglais-français-fon et la formation en anglais et en traduction.

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1) Selon vous, pourquoi les Vbg persistent-elles ?

Il est difficile de répondre d’un trait à la question. Je pense plutôt que beaucoup de facteurs contribuent à la persistance des violences basées sur le genre au Bénin. J’en citerai quatre.

– La mauvaise compréhension du concept de chef

Notre société étant patriarcale, nous admettons presque à l’unanimité que le chef du foyer c’est l’homme. Je me rappelle encore que le jour de mon mariage civil, le chef d’arrondissement nous a cité un article du Code des personnes et de la famille qui soulignait clairement que « l’homme est le chef du foyer ». Malheureusement, nombre d’hommes confondent l’autorité à la tyrannie, transformant leur épouse en un simple objet ou animal domestique qui n’a d’autre choix que de subir les pires humiliations de leur part. A moins d’être masochiste, aucune femme ne peut accepter vivre ainsi. De même, certaines femmes qui ont grandi avec un père autoritaire se diront qu’elles ne se laisseraient jamais faire. Du coup, tous les actes posés par le mari sont perçus comme des actes de brimade. Madame interprète tout en utilisant « la loupe » de la violence. A force d’agir ainsi, elle peut finir par exacerber son mari et cela peut dégénérer.

– Le féminisme 2.0

Je ne sais plus trop si je suis l’auteur de ce concept ou si je l’ai lu quelque part. J’appelle donc « Féminisme 2.0 »
ce mouvement né ces deux ou trois dernières années sur internet et qui met tous les hommes dans le même paquet. Ce mouvement est dirigé par des filles qui se disent émancipées. Ce sont elles les meilleurs coaches en ligne. À les lire ou à visualiser leurs vidéos en ligne, on se croirait en Europe. Le problème, c’est que même après quarante-et-un jours de jeûne et prière, il restera difficile pour tout homme d’avoir de telles femmes sous leur toit. Quand ils essayent, les violences conjugales s’y invitent aussi rapidement que possible. La plupart du temps, ces coaches autoproclamées ne sont pas en couple, elles ne prennent aucun cours sur la vie de couple, l’entrepreneuriat ou encore les relations humaines, mais ce sont elles qui sont les meilleures conseillères sur la toile. Cordonnières mal chaussées, elles induisent nombre de jeunes filles innocentes en erreur. Puisque ces dernières ne sont pas dans la vision de ne pas se marier, elles rentrent dans une relation avec quelqu’un sur la base de leur nouvelle philosophie. Et bonjour les dégâts. Les choses commencent par les violences verbales et psychologiques, les tortures morales et finissent par les coups.

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– Le manque de formation

Quand on veut devenir maçon, on va en apprentissage. Quand on veut devenir médecin, on va à l’école de médecine… Quand on veut aussi se marier, il faut forcément aller à l’école du mariage. Il est vrai que nous avons grandi dans une famille. Mais ce n’est pas tout ce que les parents faisaient qui étaient bien. Le psychologue américain Don Schmierer, dans son livre Guérir des blessures du passé, a démontré que tout enfant qui a grandi auprès des parents habitués à des violences conjugales, quand bien même il aurait détesté ces violences de toute son âme, risque fort bien de reproduire la même chose dans son foyer s’il n’en est pas guéri. Mais comment peut-il en être guéri s’il n’en parle pas avec un spécialiste pour l’aider ? Comme le martèle souvent le Dr. Augustin Ahoga au cours de ses conférences au profit des couples, « comment vouloir aller quelque part où vous voulez passer le reste de votre vie sans vous y préparer alors qu’en allant au marché, vous prenez le temps de lister tout ce que vous y allez chercher ? » Aujourd’hui, il existe de vraies écoles de préparation au mariage qui font un travail remarquable en la matière. Il suffit de se renseigner. La mode aujourd’hui, c’est qu’on se retrouve à un carrefour un soir et en moins d’un mois, sans en informer aucun parent, on commence à « sortir ensemble ». Et c’est la grossesse qui signe le « mariage » ! Qui connait ce beau monsieur ? Qui connait cette belle fille ? Personne ! Dans ces conditions, quand cela ne marche plus on essaiera de tout camoufler jusqu’au jour où le pire arrive ! Dieu nous en épargne.

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– Le manque de sérieux dans l’éducation des garçons dans beaucoup de foyers

Quand une fille naît, on sait qu’elle finira par se marier. Nous ne sommes pas dans ces circonstances où décider de ne pas se marier est toléré. Ici, une fille doit aller rejoindre un homme au temps convenable. Alors, pour éviter la honte à la famille, autour de vingt ans, la mère commence déjà à initier sa fille aux exigences du mariage. Ma mère disait tout le temps à ses filles qu’une fille ne doit pas rester au lit jusqu’au lever du soleil. Balayage, vaisselle, lessive, cuisine, elles devaient apprendre à tout faire. Evidemment, nous autres avions aussi été initiés aux travaux cités ci-dessus. Mais ce n’était pas avec les mêmes arguments. Nous étions quatre garçons avant notre première jeune sœur. Alors il semble que nous n’avions pas eu d’autre choix que d’être associés à ces tâches dès notre tendre enfance pour aider maman. Mais, que les filles seules soient formées à ces choses n’est pas encore le pire car si elles sont bien formées, elles ne demanderont jamais à leurs hommes de venir faire la vaisselle par exemple (Attention ! Ce n’est pas un crime de demander à son homme de bien vouloir vous porter un coup de main). Le pire, c’est que les parents oublient d’apprendre aux garçons comment être un homme. Un homme, ça ne fait pas que regarder la télévision pendant que les filles s’échinent à la cuisine. Un homme, ça aide les filles (et sa femme plus tard). Un homme, ça réfléchit à comment aller chercher le pain pour lui et pour sa famille, ça protège son épouse et sa progéniture… Un homme, c’est un chef et non un patron. Un homme donne le modèle d’amour et permet à sa famille de le suivre. J’ai l’impression que plusieurs parents négligent ces aspects et pensent peut-être de façon non consciente que les filles s’éduquent à la maison mais les garçons deviennent des hommes responsables d’eux-mêmes. Quand on n’est pas formé, … on ne peut donner que ce que l’on a. Madame n’est pas d’accord et de querelles en querelles, les violences s’invitent dans le foyer.

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Par Lhys DEGLA

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