Crise alimentaire mondiale : Les pays africains à l’épreuve de la conjoncture

Par Claude Urbain PLAGBETO,

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Il n'est pas question pour l'Afrique de "mendier" selon Dr Adesina

Déjà en proie aux conflits persistants, à la crise climatique et aux affres de la pandémie de Covid-19, l’Afrique doit faire face inévitablement à une crise alimentaire mondiale. Dans un contexte d’inflation généralisée des denrées et engrais, il est urgent de transformer les systèmes agroalimentaires et de protéger les populations vulnérables. Mais avec quels moyens ?

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« L’Afrique doit se préparer à l’inéluctabilité d’une crise alimentaire mondiale », selon Dr Akinwumi Adesina, président du Groupe de la Banque africaine de développement (Bad), parlant des priorités de l’Afrique. A l’en croire, les pays les plus vulnérables du continent ont été durement touchés par les conflits, le changement climatique et la pandémie de Covid-19, qui ont bouleversé les progrès économiques enregistrés ces deux dernières décennies. Quelque 30 millions d’emplois ont été perdus à cause de la pandémie, rappelle-t-il. Si nombre d’économies font montre de résilience, le plus dur reste à craindre avec la cherté de la vie et surtout la crise alimentaire qui se profile à l’horizon.
En effet, la guerre russo-ukrainienne a comme répercussions une flambée des prix de certaines denrées, notamment des céréales, la Russie et l’Ukraine fournissant une grande partie des exportations mondiales de blé, d’engrais azotés et d’engrais potassiques et phosphorés. Les prix des engrais avaient triplé avec les perturbations des chaînes d’approvisionnement engendrées par les restrictions et fermetures des frontières liées à la lutte contre la pandémie. Les prix de l’énergie ont également augmenté, avec les sanctions prises contre la Russie, premier producteur et premier exportateur mondial de gaz naturel.
Comme si cela ne suffisait pas, une grave sécheresse sévit en Afrique de l’Est. Quelque 282 millions de personnes sur le continent, soit plus d’un cinquième de la population, n’ont pas assez à manger. C’est dans ce contexte que s’est tenue la trente-deuxième session de la Conférence régionale de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (Fao) pour l’Afrique, du 11 au 14 avril dernier à Malabo en Guinée équatoriale. Elle a mis l’accent sur le Cadre stratégique de la Fao et sur les « quatre bétons » à savoir une meilleure production, une meilleure nutrition, un meilleur environnement et une meilleure vie pour tous, en ne laissant personne de côté.
Relever les multiples défis de l’Afrique et réaliser son énorme potentiel exigent des efforts extraordinaires et de nouvelles façons de travailler ensemble, soulignait Qu Dongyu, directeur général de la Fao, à cette occasion. « L’objectif du continent d’éliminer la faim d’ici à 2025, et les efforts de la Fao aidant les membres à atteindre les objectifs de développement durable d’ici à 2030, rencontrent un écheveau d’obstacles sans précédent», a-t-il déclaré.

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Casse-tête !

Dans un contexte où le niveau d’endettement a bondi avec les affres de la crise économique et sanitaire, l’équation s’avère difficile à résoudre pour les pays du continent qui disposent d’une marge de manœuvre budgétaire très réduite face aux défis. Il apparaît urgent et opportun de reconstituer le Fonds africain de développement – le bras de prêt concessionnel du Groupe de la Banque qui soutient les pays africains à faible revenu, préconise Dr Adesina, tout en précisant qu’il n’est pas question pour l’Afrique de «mendier». Auparavant, rappelle-t-il, ce Fonds avait connecté 15,5 millions de personnes à l’électricité et soutenu 74 millions de personnes grâce à une agriculture améliorée. Aussi, a-t-il permis à 50 millions de personnes d’accéder aux transports, de construire 8 700 kilomètres de routes et de fournir à 42 millions de personnes des installations d’eau et d’assainissement améliorées.
Pour sa part, la Fao mise sur ses initiatives phares telles que «Main dans la main» qui implique déjà 27 pays africains, «Un pays – un produit prioritaire» qui aide chaque pays à développer la chaîne de valeur d’un produit agricole particulier au regard de l’environnement et le projet «1 000 Digital villages » engagé dans sept pays africains (phase expérimentale) et qui met le numérique au cœur de la transformation rurale et de la prospérité.
En attendant, le Fonds monétaire international (Fmi) recommande des « politiques budgétaires souples » favorisant la protection des plus vulnérables, notamment les femmes et les enfants. Il est question d’éviter une crise alimentaire mondiale et ses corollaires de malnutrition et de maladies, tout en préservant la cohésion sociale.
Les regards sont tournés vers le colloque sur l’état de l’Afrique, un événement phare de la Banque mondiale consacré au développement du continent lors des Assemblées de printemps et des Assemblées annuelles de la Banque mondiale et du Fmi, qui se tient ce mercredi 27 avril. David R. Malpass, président du Groupe de la Banque mondiale, Samia Suluhu Hassan, présidente de la République unie de Tanzanie, Malala Yousafzai, cofondatrice de Malala Fund et autres experts se pencheront sur la conjoncture macroéconomique, l’impact des récentes fluctuations des prix des matières premières et des denrées alimentaires ainsi que sur le rôle des systèmes de protection sociale pour atténuer ces chocs économiques, maintenir ou créer des emplois et renforcer la résilience des ménages. Il s’agira d’identifier les difficultés rencontrées actuellement par les pays africains pour déployer des mécanismes efficaces et durables de protection sociale et de proposer des solutions pour y remédier afin de développer le capital humain et créer davantage d’emplois.