Dah Allokpè A. Dagbégnon, prêtre du fâ à Zakpota : « Il faut abandonner la pratique du lévirat »

Par Valentin SOVIDE, AR/Zou-Collines,

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Dah Allokpè A. Dagbégnon, prêtre du fâ à Zakpota « Il faut abandonner la pratique du lévirat »Dah Allokpè s’insurge contre le lévirat sans détour

Après le décès du conjoint, la famille attribue un des frères du défunt à son ou à ses épouses. Il s’agit du lévirat qui est une forme de mariage «forcé» pratiquée dans certaines localités du Bénin. Perçu par certains comme une pratique pour sauvegarder les intérêts du défunt, d’autres au contraire le dénoncent et le combattent parce que dégradant pour la veuve qui devrait être libre de disposer de sa vie après le décès du conjoint. Le notable et chef traditionnel Dah Allokpè Adahli Dagbégnon déconseille la pratique parce que les temps ont changé.

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La Nation : Dah Allokpè Adahli Dagbégnon, qu’est-ce que le lévirat?

Dah A. Dagbégnon: Le lévirat qui est l’une des conséquences du veuvage est une institution de notre tradition, particulièrement en milieu fon. La femme qui perd son mari passe entre six mois et un an à faire le deuil. Et c’est déjà au cours des premières semaines qu’on lui attribue un frère ou un cousin du défunt qu’elle devra prendre comme époux. Aujourd’hui, dans certaines familles, ça se pratique encore.

Que pensez-vous de cette pratique ?

C’est une pratique qui, avec l’évolution du monde aujourd’hui, ne devrait plus être d’actualité. Car, selon moi et j’assume ce que je dis, ce sont là les aspects les plus négatifs des traditions en milieu Fon. En principe, lorsque notre père, grand-frère ou petit-frère décède et laisse sa femme, on devrait plutôt penser à comment faire pour prendre en charge ses enfants et surtout les aider à finir l’école ou l’apprentissage. Mais, curieusement, ce n’est pas du tout ce qui préoccupe les gens. Ils ne pensent qu’à récupérer son ou ses épouses un peu comme s’ils étaient déjà à l’affût, en attendant cette situation. Et pendant ou juste après les funérailles, ils commencent par parcourir les notables et sages de la famille pour négocier dans l’ombre ‘’le partage’’ des veuves. Ce sont des pratiques qui ne valorisent pas la femme et qui créent des conflits inutiles dans nos familles.

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Pourquoi ces usages avaient-ils donc été instaurés dans l’ancien temps ?

Il faut reconnaitre que, dans l’ancien temps, le nombre de femmes était restreint et elle était considérée comme un trésor que la belle famille devait, coûte que coûte, garder, contrôler au risque de la perdre ou se la faire ravir par une autre famille envieuse et concurrente. Il n’y avait pas assez de femmes pour tout le monde. Aussi, ne parvenait à prendre une femme qui veut mais qui peut. La femme était une affaire de gros moyens, donc un enjeu de grande portée. La pré-dot, la dot et autres cérémonies de mariage n’étaient pas à la portée de tout le monde. Ce qui justifiait toutes ces dispositions que nos parents avaient mises en place pour sauvegarder ce que la famille a obtenu au bout de beaucoup de sacrifices. Au fait, la dot n’était pas qu’à la charge du prétendant mais aussi de la famille qui y contribue considérablement. Ainsi, la femme épousée appartient aussi à la famille qui veille sur elle en quelque sorte. Vous comprenez pourquoi à la mort du mari, la famille veuille tout faire pour la garder dans ses liens. Mais ça, c’est bien l’ancien temps.

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Quels peuvent être les avantages du lévirat pour les familles ?

En son temps, peut-être qu’il y avait des avantages, mais aujourd’hui, je crois qu’il faut mettre fin à cela parce que les contextes ne sont plus les mêmes, les temps ont changé. Je ne vois aucun avantage si ce ne sont des problèmes. Fort heureusement aujourd’hui, les lois sont prises pour désormais sanctionner ces pratiques. D’ailleurs, il faut aussi reconnaitre que les choses n’étaient pas aussi faciles en ce temps-là. Ce sont des luttes qui s’observaient au sein des familles pour s’arracher la ou les veuves. Parfois, c’est entre les frères et les fils du défunt que les conflits éclatent. Des conflits aux conséquences souvent dramatiques. Qui doit jouir de telle ou telle autre veuve? Et ça déchirait les familles avec des gens qui s’entretuaient dans ce combat inutile.
Face à tout ceci, moi, je pense que le lévirat n’est pas une bonne pratique à perpétuer de nos jours. Je dis et j’insiste qu’il faut se départir de ces tares de notre tradition qui arrièrent les femmes et divisent nos familles. Même au sein de ma communauté, nous sensibilisons au cours de nos cérémonies pour que nous nous débarrassions de cette pratique du lévirat et même du veuvage qui sont d’un autre âge.
En ce qui me concerne, quand je suis sollicité pour intervenir en faveur de quelqu’un pour cette pratique, je dis non. Et pour les confondre, je leur demande s’ils s’attendaient au décès de l’époux ou s’ils courtisaient la femme avant le décès de son conjoint. Ce n’est pas normal que, sans savoir même de quelle maladie l’autre est mort, vous cherchiez à prendre sa femme. C’est un risque énorme. Aujourd’hui, la femme est libre dans ses choix et mérite respect. D’ailleurs, elle a déjà assez souffert ainsi. Il nous faut abandonner cette pratique et je ne suis pas sûr que nos filles d’aujourd’hui l’accepteraient.