Cotonou : La durabilité de la ville analysée par Prof. Michel Boko

Par Fulbert Adjimehossou,

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Une ville en zone humide peut-elle être durable ? Le sort de Cotonou préoccupe si bien Prof. Michel Boko, climatologue, actuel secrétaire perpétuel de l’Académie nationale des sciences, arts et lettres du Bénin.

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« On aurait pu construire une ville durable et intelligente. Mais on ne peut refaire l’histoire». Cette conclusion a presque suscité l’émoi, lors du café scientifique organisé le 1er février 2022, par l’Agence béninoise pour l’Environnement, en marge de la journée mondiale des zones humides. Et comme on pouvait s’y attendre, toutes les interventions se sont focalisées sur l’avenir de la capitale économique, dans un contexte de réchauffement climatique, avec son corollaire d’avancée de l’océan. Mais il faudra chercher avant tout à comprendre les racines du mal. Selon le chercheur, lorsque le roi Guézo cédait le site de Kutonu (les rives du fleuve de la mort) aux marchands français en 1830, ce n’était qu’une succession de cordons de sableux et de vasières, périodiquement submergés par les débordements du lac Nonxwé (Nokoué). « Ces cordons ont été édifiés lors des transgressions et des régressions de l’océan Atlantique qui se sont succédé au Quaternaire, de l’Inchirien au Subactuel. Ces mouvements eustatiques, amplifiés par le jeu des failles parallèles au rivage, ont créé une zone humide constituée d’accumulations dunaires encadrant des vasières, avec des altitudes variant entre – 40 cm et + 8 m par rapport au niveau moyen de la mer », a-t-il fait remarquer. Suivant cette genèse, le site est impropre à un développement urbain durable, au regard, selon le climatologue des menaces d’élévations du niveau de l’océan dans la perspective d’une poursuite du réchauffement climatique. Pourtant, Cotonou est devenue la plus grande ville du Bénin.

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Une planification manquée

Il y a 30 ans, c’est-à-dire le 7 février 1992, un arrêté pris par le ministre Eustache Sarre devrait permettre de réduire les risques. Ledit arrêté, pris en application des textes de la période coloniale, définissant les zones impropres à l’habitation. « L’application littérale de cet arrêté devrait conduire à raser le tiers des bâtiments de Cotonou, dont des bâtiments d’habitation à plusieurs niveaux érigés au milieu des marécages », regrette Prof. Michel Boko pour qui une cartographie détaillée du site de Cotonou, permettrait de constater que plus de 30 % de la superficie du site actuel de Cotonou se situe sur des vasières remblayées. « Les traces des anciens marécages remblayés sont encore présentes entre Gbégamè et Vodjè et Cadjehoun, entre Aïdjêdo et Gbèdjromèdé, entre Sacré-Cœur et Agbato, entre Abattoir et Tchankpamè, entre la place de l’Etoile Rouge et carrefour Akossombo.
Dans son exposé, le chercheur a démontré que les contraintes à l’aménagement urbain font partie de la nature même du site. C’est en réalité, après les inondations de 1962 que les premiers travaux d’assainissement ont été entrepris. Ce fut la mise en place des premiers caniveaux dits Sofra du nom de la société qui les a réalisés. Mais il a fallu attendre les années 80, après les grandes inondations de 1979, pour voir les extensions et la mise en place des grands collecteurs à ciel ouvert permettant l’évacuation des eaux pluviales et d’inondation, aussi bien vers le lac que vers l’océan.

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Les pressions du réchauffement climatique

Alors, l’avenir de Cotonou ne pourrait être planifié, sans la prise en compte des menaces du climat. Deux scénarios ont été identifiés par les chercheurs. Celui optimiste prévoit la perte en débit des cours d’eau tributaires du lac. « Corrélativement, les inondations deviennent moins dangereuses, mais cela n’augmentera pas l’espace disponible pour l’extension de la ville, car elle est déjà figée dans ses limites administratives, débordant à l’ouest où elle forme une conurbation qui s’étend jusqu’à la limite de la forêt classée de Awikodji, à l’est jusqu’aux marécages de Sèmè, et vers le nord-ouest jusqu’au-delà d’Abomey-Calavi en direction d’Allada », explique Michel Boko pour qui ce scénario est peu réaliste. « Dans les mécanismes des changements climatiques, le réchauffement est plus certain que la diminution des abats pluviométriques, qui est variable selon les configurations géographiques et le jeu des grands courants océaniques et aériens », ajoute-t-il.
Et si l’on s’en tient au second scénario, très préoccupant d’ailleurs, l’élévation du niveau moyen de l’océan mondial devient une menace pour la ville. « La ville de Cotonou en aurait encore pour 40 à 200 ans, selon les scénarios, avant d’être engloutie par une remontée des eaux souterraines dans les espaces interdunaires qui occupent 40 % de la superficie de la ville, mais aussi une accélération de l’érosion côtière et les intrusions salines. Dans ce scénario qui semble être le plus probable, la ville de Cotonou ne semble pas promise à une longue durée de vie », relève le climatologue. La problématique semble devenir un dilemme. Surtout que le chercheur finit par cette question : « N’est-il pas plus coûteux aujourd’hui d’aménager et d’entretenir les infrastructures d’une ville vouée à une mort quasi certaine au lieu de la délocaliser sur le plateau tout proche, en créant un port fluviatile sur le lac, en agrandissant et en stabilisant le chenal d’accès? Le débat devrait peut-être se poursuivre, avec les politiques.