Conséquences de la guerre en Ukraine : Le Bénin subira-t-il la crise alimentaire annoncée ?

Par Reine AZIFAN,

  Rubrique(s): Actualités |   Commentaires: Commentaires fermés sur Conséquences de la guerre en Ukraine : Le Bénin subira-t-il la crise alimentaire annoncée ?

Identifier les solutions alternatives pour ne pas subir passivement, les conséquences de cette guerre

La guerre en Ukraine avec son lot de sanctions infligées à la Russie, fait craindre aujourd’hui une crise alimentaire mondiale. Les deux pays en conflit, la Russie et l’Ukraine, constituent un immense grenier mondial dont dépendent de nombreux pays. Au-delà des craintes et appréhensions, certains pays ont commencé à identifier les solutions alternatives pour ne pas subir passivement, les conséquences de cette guerre, en particulier au plan alimentaire.
La première conséquence de cette guerre ressentie à travers le monde est la hausse des prix du blé, du pétrole et du gaz. Au Bénin, le gouvernement a pris une batterie de mesures pour endiguer la cherté de la vie. Ces mesures à effet immédiat visent à atténuer la souffrance des populations dont le pouvoir d’achat ne cesse de s’éroder. Plus que la cherté de ces produits importés, c’est surtout leur éventuelle indisponibilité qui fait peur dans certains milieux. Cela concerne notamment les engrais dont ne peut se passer le secteur agricole au Bénin.
La Russie ayant recommandé aux fabricants de fertilisants d’interrompre leurs exportations de manière temporaire, la pénurie d’engrais qui se faisait ressentir depuis la crise sanitaire de Covid-19 risque de s’aggraver. L’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (Fao), rappelle que « En 2021, la Russie était le premier exportateur d’engrais azotés et le deuxième fournisseur d’engrais potassiques et phosphorés ».
Au sujet de la disponibilité des engrais, le ministre d’Etat chargé de l’Economie et des Finances, Romuald Wadagni, a confirmé dimanche, lors d’une sortie médiatique, que la menace est réelle. Il a, en outre, rassuré que le gouvernement a pris toutes les dispositions nécessaires pour que la campagne agricole 2022-2023 se déroule sans accroc.
Déjà en décembre dernier, les ministres en charge de l’Agriculture et du Commerce de l’Union économique et monétaire ouest africaine (Uemoa) ont adopté, lors d’une réunion tenue à Cotonou, d’importantes recommandations pour faire face à la flambée des prix des engrais chimiques sur le marché international. Les gouvernements ont été invités à anticiper sur les crises alimentaires que pourrait entraîner cette flambée des prix des engrais chimiques qui fait craindre une baisse de la productivité et une insécurité alimentaire sévère, notamment en Afrique de l’Ouest fortement dépendante des importations d’intrants.

LIRE AUSSI:  Télécommunications: La convention entre l'Etat béninois et Bell-Bénin révoquée

Quid de l’autosuffisance
alimentaire ?

Le Bénin, avec toutes ses ressources agricoles, devrait-il redouter une crise alimentaire ? Depuis plusieurs années, des actions ont été engagées pour assurer l’autosuffisance alimentaire. Selon le rapport national sur le développement humain 2015, « le Bénin est globalement autosuffisant au plan alimentaire sur la décennie 2004-2013. Le taux d’autosuffisance alimentaire est égal à 91,7 % sur cette période». Depuis lors, la production céréalière et celle des racines et tubercules ont connu une certaine croissance. Les statistiques du ministère de l’Agriculture indiquent que la production du riz a doublé entre 2015 et 2020 passant de 204 310 à 411 578 tonnes en 2020 ; la production de maïs a connu une hausse de
25 % entre 2015 et 2020 en passant de 1 286 060 à 1 611 615 tonnes. Il en est de même pour le manioc dont le niveau de production a connu un accroissement de 21 % entre 2015 et 2020 passant de 3 420 665 à 4 161 660 tonnes en 2020. Pour sa part, la production halieutique a plus que doublé passant de 40 730 tonnes en 2015 à 89 249 tonnes en 2019.
Au regard de ces volumes de production, on estime au ministère en charge de l’Agriculture, que « le Bénin est autosuffisant en igname, manioc, maïs, soja. Toutefois, il est pour le moment déficitaire en sorgho, niébé, arachide et riz. Pour le riz, la tendance sera inversée dans quelques années quand nous aurons atteint le million de tonnes de paddy ».
Cependant, l’autosuffisance alimentaire à elle seule ne suffit pas à assurer aux populations la sécurité alimentaire. En effet, l’autosuffisance alimentaire repose sur la disponibilité des produits tandis que la sécurité alimentaire repose non seulement sur la disponibilité, mais également sur trois autres éléments à savoir l’accessibilité, la stabilité des approvisionnements et l’utilisation des aliments.
Comme il a été constaté ces dernières années, les crises ont l’avantage de révéler la capacité de résilience des pays. L’avènement de la Covid-19 a permis à beaucoup de pays de revoir leurs stratégies de production à l’interne en vue de réduire au minimum la dépendance vis-à-vis de l’extérieur. Le conflit entre la Russie et l’Ukraine qui vient exacerber la situation déjà inquiétante, peut être une opportunité pour les pays africains d’innover, de revoir leur mode de consommation, de puiser dans leurs ressources internes pour renforcer leurs capacités de production.