Coups mortels / 17e dossier: Martine Sambéni condamnée à 5 ans de réclusion criminelle

Par Valentin SOVIDE, AR/Zou-Collines,

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Une cérémonie de réjouissance pour rendre hommage à un parent défunt a tourné au drame. Un mort, la prison pour un enfant et sa mère, puis la famille est disloquée à jamais.
Martine Sambéni, 34 ans et mère de sept enfants et son époux Benoît S. Nambouani vivaient dans une ferme à Kilibo dans le département des Collines. Après leurs travaux champêtres, l’époux a décidé d’organiser en mémoire de son feu père une cérémonie d’hommage. Une cérémonie qui effectivement a eu lieu dans la nuit du dimanche 23 au lundi 24 février 2014. A cette cérémonie, était invitée la famille amie Sannougou qui vit aussi à Kilibo. Des moments de joie jusqu’au lendemain matin comme on sait le faire dans la communauté. Une cérémonie bien arrosée qui se termine par une bagarre rangée, d’un côté les mamans Sambéni et Sannougou et de l’autre les enfants des deux dames. La maîtresse de maison et son hôte se jettent l’une sur l’autre et les enfants font pareil. On se croirait dans un téléfilm. La cause de cette bagarre serait la disparition du portable de Martine, la maîtresse de maison. Elle accuse son hôte Adjoua assise à côté d’elle d’avoir dérobé le téléphone. Et la tension monte d’un cran pour finir dans une bagarre généralisée au cours de laquelle la fille Christine de la famille invitée reçoit des coups, certainement sur des parties sensibles du corps.
Voyant la situation dégénérer, le père de famille Benoît Nambouani intervient et sépare les parties en lutte en aidant la famille invitée à rentrer chez elle. C’est une fois à la maison que l’état de santé de la petite Christine, 13 ans, que les parents croyaient épuisée par la bagarre se dégrade. Elle est transportée dans un centre de santé qui, après les premiers soins, les réfère à un autre plus compétent à Papané. C’est dans ce dernier centre de santé que la petite a rendu l’âme le lendemain.
Informée du décès de la fille Christine, la famille Nambouani apprend aussi que la famille éplorée allait se venger. Pris de peur, Benoît et son épouse Martine prennent la fuite avec leurs enfants. Ils quittent nuitamment Kilibo pour se mettre à l’abri à Savè. Mais ils seront rattrapés par les gendarmes qui procèdent à l’arrestation de la mère Martine et son fils Emmanuel, 12 ans, qui s’était battu avec la victime Christine.
A la barre, Martine Sambéni n’a pas reconnu les faits. Elle déclare n’avoir pas pris part à une quelconque bagarre. Et qu’elle a été arrêtée et jetée en prison parce que les gens disent que c’est elle qui a envoyé son fils Emmanuel se bagarrer avec la victime Christine. Elle allègue également que ce sont les coups portés à la victime lors de cette bagarre qui a entraîné sa mort, alors qu’elle n’était concernée en rien par cette histoire.
A la question de savoir si elle n’avait pas aussi porté des coups à Christine, l’accusée Martine répond : « Non ! », ajoutant qu’elle n’était pas sur les lieux. A la question de savoir si elle n’avait pas perdu son téléphone lors de cette fête ? Elle répond encore : « Non ! » L’accusée se réfugie dans la négation. Elle ne reconnaît même plus ses déclarations à la gendarmerie comme devant le juge.
Son époux et son fils étaient présents dans la salle d’audience pour assister au procès de la mère de famille. Son fils Emmanuel avait été déjà jugé pour cette affaire dans une autre procédure spéciale et confié aux assistants sociaux pour sa réadaptation. Depuis deux ans, il est en apprentissage mécanique dans un centre d’accueil à Abomey.
Les deux, le père et le fils, seront séparément invités par la cour à témoigner. Ils donneront la vraie version des faits contredisants au besoin l’accusée. Ils ont reconnu qu’il y avait eu une bagarre généralisée et que la maman Martine était face à la maman Adjoua, mère de Christine, avec la nuance qu’elle n’a jamais porté de coups à la victime. La bagarre des mamans était d’un côté et celle des enfants de l’autre. Et Christine, la victime était dans la bagarre des enfants. Elle faisait face à Emmanuel, fils de Martine.
Après les questions et les réponses de l’accusée et de ses parents, le ministère public représenté par Jonas C. Konon devait prendre ses réquisitions en déplorant la loi de violence qui caractérise de plus en plus notre société, alors que nul n’a le droit de se rendre justice. L’accusée, pour se couvrir, se met dans la dénégation systématique, voire radicale, selon l’avocat général. Pourtant, estime-t-il, les éléments matériels qui fondent les chefs d’accusation sont là. Puis, il démontre que les éléments matériel, intentionnel et légal sont bien réunis dans ce dossier de coups mortels ayant causé la mort de la petite Christine. Il fait recours aux dispositions de l’article 309 alinéa 4 du Code pénal qui punit cette infraction et a requis la peine de 10 ans de réclusion criminelle contre l’accusée Martine.
La défense de l’accusée assurée par Me Gervais Houédété et Me Friggens Adjavon n’approuve pas les observations du ministère public qui, selon eux, n’a pas tenu compte des débats en suggérant une justice expéditive. « C’est à croire que nous avions perdu notre temps à faire tout ce débat », lance Me Adjavon. Pour les conseils de l’accusée, celle-ci a pourtant bel et bien dit devant la cour qu’elle n’a jamais porté des coups à la victime et que cette dernière s’était plutôt bagarrée avec son fils Emmanuel. « C’est cela la constance même, puisque l’époux et le fils l’ont également martelé devant la cour », rappellent les conseils de l’accusée.
Me Adjavon fait aussi observer que le dossier ne contient aucune prescription médicale concernant la victime encore moins un certificat de décès, ce qui crée davantage le doute qui devrait surtout profiter à l’accusée. Sur ce fait, les conseils de l’accusée demandent pour cette dernière l’acquittement pur et simple ou à défaut, au bénéfice du doute.
La cour délibère et déclare Martine Sambéni coupable des coups et blessures portés sans l’intention de donner la mort à la victime. La condamne à 5 ans de réclusion criminelle?

Les Faits

Dans la matinée du 24 février 2014, au cours d’une cérémonie rituelle organisée par Sanhouango Benoît Nambouani à Agboro-Kombo, arrondissement de Kilibo, en mémoire de son feu père, Martine Sambéni, l’épouse de celui-ci, a constaté la disparition de son téléphone portable et soupçonna de vol Adjoua Tagali qui était assise à côté d’elle. Une vive altercation s’en est suivie et ayant dégénéré en bagarre.
C’est alors que Christine Sannongou, âgée de 13 ans, qui vit sa mère en difficulté, alla à sa rescousse, mais elle fut tabassée par Martine Sambéni et son fils Nanwin Nambouani alias Emmanuel, âgé de 14 ans.
Evacuée au centre de santé de Kokoro pour les premiers soins, Christine Sannongou a été transférée le même jour à l’hôpital Saint Martin de Papané où elle rendit l’âme aussitôt après son admission.
Interpellée et inculpée de coups mortels, Martine Sambéni, après moult tergiversations, a fini par reconnaître les faits mis à sa charge?

Composition de la Cour

Président : Daniel d’Almeida
Assesseurs : Léopold Colli et Bienvenu Anagonou
Ministère public :
Jonas C. Konon
Jurés: GérardTossou, Paul D. Glèlè, Richard Tosseh et
Victoire D. Agbémahoué
Greffier : Alain ayikouéKakpo

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