Covid-19 et le marché de l’assurance au Bénin

Par Collaboration extérieure,

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La pandémie de Covid-19 s’est manifestée pour la première fois à Wuhan, la capitale de la province de Hubei en Chine à l’orée de l’année nouvelle chinoise avant d’attaquer très rapidement l’Europe et les États-Unis et se répandre sur le continent africain comme une traînée de poudre. Cette pandémie a affecté à ce jour, plus de 3,3 millions de personnes dans le monde causant la mort de plus de 240 000 personnes dont 24 895 en France.

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Sur le plan économique, la propagation rapide du coronavirus impacte plusieurs secteurs d’activités dont celui des assurances.
La survenance de chaque phénomène catastrophique de nature effrayante fait naître chez l’homme le réflexe de recourir au mécanisme de l’assurance aux fins de réduire ou de pallier les effets créés par cette situation.
La crise sanitaire mondiale que nous connaissons actuellement avec le nouveau coronavirus n’échappe pas à ce principe.
• Quelles réponses les assureurs peuvent-ils apporter au plan assurantiel au Covid-19 ?
• Quelles sont les conséquences de cette crise sanitaire sur le secteur des assurances ?
Nous essaierons dans les développements ci-dessous d’apporter des éléments de réponses à ces interrogations afin d’éclairer l’opinion publique sur l’impact de cette crise sanitaire sur le secteur des assurances et surtout les mesures prises ou à prendre pour éviter une crise dans ce secteur vital de l’économie dont les conséquences sur les populations peuvent être catastrophiques.
Pour le secteur de l’assurance, la priorité est d’analyser avec les assurés les mesures de continuité de leurs activités. Il s’agira dans bien des cas de jouer notre rôle de conseil pour limiter au maximum les risques de rupture de la chaine de production de biens ou de services via la mise en place d’un plan de continuité des activités.

Le Covid-19 est-il assurable ?

La base ou le fondement d’une opération d’assurance est le risque ; c’est-à-dire un événement aléatoire indépendant de la volonté exclusive des parties. Au sens de la technique d’assurance, les conséquences d’un phénomène pandémique ou épidémique sont en principe exclues.
Covid-19, au niveau des ménages, porte atteinte aux risques de santé. Pour les personnes qui détiennent des contrats d’assurances santé, les assureurs devraient répondre de leurs engagements dans le cadre des prestations dont elles ont bénéficié au titre des soins de santé. Les charges de sinistre santé des compagnies d’assurances devront subir une hausse très importante pour une branche déjà déficitaire. Notons que les dépenses moyennes au niveau de la branche santé oscillent entre 80 à 90 % des primes encaissées hors les charges de gestion des assureurs estimées généralement à 35 % des mêmes primes soit un déficit de 25 % en moyenne pour les assureurs exerçant dans la branche santé en dehors des crises conjoncturelles du type Covid-19. Les études sont en cours pour en déterminer les impacts réels, mais il est certain que cette crise sanitaire impactera le niveau de déficit en santé des compagnies de la zone Cima d’au moins 10 à 25 points soit un déficit global estimé à 50 % des primes encaissées. Vous conviendrez que ce sera un coup très dur pour l’exploitation des sociétés d’assurances, ce qui risque d’entraîner une crise dans le secteur des assurances si rien n’est fait par les autorités politiques et administratives. Pour éviter cette crise dans un secteur dont la contribution au développement de nos économies n’est plus à démontrer et en de pareilles circonstances, les pouvoirs publics organisent des programmes de prise en charge des populations affectées par la pandémie afin de limiter les risques de propagation du virus comme c’est le cas actuellement pour le Covid-19 dans le monde entier et au Bénin en particulier.
Au niveau des entreprises, le Covid-19 engendre d’importants risques économiques et financiers, en l’occurrence les risques de perte d’emplois et surtout de pertes d’exploitation. C’est bien à ce niveau que se pose le problème de couverture sur le plan assurantiel.
En effet, pour se prémunir contre les risques pouvant conduire à l’arrêt de leurs activités professionnelles, les entreprises souscrivent des contrats d’assurances pour couvrir les risques de pertes d’exploitation. Mais ce type de contrat prévoit une indemnisation de la part des compagnies d’assurance en cas d’incendie, explosion, dégât des eaux, bris de machine, tempêtes, grêle et poids de la neige sur les toitures, etc… Ces types de contrats ne prévoient pas la couverture des pertes d’exploitation causées par des restrictions administratives consécutives à une pandémie ou épidémie. Cette situation amène les assurés à s’interroger sur la valeur de leur contrat d’assurance; d’autres s’interrogent sur le rôle des compagnies d’assurance dans cette crise et demandent à tort aux assureurs d’indemniser les entreprises en ce qui concerne les conséquences des pertes financières consécutives à cette crise sanitaire pourtant exclues des contrats de base. Certains assureurs proposent à leurs clients l’option pandémie ou épidémie avec des surprimes, mais leur niveau amène les assurés à refuser catégoriquement ces adjonctions inutiles selon eux. La conséquence pour la majorité des assurés est donc l’incapacité pour l’assureur techniquement de couvrir ces pertes, étant donné que la prime de base n’a pas intégré ce risque pandémie.
Nous sommes tous conscients qu’à cette crise sanitaire s’est greffée une crise économique à nulle autre pareille et dont les conséquences impacteraient le monde entier.
Cependant, demander aux assureurs de couvrir rétroactivement des risques non garantis dans leurs portefeuilles, exposerait le secteur à des risques d’insolvabilité qui fragiliseraient la protection des assurés, la stabilité des marchés et aggraveraient in fine la crise actuelle.
Le principe de l’assurance est basé sur la mutualisation : elle fonctionne quand elle peut répartir un risque entre ses assurés, c’est-à-dire utiliser les primes du plus grand nombre qui n’est pas touché pour indemniser ceux qui subissent un sinistre. Chose évidemment impossible dans le cas d’un événement qui touche tout le monde en même temps et de plein fouet.
C’est pour cette raison que l’assurance classique ne prend généralement pas en compte, sauf des cas express, les cas d’épidémie, de révolution, de catastrophe naturelle ou de guerre car les conséquences sont hors de portée.

