Coups mortels/ 12e dossier: Samuel Ezin acquitté après quatre ans de prison

Par Valentin SOVIDE, AR/Zou-Collines,

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La cour d’assises de la cour d’appel d’Abomey a jugé la douzième affaire inscrite au rôle, mercredi 30 mai. Il s’agit d’une affaire de coups mortels. Dans le box des accusés, Samuel Ezin. L’arrêt de la cour l’acquitte au bénéfice du doute.

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Après avoir pris connaissance de la décision de la cour qui l’acquitte au bénéfice du doute, le vieux Samuel Ezin se met à genoux pour remercier son avocat Me Jean-Claude Gbogblénou. Tellement il est ému qu’il ne se maîtrisait plus. Il remercie dans la foulée tout le monde. En effet, la cour, après avoir examiné le dossier dans le fond, a acquitté l’accusé Samuel Ezin au bénéfice du doute. Elle ne le reconnaît pas coupable des coups mortels. Un verdict qui a provoqué une grande joie au sein des parents de l’accusé présents et un grand soulagement pour son avocat qui a plaidé pour cet acquittement parce que « le dossier contient trop de doutes bien épais ».
La joie de retrouver les siens et le vent de la liberté se lisait sans peine sur le visage de l’accusé. Dans quelques jours, il aura 80 ans. Et il doit réapprendre à vivre en famille après avoir fait l’expérience de quatre ans de vie carcérale. Une vie à laquelle il ne se savait pourtant pas prédestiner, mais qui s’est imposée à lui comme un coup du diable. Ce jour où le drame s’est produit, il était loin de s’imaginer que c’est son sort qui venait d’être ainsi scellé. Et pourtant !
Ce jour de septembre 2014, le sieur Michel Atékotan, 60 ans, s’approche d’une petite fille (6 ans) de Samuel Ezin pour connaître le petit nom indigène de ce dernier. Ayant été informé de ce geste du sieur Michel Atékotan, Samuel Ezin est convaincu que le but de cet acte est bien de l’envoûter. A 75 ans, il est quand même averti de certaines pratiques occultes. Alors, il ne perd pas le temps. Il se porte au domicile de Michel pour l’interpeller à cet effet. Sur les lieux, il trouve une chicotte par terre qu’il ramasse et se met à fouetter Michel sur sa cour. Puis quelques jours après, Michel décède. Sa famille informe le vieux Samuel et lui demande de prendre en charge les dépenses relatives aux obsèques s’il ne veut pas être dénoncé à la gendarmerie. Samuel leur répond que le coup qu’il lui a porté ne peut en aucun cas entraîner sa mort.
Face à son refus, il est dénoncé à la brigade. Arrêté, il sera inculpé quelques jours plus tard pour coups mortels sur la personne de Michel Atékotan.
Déposant à la barre, mercredi dernier, Samuel répète qu’il n’a donné qu’un seul coup à la victime et qu’il ne croit pas que cela soit la cause de sa mort. Puis il poursuit en indiquant qu’après ce coup, il avait encore retrouvé Michel aux obsèques d’un parent à plus de cinq kilomètres de leur localité. Il se souvient qu’à l’occasion la victime ne faisait que boire de l’alcool et refusait de manger. Et c’est bien des jours après son retour qu’il est mort.
Le président de la cour, Delphin Chibozo lui rappelle que des témoins de la scène ont indiqué au cours de la procédure que c’est bien plusieurs coups qui ont été assénés à la victime et même avec un petit bâton fétiche. « Jamais ! » rétorque l’accusé. « Je lui ai porté juste un seul coup avec une chicotte ramassée sur sa cour », précise-t-il.
Après plusieurs heures de questions-réponses et de démonstrations juridiques, l’avocat général Eric Edjrossè Fidématin devait prendre ses réquisitions. D’abord, il reconnaît le caractère sacré de la vie que nul n’a le droit de supprimer. Et quand cela arrive, la société met tout en œuvre pour élucider les circonstances de sa survenue. Et c’est bien ce qui a été fait dans le cas du décès de Michel. Mais, dans le dossier rien ne prouve que l’intéressé soit décédé suite aux coups qui lui ont été portés. D’ailleurs, après l’incident, il était à une cérémonie d’enterrement où il a été aperçu bien éméché. Des jours, après son retour, il se plaint de douleurs avant de rendre l’âme. Le comble en est qu’après sa mort, le médecin ayant inspecté le cadavre n’a constaté aucune lésion sur la dépouille concluant de ce fait que la cause de la mort n’est nullement apparente. Et que seule une autopsie pourrait dire avec précision la cause du décès.
L’avocat général Eric Edjrossè Fidématin fait remarquer que le ministère public qu’il a la lourde responsabilité de défendre à cette audience l’obligation aussi bien la victime que l’accusé. Il peut donc instruit à charge comme à décharge. Alors, ayant constaté l’absence des éléments constitutifs de l’infraction de coups mortels, il demande à la cour « d’acquitter l’accusé Samuel Ezin. Et ce serait justice rendue à la société ». Car, ajoutera-t-il, le rôle des assises n’est pas toujours de trouver les coupables, même quand il n’y en a pas. Mais plutôt de rendre justice à la société.
La défense représentée par Me Jean-Claude Gbogblénou salue l’élégance et l’honnêteté intellectuelle de la cour notamment de l’avocat général qui reconnaît la vacuité du « dossier qui ne contient que des doutes bien épais ». Il abonde ainsi dans le même sens que le ministère public pour indiquer à la cour que dans le dossier, il n’y a aucun lien de causalité entre la mort de la victime et les coups de fouet reçus. Il va plus loin en indiquant qu’en réalité, c’est la famille de la victime qui devrait être poursuivie pour non-assistance à personne en danger. Car, « elle ne l’a même pas transportée, ne serait-ce que dans un centre de santé pour les premiers soins ».
Pour Me Gbogblénou, l’accusé Samuel n’est coupable de rien. Il invite la cour à aussi constater l’évidence du doute épais pour le libérer afin de lui permettre d’aller se mettre en harmonie avec sa famille et lui-même avant de répondre à l’appel de son créateur?
Les Faits

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Le 3 septembre 2014 à Odo-Otchérè, situé dans l’arrondissement de Kèrè, commune de Dassa-Zoumè, le nommé Samuel Ezin, sous prétexte que Michel Otékotan venait de demander, auprès de l’une de ses petites filles, son prénom, certainement pour l’envoûter, s’est rendu à son domicile.
Une fois audit domicile, il l’interrogea sur les raisons de cette demande et n’ayant eu aussitôt de réponse, il se mit à le bastonner et ne cessa qu’après l’intervention de dame Denise Agbétou.
Quelques instants après, Michel Otékotan commença par se plaindre d’intenses douleurs corporelles et, en l’espace d’une semaine, il passa de vie à trépas.
Interpellé et inculpé de coups mortels, Michel Ezin reconnaît n’avoir porté qu’un seul coup de chicotte à la victime et soutient que son coup ne pouvait lui occasionner la mort?

Composition de la cour

Président : Delphin Chibozo
Assesseurs : Mohamed
Obonou / ThierryAhove
Jurés : Gérard Tossou, Paul D. Glèlè, Hortense M. Tossou et
Victorine Agbémahoué
Avocat général :
Éric Fidematin
Greffier : Olga Houeto-Aloukou

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