Consommation de manioc : Un remède pour traiter le cancer de la prostate ?

Par Fulbert Adjimehossou,

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La recette-miracle est détaillée au milieu d’un long texte comme une bonne nouvelle pour ceux qui ont des problèmes de prostate. « Faites cuire le manioc au feu de charbon ou de bois. Ne pas couvrir la casserole. Laissez la vapeur s’évaporer librement. Vous pouvez manger le manioc cuit avec n’importe quel ragoût de votre choix », précise la publication relayée sur de nombreuses pages Facebook.

D’où vient la publication ?

Le message a été même repris par certaines personnalités béninoises en 2018 et 2021. Les recherches effectuées révèlent que c’est une vieille publication datant de 2018. Elle est souvent accompagnée de ce témoignage : « M. Pereira, un homme de 70 ans, a reçu un diagnostic de cancer de la prostate. (…) Après avoir mangé du manioc pendant une semaine, sa situation a commencé à s’améliorer. Et après un mois de consommation de manioc chaque matin, le résultat de son test de Psa est passé de 280-290 à 5,89 ».

La B17, un anti cancer ?

Les auteurs de la publication mettent en exergue la B17, appelée Amygdaline. Ils soutiennent que « Lorsqu’elle est combinée à une enzyme de cellule cancéreuse, la B17 se transforme en 1 sucre, 1 benzaldéhyde et 1 acide cyanhydrique. Cet acide cyanhydrique tue les cellules cancéreuses localement. Les graines d’abricot et de manioc contiennent toutes deux de la vitamine B17 ».

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C’est vrai. La B17 est le nom d’un composé semi-synthétique apparenté à l’amygdaline, un glycoside cyanogène (producteur de cyanure) des noyaux d’abricots. Selon cette publication de Cancer Association of South Africa (Cansa), « le laetrile et l’amygdaline sont promus sous divers noms pour le traitement du cancer bien qu’il n’y ait aucune preuve de son efficacité ».

Attention !

Dans la même publication, le Cansa émet des réserves. En raison d’empoisonnement possible au cyanure, le laetrile et l’amygdaline ainsi que la soi-disant vitamine B17 peuvent être dangereux », renseigne le Cansa. Dans une autre publication en date du 13 avril 2021, des chercheurs de l’Université de Californie mettent en garde dans leur étude. « Il a une activité anticancéreuse d’une part et peut être toxique via la dégradation enzymatique et la production de cyanure d’hydrogène d’autre part. Malgré de nombreuses contributions sur les lignées cellulaires cancéreuses, les preuves cliniques de l’activité anticancéreuse de l’amygdaline ne sont pas entièrement confirmées. De plus, l’exposition à de fortes doses d’amygdaline peut produire du cyanure toxicité », préviennent-ils

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L’avis d’un cancérologue

Contacté par La Nation, Dr Serpos Dossou, Oncologue et Radiothérapeute émet des réserves. Après avoir pris connaissance de la publication qui circule, il fait remarquer qu’il faut distinguer le cancer de la vessie du cancer de la prostate. « La prostate peut être aussi source d’infection dont la conséquence, c’est des urines fréquentes. On ne saurait confondre des urines fréquentes à un cancer de la vessie ou de la prostate », a-t-il souligné.

En ce qui concerne la consommation de manioc pour traiter le cancer de la prostate, il n’est pas encore démontré, dit-il, que le manioc serait un remède. « Le traitement du cancer de la prostate est bien codifié et répond à des règles précises. Le mécanisme physiologique de destruction des cellules cancéreuses par la vitamine B17 décrit dans ce texte n’est pas vrai et n’est pas validé. Du coup, il n’est pas conseillé d’user de ce traitement », conseille l’oncologue aux internautes. Il finit en invitant les hommes à se faire dépister, à partir de l’âge de 45 ans, pour un cancer de la prostate par le toucher rectal et le dosage du Psa qui sont les normes actuelles de dépistage.

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Verdict :

Il n’est pas scientifiquement démontré que la consommation de manioc est un remède contre le cancer de la prostate.