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Impacts du Covid-19 sur le secteur de l’assurance

Impactés au même titre que l’ensemble des acteurs économiques, les assureurs se retrouvent confrontés à d’importants défis organisationnels : répondre à l’urgence des situations de leurs bénéficiaires tout en maintenant une qualité de service optimale.
Investisseurs institutionnels, les compagnies d’assurance du
Bénin représentent, au sein du Pib du Bénin, un poids non négligeable malgré le faible taux de pénétration de l’assurance.
Elles sont très bien ancrées dans le cercle fermé des collecteurs d’épargne et jouent fondamentalement trois (03) rôles :
– la prévention,
– la couverture des risques et
– la mobilisation de l’épargne.
Pour chaque rôle, l’assureur agit sur plusieurs piliers de l’économie nationale :
• la prévention exigée par l’assureur contraint l’entreprise à investir dans des matériels de protection, ce qui protège à la fois l’exploitation mais surtout les citoyens exerçant dans ses unités qui courent moins de risques d’accidents dans l’exercice de leurs fonctions.
• la couverture des risques exige de l’assureur la réparation des préjudices causés. Ce qui induit la mobilisation de tout un ensemble de prestataires (santé, expert auto, industriel….). La victime est remise en état de reproduction économique de par la réparation des préjudices qui lui ont été causés ;
• l’épargne mobilisée est déposée auprès des banques et réinjectée dans l’économie nationale à travers des crédits aux particuliers, la souscription aux obligations d’État.
Sur le plan macroéconomique, le secteur de l’assurance est structuré.
Qu’il s’agisse des assureurs ayant fourni des couvertures ou des réassureurs suivant leurs cédantes, il est certain qu’à ce jour, si contractuellement des réponses peuvent être fournies, les conséquences in fine de cette crise sanitaire seront majeures.
En effet, les impacts du Covid-19 sur les marchés financiers vont avoir des répercussions en cascade sur le secteur d’assurance. Par exemple, l’assurance vie déjà impactée par la dégradation des titres, sera directement affectée par l’effondrement annoncé desdits marchés.
Dans le contexte actuel où les secteurs impactés sont légion, la répercussion sur les couvertures d’assurance associées à chaque secteur d’activités sera immédiate.
Le basculement de cette crise sanitaire vers une crise économique tend également à impacter directement les assureurs et les règles prudentielles qui leur sont imposées.
En termes d’impacts sur les activités du secteur de l’assurance, ils pourraient s’évaluer distinctement sur les deux branches que sont :
Les compagnies vie

