Coups mortels, coups et blessures volontaires (5e dossier): Dix ans de réclusion contre Gaïsso Djida

Par Maurille GNASSOUNOU A/R Borgou-Alibori,

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Accusé de coups mortels et de coups et blessures volontaires, Gaïsso Djida était, lundi 5 août dernier, devant le Tribunal de première instance de première classe de Parakou siégeant en matière criminelle, à l’occasion de sa première session au titre de 2019. Mis sous mandat de dépôt depuis le 7 octobre 2013 et reconnu coupable pour les faits qui lui sont reprochés, il a été condamné à 10 ans de réclusion criminelle.

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Pour une cigarette refusée et qui ne coûte que 25 francs Cfa, le coupe-coupe a parlé. On est allé jusqu’à l’extrême. A l’arrivée, deux victimes ont été enregistrées dont l’une décédée sur-le-champ et l’autre qui s’en est sortie avec des blessures. Voilà jusqu’où la bêtise humaine peut conduire.
A l’enquête préliminaire et devant le magistrat instructeur, l’accusé Gaïsso Djida, cultivateur âgé de 30 ans, a été constant dans à la relation des faits. Mais à la barre, lundi 5 août dernier, il a développé une autre logique. Ce qui fait que le tribunal présidé par Ignace Adigbli a eu du mal à le comprendre sur certains aspects du dossier. Pour ce faire, il a dû lui rappeler quelques extraits de ses déclarations, avant de le condamner à 10 ans de réclusion criminelle.
En effet, alors que la victime décédée, Sambo Bio, a reçu trois coups de coupe-coupe au niveau de l’abdomen et de la cuisse, l’accusé estime lui en avoir asséné que deux. « J’avais l’intention de m’enfuir, mais les conditions dans lesquelles les choses se sont passées m’en ont empêché », a-t-il confié. « J’étais en colère, mais pas animé d’un esprit de bagarre, sinon je n’allais pas accepter de les suivre pour aller travailler avec eux. J’ai envoyé les coups sans viser des parties du corps », a poursuivi l’accusé, répondant aux questions du président Ignace Adigbli, de l’avocat général, Bachirou Assoumou Amadou et de son avocat-conseil, Générick Ahouangonou. A la barre, il a reconnu que tous avaient pris du Tramadol, avant de se rendre au champ. Les comprimés consommés leur ont été distribués par le grand frère de la victime, Djida Bio. Ce dernier a été blessé à la tempe et à l’avant-bras par l’accusé, alors qu’il tentait de les séparer.

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La passion de la vérité et de la justice

A l’audience, aucun témoin n’était présent. Il en est de même pour la partie civile, le grand frère de la victime et leur père étant entre-temps décédés.
Dans son réquisitoire, le représentant du ministère public, Bachirou Assouma Amadou, a trouvé inimaginable que, pour une cigarette, l’on puisse porter des coups de machette et en arriver à donner la mort et faire un autre blessé. Sous prétexte que la victime a refusé de lui offrir une baguette de cigarette, Gaïsso Djida a piqué une de ces colères, se faisant inculper pour coups mortels et coups et blessures volontaires. Ce sont des faits qui fondent donc son renvoi devant le Tribunal de première instance de première classe de Parakou et qui sont condamnés par les dispositions des articles 309 alinéa 4 et 311 alinéa 1 de l’ancien Code pénal. Selon l’avocat général, l’élément matériel de l’infraction de coups mortels réside dans les coups portés par Gaïsso Djida à la victime qui était bien portante. Etablissant le lien de causalité entre les coups et la mort de la victime, il a expliqué que le décès de Djida Bio est dû aux coups qu’il a reçus. « L’accusé n’a pas voulu la mort de la victime et n’a pas visé des parties de son corps. Mais il est évident que la victime est décédée sur- le-champ des suites des coups reçus », soutiendra-t-il.
Pour Bachirou Assouma Amadou, les faits reprochés à l’accusé répondent aux infractions de coups mortels et de coups et blessures volontaires. « Il en est donc l’auteur », a-t-il conclure, tout en rapportant que son bulletin N°1 du casier judiciaire ne porte mention d’aucune condamnation antérieure et que l’enquête de moralité lui est favorable. Selon le rapport d’expertise médico-psychiatrique et psychologique, l’accusé ne souffre d’aucun trouble pouvant abolir le contrôle de ses actes au moment des faits. Selon lui, Gaïsso Djida est responsable et, par conséquent, accessible à la sanction pénale. Il exclut toute circonstance atténuante à son égard, même s’il est un consommateur invétéré de cigarettes et de substances psychotropes. A la lumière de ses observations, Bachirou Assouma Amadou invite le tribunal à faire application des dispositions des articles 509 alinéa 5 du nouveau Code pénal et 311, alinéa 1 de l’ancien Code pénal, en lui infligeant 8 ans de réclusion criminelle.
« Nous ne connaissons qu’une seule passion, celle de la vérité et de la justice », a averti l’avocat-conseil de l’accusé, Me Générick Ahouangonou, tout en compatissant à la douleur de la famille de la victime. Il a souhaité que la décision du tribunal ramène son client au milieu des bonnes gens de la communauté. Mais avant, il a déploré que le ministère public n’ait pas intégré la pulsion qui s’est emparée de Gaïsso Djida au moment de la commission de l’acte, c’est-à-dire la colère qui l’a pris sous l’effet du Tramadol. Il estime être resté sur sa faim, après avoir pris connaissance du rapport d’expertise médico-psychiatrique et psychologique de son client. « Si ce n’est pas l’enquête préliminaire, il ne nous indique pas la raison pour laquelle Gaïsso Djida a agi ainsi. Il ne savait pas ce qu’il faisait. Il n’avait aucun sens de discernement », a-t-il assuré, en invitant le tribunal à faire une plus douce application de la loi.
Mais contre toute attente, le tribunal ne suivra ni le ministère public ni l’avocat de l’accusé, dans leurs positions.   Il condamne l’accusé à dix ans de réclusion criminelle. Ainsi, Gaïsso Djida a encore plus de 4 ans à passer derrière les barreaux.

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Des faits

Le jeudi 3 octobre 2013, au camp peulh Hounsana, dans le village Néganzi, arrondissement de Basso, commune de Kalalé, Gaïsso Djida, Sambo Bio et Djida Bio se sont rendus au champ pour le piochage. A 13 heures, ils ont observé une pause. C’est alors que Gaïsso Djida demanda une baguette de cigarette à Sambo Bio qui refusa pour la troisième fois. Face à ce refus, Gaïsso Djida énervé, asséna deux coups de coupe-coupe à l’abdomen et aux fesses de Sambo Bio qui rendit l’âme. Djida Bio qui voulait les séparer a également reçu deux coups de coupe-coupe de sa part.
Interpellé et inculpé du chef de coups mortels et de coups et blessures volontaires, Gaïsso Djida a reconnu les faits n