Crises répétées au sein des Conseils communaux de Djidja et Za-Kpota: Manœuvres politiques ou fonds de commerce ?

Par Valentin SOVIDE, AR/Zou-Collines,

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Depuis quelques semaines, les conseils communaux des communes de Djidja et de Za-Kpota sont secoués par de vives tensions. Des crises très profondes qui font craindre aux maires concernés la perte de leurs fauteuils et qui visiblement mobilisent plus de contestataires. Trahisons ou jeux politiques ?

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Les maires Antoine Affokpofi de Za-Kpota et Placide Avimadjènon doivent-ils se faire des soucis face aux menaces de destitution qui planent sur eux? En tout cas, si le premier vient d’être encore « renforcé » par le vote de défiance qui, à la surprise générale, s’est soldé par sa réélection, celui de Djidja ne serait pas aussi loin de ce petit « miracle » que d’autres appellent « mascarade ». D’ailleurs, lors de la mandature précédente, Placide Avimadjènon a su braver les velléités de ses opposants jusqu’à se faire réélire à la tête de la mairie pour un second mandat.

En toile de fond de ces crises, les maires Placide Avimadjènon et Antoine Affokpofi sont accusés par les conseillers de mauvaise gestion des ressources humaines et financières de leurs communes. Ils sont tous accusés par la majorité des conseillers à Djidja comme à Za-kpota, de prévarications, de surfacturations, de violation flagrante des procédures de passation des marchés publics, de gestion opaque et solitaire. Des témoignages à l’appui. Des accusations graves qui ont fait l’objet de motions de défiance que les élus dissidents de Za-Kpota comme ceux de Djidja ont adressées à l’autorité de tutelle, c’est-à-dire le préfet du département du Zou.
Si à Djidja, 15 conseillers sur 19, réclament une session extraordinaire pour passer au vote de défiance, à Za-Kpota, par contre, ils étaient 11 conseillers sur les 19 à vouloir retirer leur confiance au maire Antoine Affokpofi à travers la réclamation d’une session extraordinaire. Lors des séances de confrontation Placide Avimadjènon et Antoine Affokpofi n’avaient pas reconnu les chefs d’accusation portés à leurs charges. Ils ont balayé du revers de la main toutes les accusations qu’ils qualifient d’allégations mensongères fomentées contre leurs personnes.
Selon des sources proches de la préfecture d’Abomey, «les textes ont prévu qu’en cas de désaccord grave, et après constat d’échec de conciliation, le maire incriminé convoque une session extraordinaire pour passer au vote de défiance. En cas d’inaction du maire, les textes sur la décentralisation donnent plein droit au préfet, de se substituer au maire pour convoquer le conseil communal aux fins de connaître sa destitution à travers un vote que supervise et constate l’autorité de tutelle ».

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Trahisons ou ruses politiques ?

Les tentatives de négociations et d’apaisement des crises qui secouent ces conseils communaux de Djidja et Za-Kpota n’ont pas abouti. Des conseillers mécontents ont réclamé des deux côtés la convocation d’une session extraordinaire pour destituer les maires, Placide Avimadjènon de Djidja, et Antoine Affokpofi de Za-Kpota. Très choqués par l’échec des tentatives de réconciliations, les conseillers de Za-Kpota tout comme ceux de Djidja ne voulaient plus reculer. Pour eux, la destitution des maires est la condition unique et incontournable pour que la paix revienne au sein des deux Conseils.
Sûr de ses négociations, le maire de Za-Kpota a convoqué le mercredi 24 août dernier, la session extraordinaire pour le vote de défiance. A la surprise générale, il s’en sort renforcé avec 7 voix contre et 12 abstentions. Ainsi, sa destitution a échoué. Les contestataires se voyant loin du nombre requis ont choisi de vider la salle en boycottant le vote. A travers ce vote de défiance, le maire contesté Antoine Affokpofi a montré qu’il a main mise sur bon nombre de conseillers. Pour en arriver là, il a fallu des nuits blanches pour négocier et faire des concessions, des jeux politiques et de couloirs.
A l’ouverture de la séance, la vérification du quorum par le secrétaire général de la mairie par intérim a permis de constater la présence physique de seize conseillers sur les dix-neuf que compte le conseil communal et trois procurations régulièrement délivrées par les conseillers Emmanuel Houngan, Désiré Affokpa et Fulbert Tchéhoungbozo. Le quorum étant donc atteint, la session extraordinaire de défiance peut se tenir. Le maire Affokpofi déclare être préoccupé par le développement de la commune. C’est ce qui justifierait la convocation et la tenue de cette session pour libérer, ajoute-t-il, la population et de ne pas prendre en otage le fonctionnement de la mairie.

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Passer au vote

Après ces propos, il fallait donc passer immédiatement au vote. Mais, visiblement surpris, les douze conseillers qui entretiennent la rébellion, à travers le conseiller Justin Avolonto leur porte-parole, ont proposé que la séance soit ajournée. Le maire qui n’a pas cédé à leur demande a lancé: «il est temps pour qu’on me libère de la guerre psychologique dont je suis victime depuis plusieurs mois». Il n’est pas question de reporter la séance, a-t-il insisté. C’est ainsi que les deux camps sont restés campés sur leur position du départ. Difficile de trouver alors un consensus. N’ayant plus d’autres cartouches et devant le fait accompli, les conseillers contestataires ont dû claquer la porte. La séance s’est donc poursuivie avec la vérification de l’authenticité des procurations et le vote à bulletin secret. Au terme du scrutin, il est remarqué que le camp adverse, n’ayant pas réuni les 2/3 des conseillers recommandés par l’article 54 de la loi sur la décentralisation, n’ont pas pu destituer le maire qui s’en sort renforcé. Toutefois, cette victoire, le maire le doit à Félix Nougloï, chef d’arrondissement de Tindji-Zèko. Ce dernier était le seul sur qui comptaient les deux camps.
De leur côté, les douze conseillers contestataires se sont vus trahis ou piégés. Ils estiment que rien n’est réglé puisqu’ils sont douze donc majoritaire. C’est la majorité de blocage.

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Des conseillers affaiblis

Réputé homme moulé dans les manœuvres et la ruse politiques, le maire a su profiter de la présence effective de ses adversaires à cette rencontre décisive qu’il ne fallait pas rater. Ainsi, les conseillers mécontents, bien qu’étant majoritaires sont affaiblis. Ils auraient boycotté la séance sous prétexte qu’ils n’avaient pas réuni les treize conseillers soit les 2/3 exigés. Dans ce cas, la session devrait être reportée. Mais, du moment où ce sont eux qui ont réclamé la session et qu’ils ont tous répondu présents, ils ne pouvaient plus demander l’ajournement de la session convoquée par eux-mêmes.
Selon toute évidence, le cas de Za-Kpota est une leçon de stratégie politique pour les autres conseillers contestataires de Djidja qui réclamaient et s’attendaient aussi à un vote de défiance afin de prendre le fauteuil du maire Avimadjénon. A Djidja, ils sont 15 contestataires sur les 19 conseillers. Le jeu est clair ici. Le maire n’ose même pas convoquer la session extraordinaire. Il sera déchu dans la minute même.