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Largement affectés par la dégradation des titres au cours des années précédentes, les assureurs vie doivent désormais faire face à une crise pandémique qui fait trembler les marchés financiers et affecte la rentabilité des investissements y rattachés.
Sur le plan technique, le secteur ne devrait pas subir d’impacts négatifs aggravés car les impacts de la crise du coronavirus se font sentir principalement de manière indirecte.
Au Bénin, sauf évolution non contenue, la pandémie de coronavirus sera un événement qui n’aura « pas de conséquences significatives » sur la branche vie en 2020 car la mortalité du coronavirus restera très faible.
Cependant, le secteur vie pourrait subir d’autres difficultés liées à l’identification des cas de décès rapportés directement au Covid-19.
Aussi, la baisse des activités entrainant la baisse du chiffre d’affaires, pourrait être à la base de l’accumulation des impayés et avoir pour conséquences, la réduction ou la résiliation des contrats en portefeuille. L’on pourrait également noter une forte pression sur les prestations, notamment les rachats partiels et autres prestations.
Sur le plan financier par contre, la crise du coronavirus affectera davantage le secteur de l’assurance.
Aussi, d’autres effets peuvent-ils se faire ressentir tels :
– la baisse des émissions, du fait d’une réduction de la capacité d’épargne des ménages, qui devront faire face à des dépenses de santé ;
– la réduction du personnel sur site, pour leur sécurité et éventuellement une compression des charges sociales, suivant l’ampleur de la pandémie ;
– le risque d’une dépréciation des valeurs à la Brvm, qui va contribuer à dégrader davantage les résultats.

Les compagnies non-vie

Relativement à l’assurance dommages aux biens et responsabilités, l’impact devrait là encore être « limité ».
Les réclamations pour interruption d’activités seront limitées, car ces polices d’assurance excluent généralement les cas de maladies infectieuses et ne se déclenchent qu’en cas de dommages physiques. Mieux, il s’agit des polices très peu souscrites au Bénin.
Les assureurs couvrant l’annulation d’événements (concerts, compétitions sportives) pourraient, eux, être davantage affectés. Mais là encore, le risque d’épidémie est souvent exclu de la couverture.
Il faut également noter qu’il s’agit de contrats très peu souscrits au Bénin.
Sur le marché français de l’assurance par exemple où ces types de contrats sont régulièrement souscrits, la garantie de l’épidémie est souvent exclue dès lors qu’il y a reconnaissance de l’épidémie par l’Oms.
Sur le marché anglais par contre, elle est systématiquement exclue et ne doit être rachetable qu’en extension, or l’épidémie n’étant pas dans les risques majeurs d’annulation, l’extension n’est souvent pas admise.
Les contrecoups que pourraient subir les compagnies non-vie sont:
– La baisse du chiffre d’affaires ;
– Le relèvement de la sinistralité de la branche maladie. Il est vrai que la prise en charge du Covid-19 est du ressort de l’Etat. Mais entre l’apparition des premiers symptômes et le test de dépistage, l’assurance maladie supporte les premières analyses, les frais médicaux et pharmaceutiques ;
– Le développement de la fraude sous toutes ses formes, surtout en assurance des pertes d’exploitation ;
– L’incompressibilité des charges fixes (loyers, électricité et eau, salaires et impôts y correspondants…) ;
L’impossibilité aux compagnies de faire face à certains engagements (si la pandémie perdure au-delà de trois mois) ;
– Le risque de réduction des effectifs pour limiter les charges de personnel ;
– Les conséquences du semi-confinement, et plus particulièrement le ralentissement des activités économiques, impactent considérablement les processus en interne et rallongent les délais d’indemnisation ;
– L’amplification du risque de cyberattaque due au télétravail à domicile et les surcoûts qu’elle pourrait entrainer.

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Les conseils des assureurs pour contenir la crise sanitaire

Prioritairement, les conseils iront dans le sens du respect strict des gestes barrières prescrits par le gouvernement pour freiner la propagation du virus à savoir : rester chez soi ; port de masque ; lavage régulier des mains ; tousser dans le coude ; la distance de sécurité; saluer sans se serrer la main et sans embrassade ;
Ensuite :
– Se faire assister par un Riskmanager pour établir une cartographie des risques de l’entreprise avec les traitements qui s’imposent ;
– Se rapprocher de son assureur pour exposer ses difficultés économiques et prendre conseil pour la mise en place au besoin, d’un plan de continuité d’activités ;
– Etc…
La crise du coronavirus va plonger le monde entier dans une récession économique sans précédent.
En effet, l’Organisation de Coopération et de Développement économique (Ocde) note déjà dans ses analyses la perspective d’un ralentissement économique et revoit ses prévisions de croissance à la baisse de 2,9 % à 2,4 %
dans le monde, et de 1,2 à 0,9% en France. Ce ralentissement de l’activité économique va traduire une volatilité néfaste pour les compagnies d’assurances qui auront à faire face simultanément à plusieurs difficultés d’ordre conjoncturel, notamment une baisse drastique du volume des primes, une hausse des charges de sinistre, des taux d’intérêts bas pour les contrats vie avec une trésorerie tendue.
Il urge donc que les acteurs économiques réfléchissent sur l’après Covid-19 en mettant l’accent sur leur faculté de résilience.

Source : Asa-Bénin